Civilisation musulmane : passé et mondialisation

La planète traverse actuellement des transitions d’une rare ampleur pour la mise en œuvre du village plan

samedi 28 octobre 2000

La planète traverse actuellement des transitions d’une rare ampleur pour la mise en œuvre du village planétaire. A l’heure où de nouvelles technologies réduisent les distances et le temps, où le rythme de l’existence s’accélère et s’uniformise, toutes les communautés terrestres sont le théâtre de spectaculaires mutations jamais vécues auparavant. La mondialisation conduit désormais le flambeau d’une nouvelle civilisation. Laquelle est la continuité de civilisations antérieures qui se sont relayées depuis l’aube des temps avec l’apport et la synergie de peuples, de religions et de cultures différents. Au XIVe siècle, Ibn Khaldoun établit le lien entre civilisation et "sciences et technologie ". Il note que la civilisation est le résultat de l’application des "secrets " de Dieu inscrits dans Sa Création en vue de l’obtention de la technologie dont l’être humain a besoin pour gérer les affaires courantes de son temps. L’historien Bertrand Gille décrit la technique comme suit : " à une période donnée, dans une certaine aire géographique, la technique constitue un système global où tout est interdépendant ". Actuellement, la civilisation occidentale pilote cette phase vers la mondialisation grâce à son aptitude à traduire et à transformer les lois de la Création en techniques performantes au profit des différents champs de l’activité humaine. Elle vit son âge d’or sur la base d’une prodigieuse organisation de moyens technologiques combinant à la fois toutes les potentialités de l’être humain dont en particulier son imagination créatrice et les ressources terrestres. Elle est de loin la plus puissante que l’histoire a connue par le niveau brillant de son organisation et de ses sciences et technologies. Elle a aboli d’un seul coup les distances en rapprochant soudainement les cultures, les civilisations, les systèmes philosophiques et politiques . L’Internet représente une véritable révolution technique : du téléphone à la radio, de la télévision à l’ordinateur, de la communication localisée au mobile portable et à l’Internet : les techniques n’ont cessé de s’améliorer. Le satellite relayant la télévision rend le monde présent à chaque instant et en chaque point du globe.

Pourtant toutes les communautés terrestres n’en sont pas au même niveau de l’évolution n’ayant pas vécu la même histoire. A l’échelle planétaire, il manque aux pays en développement quelque 80 milliards de dollars par an pour assurer à tous les services de base. Les pays pauvres ont besoin d’une croissance plus rapide afin de générer les ressources qui leur permettront de financer l’éradication de la pauvreté. Nombre des pays les moins avancés n’ont pas accès aux opportunités croissantes offertes par la mondialisation. Alors que les exportations mondiales ont plus que doublé, la part des pays les moins avancés est passée de 0,6% en 1980 à 0,5% en 1990 et à 0,4% en 1997. Et ces pays ont attiré moins de 3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers. La communauté mondiale des abonnés à Internet connaît une croissance exponentielle : elle représente actuellement 26% de la population aux Etats-Unis, mais moins de 1% de celle de l’ensemble des pays en développement. Négliger les droits économiques et sociaux risque de porter atteinte aux droits humains. Les communautés pauvres suivent nécessairement un courant incontournable contribuant aussi à la remise en cause de leur identité. La mondialisation inquiète donc par la rapidité de son rythme, sa tendance à l’élitisme, à la globalisation et à l’uniformisation des modes de vie. En réaction, chaque communauté est en quête d’identité liée à sa foi, à sa mémoire, à son espace, sans mimétisme et source de son ressourcement pour affronter les bouleversements. Le risque peut entraîner encore plus la réduction de l’universel au profit d’une globalisation dominée par la technique et l’économie excluant les démunis. La véritable communication requiert une vision universelle et du temps pour assimiler la quantité considérable d’informations et de connaissances, la diversité de cultures et de langues.

L’un des principaux enjeux de la mondialisation réside dans la mise en œuvre d’un projet planétaire juste s’articulant autour de l’équité, la justice et le respect de l’identité de chaque communauté. La pensée des Lumières au XVIIIe siècle rêvait d’un universalisme incarnant l’aspiration pour l’individu de s’arracher aux préjugés de la tradition, du particularisme pour atteindre des valeurs universelles. Le XXIe siècle sera peut être celui de la réalisation de ce rêve partagé entre tous. En revanche, l’uniformisation des modes de vie à travers une vision unique et hégémonique est en parfaite contradiction avec les lois divines :

" A chacun de vous Nous avons établi une législation et une voie bien claire. Si Dieu avait voulu, Il aurait fait de vous une nation unique, mais (Il veut) vous éprouver dans ce qu’Il vous a apporté. Courez à qui mieux mieux après les bonnes choses ! C’est vers Dieu qu’est votre retour à tous. Il vous informera alors de ce qui était l’objet de votre désaccord. "(Coran(5,48 )).

