Claude Imbert, encore lui !

Claude IMBERT a publié un éditorial dans le « POINT » du 29 avril 2004, dans lequel il s’en prend enco

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dimanche 9 mai 2004

Claude IMBERT a publié un éditorial dans le « POINT » du 29 avril 2004, dans lequel il s’en prend encore à l’Islam. Saad KHIARI, cinéaste et chroniqueur, qui lui a déjà répondu dans « LIBERATION » du 4 novembre 2003 à l’occasion de ses aveux d’islamophobie, lui répond aujourd’hui.

Décidément, Claude Imbert n’en loupe pas une pour régler ses comptes avec l’Islam. Non il ne le fait pas de manière frontale. Possédant l’arme, il sait trouver les munitions et guette le prétexte. l’actualité lui fournira la proie, blessée de préférence, plus facile pour la curée.

J’avais dénoncé en son temps dans la page « rebonds » de « Libération » du 4.11.2003, cette attirance pour le maillon faible, à l’occasion de ses aveux d’islamophobie.

L’imam de Vénissieux s’est pris dans la nasse. Grand bien lui fasse. Je ne prendrais pas sa défense. Je répondrais plutôt au billet de C. Imbert paru dans le Point du 29 avril 2004. On y lit que les jeunes filles voilées interdites de signe religieux s’appellent :« rarissimes jouvencelles proscrites », et les défenseurs de la libre expression religieuse : «  chicaniers de la bigoterie militante ». Je n’invente rien. C’est dans son dernier édito, dans lequel il reproche aussi à la « cléricature chrétienne » de s’attaquer à la laïcité plutôt que de s’inquiéter d’un « Islam qui ouvre autant de mosquées que l’on ferme d’églises  ». A ce propos et à moins que ce regain de l’Islam ne lui ait échappé, il constatait (le Point du 27 09 2002) « une croissante désaffection religieuse chez les jeunes générations » alors que Monseigneur Lustigier attribuait sur la chaîne LCI cette désaffection des Chrétiens à l’absence de crédits pour la construction d’églises. Voici l’Islam, encore lui, au cœur d’un débat qui le dépasse. C’est à peine s’il n’est pas accusé de vider les églises pour remplir les mosquées, si l’on s’en tient à la proximité de mots triturés par des doigts d’orfèvre et suggérant à ladite cléricature de s’inquiéter du regain de l’islam plutôt que de s’attaquer à une « laïcité défensive ».

D’autant que chez notre chroniqueur chevronné, la mauvaise foi le dispute au manque de courage quand dans le même temps, il revendique un intérêt certain pour les choses de la religion et claironne son amour de la civilisation arabe. Son implication dès lors dans le « Haut Conseil à l’Intégration » n’aurait rien que de normal ; bien mieux, elle aurait signifié qu’il aurait accepté de bonne grâce la surcharge de travail pour veiller, le supposions-nous, à la défense de libertés interdites à des populations qu’il fallait intégrer. On était en droit de supposer qu’il fallait aussi compter parmi ces libertés fondamentales, celle de pratiquer le culte de son choix, dans le respect des règles républicaines, cela va de soi.

Or on constate aujourd’hui, que le mal chez lui est encore plus profond qu’il n’y paraît puisqu’il semble relever d’une allergie tenace, qui le fait dégainer dès qu’il voit un basané en barbe, une jouvencelle en bandana, ou un imam en transe.

Je suis de ceux qui pensent que le prédicateur de Vénissieux aura largement mérité la volée de bois vert parce que le ci-devant autoproclamé imam ferait plutôt partie de cette catégorie de prédicateurs dangereux parce qu’ignorants et fanatiques. Cela étant, les raisons de ma colère ne sont pas du tout les mêmes que celles de Claude Imbert, loin s’en faut.