Le monde musulman connaît les mêmes bouleversements. L’adaptation évolutive de ses structures devient une nécessité pour se hisser aux valeurs universelles requises pour occuper une place de choix. La solidarité avec ses composantes et avec les autres communautés est désormais dictée par la conjoncture pour relever les défis à venir. Il aura à éviter le statu quo de l’esprit de traditions et du tribalisme empêchant la réactivité appropriée. Comme l’exemple des guêpes maçonnes construisant leur ruche qui ont l’habitude de faire machinalement les mêmes opérations conduisant aux mêmes échecs. Quand une suite de brèches apparaissent et s’accumulent continuellement, elles poursuivent en dehors du temps les mêmes opérations sans jamais faire de réparations. Et les opérations deviennent caduques à la fin : le cycle des mêmes causes entraînent les mêmes effets quel que soit l’espace et le temps ! Les principaux enjeux qui le guettent dans ce processus tournent autour des déchirements identitaires dont il demeure le théâtre et de l’adaptation au niveau sans précèdent atteint par la révolution technologique.

II- L’Islam et l’Occident

Dans le cadre de la mondialisation, les musulmans réfléchissent au devenir de l’Islam dans le courant de l’évolution des événements et l’Occident évoque souvent son réveil qu’elle craint pour ses intérêts. Michel Lelong écrit à ce propos : " En suivant, à travers la presse écrite, la radio et la télévision, les grands événements que furent, ces dernières années, l’apparition sur la scène internationale des producteurs de pétrole, les progrès de l’Islam en Afrique noire, la révolution iranienne, la résistance Afghane et l’étonnante vitalité des communautés musulmanes en Russie soviétique, l’Occident inquiet, a beaucoup parlé du réveil de l’Islam ". En réalité, il y a réveil de toutes les religions dans le monde. Les premiers événements en Allemagne de l’Est à la fin de 1989 ont eu pour point de départ une manifestation organisée par des milliers de citoyens à leur sortie d’une Eglise protestante dans la ville de Dresde. Des manifestations semblables ont eu lieu dans tous les pays de l’Est et se sont généralisées ensuite. Pendant les déplacements du Pape à travers le monde, les regroupements massifs expriment l’enthousiasme populaire et la foi des croyants chrétiens. Jamais il n’a été question de réveil du christianisme. Mais s’agissant de l’Islam, au moindre événement, l’Occident et ceux méconnaissant l’histoire réagissent souvent passionnellement. Trop souvent, pressés par le temps et déroutés par la complexité des problèmes, les médias contribuent à véhiculer des schémas réductionnistes altérant les messages universels de l’Islam.

L’esprit de croisade sommeille encore dans la conscience collective occidentale. Il y a globalement une permanence aux passions caractérisant les rapports entre le monde musulman et l’Occident. La nature de ces rapports n’a pas toujours été caractérisé par la sérénité et l’acceptation de l’autre. Il s’agit de relations passionnelles bilatérales faites de fascination et de réactions de défense, d’attirance et de rejet, d’amour et de haine, d’identification et de négation, d’estime et d’incompréhension. Ces réactions sont fonction du temps et du rapport de force. Ce que résume M. Maxime Rodinson : " La fascination ", peut s’opérer en plusieurs sens. Depuis quatorze siècles, d’une certaine façon, l’Occident est fasciné par l’Islam, parce que celui-ci a été longtemps son rival, son concurrent, son ennemi souvent, le plus proche au niveau des mondes culturels globaux. L’Islam s’est présenté, dans ses débuts, comme le grand rival de l’Europe chrétienne, en lui enlevant la domination sur un grand nombre de régions dans le monde. Et puis, il y a eu des retours dans le sens contraire : les croisades et plus tard les dominations impérialistes, la colonisation d’un certain nombre de pays musulmans par l’Europe. Alors l’Islam continue effectivement à préoccuper beaucoup. Il y a toujours eu des gens en Europe attirés d’une certaine manière par l’Islam. Mais il y en a eu surtout beaucoup que, à tort ou à raison, il a inquiétés. Dans une histoire qui a été en grande partie une histoire de luttes, on peut comprendre que la tradition, la conscience collective aient partout véhiculé des représentations d’hostilité. Et, comme dans toute lutte, on voit surtout le mal chez les adversaires. ".

En d’autres termes, comme deux voisins vivant dans les mêmes aires géographiques, l’Occident et le monde musulman ont vécu l’alternance d’ères de guerre et de paix. Ils avaient démarré à l’origine à partir de valeurs éthiques comparables enracinées dans la foi en Dieu que le monde musulman aurait dû maintenir. Ils ont dérivé ensuite vers des rapports de force dont l’enjeu était devenu économique, même s’il était subtilement habillé de considérations religieuses. Un exemple parmi tant d’autres est la recherche de la route des Indes et la découverte du continent américain comme réaction de l’Occident pour se libérer du monopole économique exercé autrefois par le monde musulman sur la plupart des voies commerciales. A l’époque, les souverains espagnols Isabelle de Castille et Philippe d’Aragon avaient engagé une croisade sans merci pour la conquête du dernier bastion musulman de Grenade en 1492. Après sa chute, Ils avaient financé aussitôt l’expédition de Christophe Colomb dont la découverte du continent américain avait propulsé l’Espagne au premier rang mondial. Globalement les deux mondes se sont fécondés mutuellement et imperceptiblement dans le temps qu’ils ont finis par se connaître et acquérir un fond culturel commun, même si l’Occident dans son rapport de force actuel occulte parfois ce que son modernisme doit à son voisin.

En 1377, Ibn Khaldoun avait analysé les influences découlant de rapports de force entre cultures et le mimétisme qu’adopte le vaincu résigné. Il écrivait à propos des vaincus qu’ils : " veulent toujours imiter le vainqueur dans ses traits distinctifs, dans son vêtement, sa profession et toutes ses conditions d’existence et coutumes. La raison en est que l’âme voit toujours la perfection dans l’individu qui occupe le rang supérieur et auquel elle est subordonnée. Elle le considère comme parfait, soit parce qu’elle suppose faussement que sa propre subordination n’est pas une suite naturelle de la défaite, mais résulte de la perfection du vainqueur. Si cette fausse supposition se fixe dans l’âme, elle devient une croyance ferme. L’âme, alors, adopte toutes les manières du vainqueur et s’assimile à lui. Cela c’est l’imitation. Ou bien l’âme peut, penser, éventuellement, que la supériorité du vainqueur n’est pas le résultat des manières de sentir de son groupe ou de sa grande bravoure, mais de ses coutumes et de ses manières. Ce serait là aussi une fausse notion de supériorité, et la conséquence serait la même que dans le cas précèdent. D’ailleurs, on peut observer que le vaincu s’assimile toujours au vainqueur pour l’usage et le type des vêtements, des montures et des armes, et en toute chose. ".

III- Rétrospective des influences entre le monde musulman et l’Occident

Schématiquement, depuis l’avènement de l’Islam jusqu’au processus de mondialisation, il eut trois périodes illustrant ces influences culturelles en fonction du rapport de force :

- La première est caractérisée par le rapport de force en faveur de la culture musulmane qui s’étend du VIIe au XIe siècle : l’Islam né au VIIe siècle a pris racine et s’est développé en Arabie avant de connaître une expansion rapide et spectaculaire. Dans un temps historique extrêmement bref, un peuple : les Arabes connus par leurs divisions coutumières, armé exclusivement de la foi, fit brusquement irruption dans le cours de l’histoire et conquit d’immenses contrées : La Perse, la Syrie, l’Egypte, l’Afrique du Nord, l’Espagne, les cotes de l’Italie, la Gaule pour s’étendre dans le monde connu de l’époque…L’Occident chrétien s’alarma dés cette époque, considéra l’Islam comme un ennemi et un danger permanent. Pour certains occidentaux, et jusqu’à une époque récente, l’Islam est une "pseudo- prophétie " qui, empêchant la christianisation de l’humanité a fermée les voies à l’évolution de celle-ci.

Mais derrière les premières réactions passionnelles de l’Occident, il y a une crainte maladive concernant l’imprévisibilité de l’Islam, à l’exemple de l’habile "voleur de Baghdad " des contes des mille et une nuit, qui avait enlevé comme l’éclair d’immenses contrées au domaine de la chrétienté. Blasco Ibanez fournit l’interprétation des faits de l’expansion rapide de la civilisation musulmane : " L’Espagne, esclave de rois théologiens et d’évêques belliqueux, recevait à bras ouverts ses envahisseurs(…). En deux années les Arabes s’emparèrent de ce que l’on mit sept siècles a leur reprendre. Ce n’était pas une invasion qui s’imposait par les armes, c’était une société nouvelle qui poussait de tous les cotés ses vigoureuses racines. Le principe de la liberté de conscience, pierre angulaire sur laquelle repose la vraie grandeur des nations, leur était cher. Dans les villes où ils étaient les maîtres, ils acceptaient l’église du chrétien et la synagogue du juif. ".

Le coté fascinant est relaté par M.Jacques Attali, conseiller de l’ancien Président de la France, M.François Mitterrand, décrivant un procédé d’automatisme fruit des sciences et techniques encouragées par l’Islam dés son origine  : " En 807, Charlemagne reçoit de Haroun Rachid en cadeau une clepsydre de laiton avec des figures mobiles. Un texte du XVIIe siècle la décrit ainsi : "Une machine qui, actionnée par la force motrice de l’eau, marque les heures par un nombre approprié de petites boules en bronze qui retombent sur un timbre d’airain. A midi, douze cavaliers sortent par douze fenêtres qui se referment sur eux. ". Le "livre de la connaissance des dispositifs mécaniques ingénieux ", de Badi al Zamanibal Rezza al Tazan, établit que de telles clepsydres étaient connues dans tout le monde musulman dés le IXe siècle".