Primo  : l’imam de Vénissieux ne «  vaticine »pas comme l’écrit l’éditorialiste. Il anone, éructe, et pour finir, fait ce qu’il faut pour attirer l’attention sans trop savoir où il met les pieds. Aurait-il imaginé faire l’ouverture de la grand- messe de vingt heures sur les deux grandes chaînes de télé, qu’il aurait retourné plus qu’à son tour sa langue dans sa barbe ? Le modus opérandi qu’il recommande pour corriger chacune de ses moitiés ( le bougre serait bigame), et les vertus suggérées de la fessée n’ont d’autre valeur que celle d’une lecture archaïque d’un texte figé, tenant plus du symbole que d’une prescription applicable au premier signe de différend conjugal. Et c’est curieux que la sourate incriminée ne bénéficie pas de la même bienveillante interprétation que la Première Epître de Paul aux Corinthiens ( 11/3-7 et 9-10 ) qui elle, ne laisse aucune ambiguïté : « Si la femme ne porte pas le voile, qu’elle se fasse tondre. Mais si c’est une honte pour elle d’être tondue ou rasée, qu’elle porte un voile », ni des mêmes attentions compréhensives que cette prière quotidienne juive qui fait dire au fidèle sa reconnaissance éternelle à Dieu de « ne l’avoir pas fait femme. » . Il n’est pas question de chercher dans quelle religion la femme est la moins bien lotie. Il s’agit d’être intellectuellement honnête, pour mériter d’être crédible.

Deuxio : On serait sur le point de le croire sincère lorsqu’il se dit sensible à « l’humiliation des musulmans par l’opprobre public que chaque attentat soulève abusivement au seul mot d’ « islam » . Mais le naturel reprend aussitôt le dessus, et revient masqué par les esquives dont il a la maîtrise. Qu’y pouvez-vous, dites-vous , monsieur Imbert si des assassins se réclament de l’Islam ? Eh bien oui, vous y pouvez beaucoup parce que vous avez la haute média sur les médias. Il vous suffit d’appeler un chat un chat, un assassin un assassin, et un fanatique un fanatique. On tue Dieu en tuant au nom de Dieu et justifier le crime ne l’a jamais absout. Qu’avez-vous donc à prendre pour argent comptant tout ce qui est contre l’Islam et les arabes au lieu de faire preuve de sagesse en séparant le bon grain de l’ivraie et en rappelant avec force, du haut de votre érudition que l’Islam est une religion de tolérance d’amour et de paix ?

Tertio  : Même le « sage recteur de la mosquée » , ne trouve plus grâce à vos yeux, qui semble vous surprendre par son inhabituelle promptitude à dénoncer la surmédiatisation de l’attitude d’ « un imam fruste et ignorant », et qui se trouve accusé de ne pas accomplir convenablement son office. Il lui suffirait, dites-vous, de « prêcher à ses fidèles la spiritualité pacifique dont l’Islam est riche. » pour éduquer ses ouailles. Que n’y avait-il pensé ? Et à quoi sert donc ce CFCM qui existe pourtant depuis plus d’un…an ?

Le recteur, homme de culture et rompu aux civilités vous répondra, s’il ne l’a déjà fait. Il me revient, quant à moi de dénoncer les sarcasmes quand ils sont dangereux, sans rancœur ni animosité. Comme je le fais là, maintenant, en relevant cette dernière égratignure mesquine par laquelle vous désigniez l’imam de « polygame dévot, père de seize enfants ». Ses choix conjugaux aussi bien que sa descendance doivent être circonscrits à la sphère privée ; sauf à laisser entendre que ses performances sexuelles, seraient la résultante d’une overdose de Coran ou susceptibles un tant soit peu, d’enrichir le débat sur la place de l’Islam en France. Ce qu’à Dieu ne plaise, vous ne supposez pas un instant.

Ni les sarcasmes ni les railleries visant toujours les mêmes cibles n’ont jamais ramené la sérénité et le calme, pourtant si nécessaires au dialogue et à la compréhension par des temps aussi lourds.

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Auteur : Saad Khiari

Cinéaste et auteur, dernier ouvrage paru : « Catholique-Musulman : je te connais moi non plus » aux éditions François-Xavier de Guibert

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