Le coté hostile fut déclenché par l’église. Il était représenté par certains "chercheurs" chrétiens qui mirent leurs aptitudes et leurs plumes au service d’une entreprise de déformation de la réalité musulmane. W. Montgomery Watt écrit : " On reconnaît désormais que les narrateurs chrétiens du Moyen Age ont transmis une image de l’Islam qui est sous beaucoup d’aspects malveillante. L’image négative de l’Islam dont l’Occident s’était imprégnée était une façon de chercher sa propre identité : le christianisme se posait en s’opposant à l’Islam jusqu’à l’outrance. L’Islam renvoyait l’Occident à une angoisse insupportable. Il voulait surtout ignorer ce qu’il devait à l’Islam ". W. Montgomery note le décalage existant entre musulmans et occidentaux quant à leur civilisation respective, les premiers étaient bien en avance par rapport aux seconds. Les occidentaux se réfugièrent alors dans leur foi pour continuer d’exister à travers une identité propre. ". Parlant des chrétiens, l’auteur affirme : " Ils se tournèrent vers les religions afin d’y puiser la force de s’affirmer face au groupe privilégié, ils s’orientèrent en particulier vers ce qu’on pourrait appeler deux nouvelles formes d’expression de la foi chrétienne, à savoir le culte de Saint- Jacques- de- Compostelle et les croisades. Le pèlerinage à Compostelle et l’enthousiasme pour les croisades à Jérusalem furent les deux pôles vers lesquels convergea la ferveur populaire. " ;

- la deuxième période s’étend du XIe au XVIe siècle où le rapport de force changeait imperceptiblement vers l’équilibre par le lent transfert du patrimoine civilisationnel du monde musulman à l’Occident concomitant avec les prémisses du lent déclin de son âge d’or : le coté fascinant de cette période fut représenté par Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) qui discutait en arabe de philosophie et de logique, de médecine et de mathématiques avec des savants musulmans. Il fut admirateur de l’urbanisme et de l’architecture de la civilisation musulmane. Il implanta à Lucera, en Italie, une communauté musulmane et une mosquée avec tous les agréments liés à sa civilisation. Le pape Grégoire IX excommunia Frédéric II en 1239, l’accusant d’islamophilie.

Au cours de cette phase trépidante où les débats scientifiques rayonnèrent entre cultures, religions et peuples, de nombreuses œuvres pluridisciplinaires furent l’objet de traductions. Des textes musulmans se rapportant à la législation sur la guerre furent codifiés par Alphonse X. Saint Louis rapporta de sa première croisade des connaissances en matière de commerce maritime. Elles furent enrichies et codifiées vers 1340 à Barcelone. Les œuvres d’Ibn Sina, d’Ibn Rochd , d’Al Razi, d’Ibn Masawayh pour la médecine et d’autres manuels pour différentes sciences furent à plusieurs reprises copiés, imprimés, commentés et étudiés pendant des siècles. Du point de vue intellectuel, les grands savants musulmans dont les découvertes étaient des éléments novateurs pour la civilisation universelle étaient en voie d’être assimilées et intégrées dans la culture commune occidentale. Au début du XIV siècle, Dante place dans les Limbes, Ibn Sina, Ibn Rochd et Salaheddine seuls à coté des héros et des sages de l’Antiquité. L’Occident intégrait au fur et à mesure les fondements de la civilisation musulmane qui allaient lui servir d’élan propulseur pour la renaissance et l’accès au "modernisme ".

Olague note à ce propos : " La Renaissance n’a pas hérité directement des enseignements de la civilisation grecque après une période "obscure " appelée quelquefois "âge de fer ", le christianisme n’est pas le prolongement du génie hellène, ni saint Thomas le successeur d’Aristote. Galilée n’a pas, au XVIIe siècle, remis en marche l’évolution des sciences, laissée en suspens par la mort d’Archimède, au IIIe siècle avant Jésus-Christ ; le "splendide isolement " de l’Occident est une supercherie. ". Ce sont les œuvres musulmanes venues d’Espagne et de Sicile qui ont fécondé la civilisation. ". Ceci est confirmé par Paul Balta du quotidien "le monde " : " Or, l’héritage grec a été en grande partie transmis à l’Occident par les Arabes qui y ont ajouté leur apport propre. Et il fut considérable. Sans lui il n’y aurait probablement pas eu la Renaissance. Cela aussi, les Européens ont eu tendance à l’occulter". Et également par Roger Garaudy : " C’est dans l’Espagne d’Alphonse X, et dans la Sicile de Frédéric II, tous deux admirateurs passionnés de la culture musulmane qu’est né l’Occident "moderne " dont la civilisation arabo-islamique fut l’accoucheur et la mère nourricière. ".

En revanche, le coté hostile est reconduit par la motivation religieuse ayant joué le rôle fondamental dans la reconquête de l’Espagne par les chrétiens ainsi que dans les croisades. Alors que les chrétiens d’Espagne étaient désunis, le ferment religieux et la désignation du musulman comme l’ennemi commun, leur permirent de retrouver une identité et, conjoncturellement, de conclure des alliances entre eux : la Chrétienté affrontait l’Islam. Pour expliquer les croisades, W.Montgomery Watt affirme que le facteur principal fut que, durant des siècles, l’Islam était le grand ennemi qui contrôlait toute la Méditerranée. Beaucoup de chrétiens nourrissaient un complexe d’infériorité face à la supériorité culturelle des musulmans. " ;

- la troisième période s’étend de la renaissance occidentale à l’ère contemporaine. Elle est caractérisée par le rapport de force de l’Occident, malgré l’extension et le contrôle d’une grande partie de l’Europe et de la Méditerranée par l’empire ottoman pendant quelques temps, et finalement la décadence inéluctable du monde musulman. L’Occident fit une brillante renaissance au XVI-XVIIe siècles où les sciences et techniques furent les catalyseurs du monde moderne. La conscience religieuse ne polémiquait plus avec l’Islam. Mais dès qu’elle s’y intéressait, elle restait incapable, de dépasser ses racines dogmatiques. Dés les premiers signes de faiblesse du monde musulman, le sentiment de supériorité prit naissance en Occident. Et les rôles s’étaient désormais inversés. L’Islam devenait alors perçu comme une religion secondaire à écarter du courant spirituel central de l’humanité. Au XVIIIe siècle, l’Occident prit conscience de son identité et de sa force. Il se perçut comme le centre du monde. Il eut en même temps des courants d’universalisme, mais accorda la priorité aux valeurs gréco-romaines. Le monde musulman plongea dans une longue décadence. Pour Voltaire, Montesquieu et Volney, la cause de cette décadence est due aux institutions sociales et politiques. Volney alla jusqu’à lier la décadence avec l’apparition de l’Islam. Les romantiques du XIXe siècle s’intéressèrent à l’orient et à l’Islam, mais pour s’y opposer. Dans son mémoire sur l’Orient, Chateaubriand s’opposa à l’alliance franco- turque, et au moment même où l’Europe est préoccupée par l’avance russe, il considéra que la Turquie musulmane était l’ennemi principal. Il écrivit : "Des Ibrahims futurs pourront ramener l’avenir au temps de Charles Martel, ou au temps de Vienne…Vous ne voulez pas planter la Croix sur Sainte Sophie : continuez de discipliner des hordes de Turcs, d’Albanais, de nègres et d’Arabes, et avant vingt ans peut-être le Croissant brillera sur le Dôme de Saint Pierre(…) ".

Le XIXe et une partie du XXe siècle furent ceux de la colonisation d’une bonne partie du monde musulman. Cela favorisa un européocentrisme naturel qui prit une coloration arrogante. La seule voie possible offerte aux musulmans pour faire partie du monde moderne consistait dans l’adoption des valeurs occidentales, mais en même temps on soutenait que cela était impossible à cause des spécificités même de la culture musulmane. L’orientaliste Ernest Renan enfonça davantage le clou. Dans sa conférence du 29 mars 1883 à la sorbonne sur l’Islam et la science, il affirma que la culture musulmane périrait par l’influence de la science européenne. Il recommanda aux musulmans d’abandonner l’Islam et la culture dont ils étaient porteurs pour s’ouvrir au monde moderne. Inconsciemment ceux parmi les occidentaux qui adoptaient cette position savaient que les "musulmans " qui s’engageraient dans ce processus d’acculturation, de dépersonnalisation et de destruction seraient sans identité et donc colonisables. Cette stratégie d’acculturation fut méthodiquement et imperceptiblement mise en œuvre de génération en génération pendant et après les périodes coloniales et de protectorat. Le fruit de ce processus est représenté par la formation d’élites retournées contre elles-mêmes, ne représentant autre forme que le miroir du "moi " occidental. Et le monde musulman est actuellement tiraillé entre deux cultures : le "moi " occidental à la couleur locale côtoie son "voisin " et lavent régulièrement leur linge sale en famille sous le même toit ! Le roman de Driss Chraibi, le Passé simple, illustre parfaitement ce déchirement au sein de la même famille. Un père insulte son fils, car il estime que ce dernier a été perverti par l’éducation française : " Alors il y a eu toi. Toi, le poison. Et je ne sache pas que la Résidence se fut employée à faire chez nos fils aboutir son rapport culturel sous forme de poison ; ou, c’est intentionnel, il y a violation d’âme ; en tout cas, du jour où tu as fréquenté un lycée, tu n’as été que cela, poison. ".

Aujourd’hui, le monde musulman vit le même phénomène de fascination et de rejet, d’hostilité et d’attraction comme autrefois l’Occident devant le miroir du passé. La perte d’identité est considérée comme la plus grande menace à surmonter. Elle est bien illustrée par G.E. von Grunebaum écrivant à ce propos : " Le processus d’acculturation, avec sa recherche d’une nouvelle identité, l’éveil d’une sensibilité à des incitations nouvelles, où jusque-la négligées, l’enivrement de la découverte, l’embarras ressenti devant un héritage social et intellectuel qui persiste, et l’anxiété de rencontrer ses aspirations pour l’avenir précisément dans ce passé qu’on s’est montré si empressé de renier. Ce processus s’accompagne simultanément de triomphe et de douleur, d’un sentiment d’énergie et d’infériorité, qui se mélangent curieusement avec l’accablement qu’inspirent une situation héritée et l’arrogance du conquérant pressé de s’affirmer. L’individu et la société sont divisés contre eux-mêmes, ils subissent en même temps attraction et répulsion, placés face à la nonchalante agression de la mentalité occidentale. ".

IV- Modélisation de la mondialisation

L’avenir du monde musulman est fonction de la direction que prendrait la mondialisation. Le théâtre des événements du cap retenu serait compris entre deux scénarios extrêmes. Sa modélisation ressemble alors à la sortie en mer d’un immense vaisseau dont les passagers sont les communautés terrestres qui vont devoir faire ensemble les mêmes traversée vers le même destin.

Le scénario optimiste est modélisé par le vaisseau type "arche de Noé ". Un vaisseau pour tous et tous pour le même cap. L’idéal ! Il représenterait l’harmonie entre tous les règnes : humain, animal, végétal et minéral dans le respect des lois divines. Un climat de confiance en découlerait. Il contribuerait au respect mutuel, à la stabilité et au bon voisinage dans la foi en l’origine et destin communs de l’humanité : " Nous avons effectivement honoré les fils d’Adam. Nous les avons transportés par terre et par mer. Nous leur avons octroyé leur part de bonnes choses et les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures. "(Coran(17,70). Une telle communauté des communautés serait basée sur la diffusion de valeurs de tolérance, sur le dialogue et sur l’harmonie entre tous. Le bon cap de ce vaisseau est celui qui assure la meilleure mise en valeur de la planète offerte par le Très Haut à l’être humain délégataire de l’harmonie de la Création sur l’espace terrestre. Ce vaisseau est le produit de l’harmonie entre tous ceux qui œuvrent pour le bien dans la voie de Dieu, dans le respect de la dignité humaine, de la planète et de l’environnement. Cette mondialisation apporterait l’âme d’une nouvelle vie collective et le renouveau d’une vie en commun pleine d’espérance et d’avenir.

Dans ce cas, c’est la paix qui prévaut entre communautés aspirant à la fraternité et à l’émergence de citoyens ayant le sens communautaire. Le monde musulman n’aura alors aucune peine à mettre en application l’échelle de valeur universelle basée, non sur des compétitions destructrices sans issues rabaissant l’être humain au niveau animal, non sur des distinctions raciales ou tribales, mais sur l’application de la piété conformément à la parole du Très Haut : " O Humains ! Nous vous avons créés à partir d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d’entre vous pour Dieu est le plus pieux. "(Coran(49,13)).

Le scénario pessimiste est modélisé par le vaisseau type "titanic ". Il serait la continuité de rivalités ayant conduit aux guerres les plus destructrices de l’humanité. Son environnement planétaire serait propice à former des loups solitaires, sans foi ni loi, avides et égocentriques. Les concepteurs du Titanic avaient prétendu avec arrogance qu’il était le nec plus ultra de la technologie. Le nom même de ce navire ne suscite pas l’humilité dont l’être humain doit faire preuve devant la puissance de son Créateur, Véritable Seigneur des mondes. Depuis cinq siècles la civilisation occidentale établit des rapports de propriété entre l’homme sur l’homme ou sur la nature permettant d’en user et d’en abuser sans vergogne. L’un des thèmes les plus favoris de Descartes est d’attribuer à l’homme une "volonté infinie " : "Le temps est venu, disait-il, de nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature". Or à l’aube du XXIe siècle, non seulement l’être humain n’a plus de volonté sur lui-même ni sur la nature, mais en plus il a fini par réveiller leur colère commune. Lorsque Dieu- exalté soit-Il- veut produire un événement, Il l’indique par des signes précédant l’événement appelés prémisses pour inciter l’être humain à revoir ses actes et à se corriger en surmontant son âme ordonnatrice du mal. Les ouragans violents, les tornades, les tremblements de terre, les sécheresses, les tempêtes, les inondations, la fonte des glaciers polaires, les réactions violentes des peuples à l’égard des discriminations et des asservissements programmés… à travers la planète ne sont probablement que ces prémisses dont l’évolution dépendra de la nature des activités humaines futures. Le Pharaon avait aussi été averti par des signes avant son naufrage : " Nous avons ensuite envoyé sur eux l’inondation et les sauterelles et les poux et les grenouilles et le sang, -signes détaillés. Mais ils s’enflèrent d’orgueil et demeurèrent un peuple criminel. "(Coran(7,133)).

Le Titanic était qualifié d’insubmersible. C’est à dire que l’eau ne pouvait jamais pénétrer à travers sa coque. Or, c’est justement un état de celle-ci : la glace par l’iceberg tranchant qui a fini par déchirer brutalement sa coque d’acier inoxydable et indestructible au moment où l’élite de ses passagers s’y attendait le moins. Elle célébrait dans l’allégresse la croisière solitaire des titans. Et le Titanic sombra quand même dans les abysses de l’océan ! Si cette mondialisation a pour but la globalisation par la conquête du marché mondial au moyen de compétitions féroces visant exclusivement la croissance et le gain au dépens des démunis, alors elle risque de ressembler véritablement à la croisière du Titanic. Les peuples du Sud continueraient de survivre dans la misère, non par manque de moyens, mais parce que le Nord , emporté par l’égoïsme, refuserait de partager et d’instaurer de réelles solidarités dans la paix autour de valeurs communes. Les peuples de la planète réagiraient à la destruction de leurs religions, richesses et cultures. Cela constituerait un appauvrissement, une perte de leur identité et finalement l’annihilation de leur raison d’être. Cette croisière du New Titanic portant le village planétaire voguerait sur un immense océan, doré, infesté de toutes les espèces dangereuses de requins et de piranhas. Il naviguerait sur la tempête instable d’un liquide monétaire hétérogène d’un marché unique dont un état glacial de celui-ci déchirerait peut être la coque indestructible au moment où son élite s’y attendrait le moins. Car l’histoire qui se renouvelle nous rappelle qu’aucun titan ne s’est éternisé sur terre. Le Pharaon, aveuglé par l‘arrogance, avait fini par succomber à son âme ordonnatrice du mal bravant les lois divines en poursuivant le Prophète Moïse et sa communauté à travers la mer rouge pour finir noyé : " Eh bien, Nous allons te sauver aujourd’hui quant à ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux d’après toi.- Et cependant beaucoup de gens vraiment sont inattentifs à nos signes ! "(Coran(10,92)). Le corps du Pharaon est exposé actuellement au musée du Caire. La recherche médicale effectuée sur ses viscères par les techniques nucléaires a démontré qu’il était mort noyé. Son cadavre repêché demeurera jamais un symbole pour l’humanité attestant que l’événement, loin d’être une chimère, s’était réellement produit pour rappeler les limites infranchissables à la tyrannie humaine !

V- Scénario pessimiste :conclusions et recommandations

Le monde musulman doit relever les défis complexes d’une mondialisation arrogante par les moyens les plus appropriés. Il y a alors lieu de tirer les leçons du retour d’expérience de l’affrontement avec l’Occident :

  • Comme pendant les périodes de gloire du monde musulman, les occidentaux ont résisté en se réfugiant dans leur foi pour continuer d’exister à travers une identité propre et de s’unir face aux musulmans en attendant leur affaiblissement naturel, de la même manière actuellement, les musulmans devraient adopter cette démarche et résister vigoureusement jusqu’à des jours meilleurs. Une force monopolaire hégémonique en contradiction avec les lois divines ne pourrait durer indéfiniment. Au moins une ou plusieurs force(s) équivalente(s) émergera(ont) à terme pour contrecarrer sa puissance sur l’échiquier géostratégique du globe. Une puissance hégémonique unique cherche à tout prix à créer un adversaire pour éviter de s’effondrer, de se poser et s’y opposer. Surtout le monde musulman ne doit point lui en donner l’occasion d’être le bouc émissaire de l’instinct sanguinaire du loup solitaire ! ,

  • La crainte du réveil de l’Islam ne date pas d’aujourd’hui et demeurera en permanence ancrée dans la mémoire collective occidentale jusqu’à la fin des temps. Pour contrecarrer ses réactions d’hostilité actuelles annoncées par le nouvel apôtre des temps modernes Samuel P. Huntington du "clash " civilisationnel, les musulmans devraient exceller dans la stratégie du "jeu d’échec " civilisationnel. Dernièrement, un courrier électronique loin d’être un message d’amour " I love you " a fait rapidement le tour de la planète. Le public et les médias planétaires en ont pris promptement acte par ses dégâts considérables. Au contraire, les musulmans devraient diffuser en permanence un réel manifeste d’amour résumant les sagesses de l’Islam rappelant chaque être à son Créateur, par des actions d’information et de communication appropriées pour réparer les campagnes de désinformation. La voie de l’Internet est l’espace de nouvelles conquêtes des cavaliers des temps modernes "internautes intelligents de l’Islam ! " surfant habilement sur l’océan de la connaissance et de l’information pour porter au loin leur mot et poursuivre l’œuvre des pieux parmi leurs ancêtres qui ont poussé au loin leur monture pour faire connaître la parole de Dieu- exalté soit-Il-. Loin de leurs terres natales, loin de tout confort, dans la soif, la faim, la sueur, résistants et fidèles à l’action du Prophète, paix et bénédiction sur lui au mépris de leur vie éphémère terrestre ! Si l’épée était le moyen de défendre sa foi, entre autres, actuellement c’est la lumière de l’idée par la paix du clavier qu’il faut dissiper les ténèbres de l’hostilité et trancher le corps du débat. Car il y a toujours un potentiel latent de fascination et d’objectivité qu’il faut savoir susciter dans le monde,

  • ce n’est pas la crainte de l’Occident qui est la plus importante, mais la double méconnaissance par les "musulmans " eux-mêmes de l’Islam et de la généalogie de la pensée occidentale et de son mouvement dialectique qui pourrait être le ferment d’une forte crise identitaire et de discorde communautaire. Il convient de s’informer, de se former et de rechercher les fondements des deux cultures complémentaires l’une et l’autre pour en tirer une synthèse dépassant les faux antagonismes car l’universalisme demeure impérissable aussi longtemps que l’univers existera,

  • le mimétisme entretenu sans cesse n’est jamais source d’imagination créatrice et ne peut conduire à une culture novatrice exigeant authenticité, indépendance et esprit désintéressé : " Et lorsqu’on leur dit : " Suivez ce que Dieu a fait descendre !"Ils disent : " Nous suivons plutôt la voie sur laquelle nous avons trouvé nos pères. " Est-ce quand même leurs pères ne comprenaient rien du tout et n’étaient pas sur le droit chemin ? ". Cette parole divine fut révélée au prophète, paix et bénédiction sur lui, quand il s’adressait aux mécréants pour leur montrer la bonne voie. Ces derniers s’entêtaient dans de fausses croyances héritées de leurs parents. Ils se comportaient comme des troupeaux habituées à obéir à la voix du berger sans rien comprendre au sens de ses mots ni de ses ordres. Mais le Très Haut interdit l’imitation aveugle, Il n’agrée la foi que lorsqu’elle est bien ressentie par le cœur et méditée par la raison,

  • le patrimoine essentiel de l’édifice de la civilisation musulmane fut à plusieurs reprises copié, imprimé, commenté et étudié pendant plusieurs siècles avant de servir de combustible à la renaissance occidentale. On ne s’improvise pas savant du jour au lendemain ! Cela devrait inspirer le monde musulman pour réaliser qu’une réelle renaissance ne se fait pas par miracle. Le miracle a eu lieu au temps du Prophète, paix et bénédiction sur lui par Volonté Divine. Sauf miracle, actuellement, il y a lieu d’assimiler rapidement le patrimoine de l’édifice occidental par la recherche patiente et l’assimilation généralisée de toutes les disciplines à toutes les composantes sociales. Sans précipitation, avec discipline, constance, effort et sens du sacrifice pour l’intérêt commun jusqu’à l’atteinte d’une bonne vitesse de croisière pour l’ensemble de la société sur des bases solides. Les fruits de l’arbre de cette recherche pourraient apparaître au printemps du futur en fonction de l’implication sincère des différents acteurs. Sans quoi le monde musulman retournerait à la case de départ dans un interminable cercle vicieux. A l’instar des opérations caduques de guêpes de ruche ratant chaque fois rendez-vous avec l’histoire à cause des mêmes divisions, dont l’origine remonte antérieurement à la période pré-islamique dont les effets sont réapparus postérieurement après la disparition des premiers califes de la communauté musulmane. Ces divisions continuent de causer les mêmes désastres en tout temps et en tout lieu. Elles ont conduit à la perte de la Sicile, de l’Andalousie, de la Palestine… et récemment à la crise du golfe. Ces mêmes divisions menacent encore l’avenir du monde musulman. Et pourtant le panarabisme et le tribalisme furent deja abolis au VIIe siecle en meme temps que furent proclamés les droits universels de l’etre humain, par le Prophète, paix et bénédiction sur lui : " Toutes les coutumes païennes, je proclame, sont désormais abolies. L’Arabe n’est pas supérieur au non Arabe. Vous êtes tous les fils d’Adam, et Adam était fait de limon. En vérité, tous les musulmans sont frères, Vous ne viderez plus vos querelles dans le sang comme à l’ère de l’ignorance ! Souvenez-vous d’Allah dans vos rapports avec les femmes. Comme vous avez des droits sur elles, elles ont des droits sur vous. Chacun d’entre vous doit tenir pour inviolable jusqu’au jour du jugement, le sang, les biens et la réputation d’autrui.",

  • les "musulmans " occidentalisés représentent une interface riche en expérience et en connaissances notamment sur l’environnement planétaire. A l’exemple d’orientalistes éclairés ayant joué un rôle essentiel pour transférer le patrimoine de la civilisation musulmane dans le repère propre de la civilisation occidentale, les "musulmans "occidentalisés auront davantage à gagner en étant " occidentalistes " entamant le processus réciproque. Le "moi "occidental à la couleur locale s’il pouvait faire le pas vers le "soi " du repère propre de ses sources et ressources, se réconcilierait avec lui-même, avec son milieu et son temps. Il serait le trait d’union idéal entre le passé et l’avenir du monde musulman ! ,

  • dans le but de briser le cloisonnement entre spécialistes et de fusionner les énergies dispersées dans la synergie créatrice, l’interactivité dans le cadre d’échanges multidisciplinaires par groupes de réflexion devraient se constituer et se multiplier spontanément dans le monde musulman, entre autres grâce à l’Internet, pour faire évoluer les recherches et les échanges. Le prophète, paix et bénédiction sur lui, insistait sur la solidarité entre les populations de la cité musulmane : " Les êtres humains qui forment cette cité sont pareils dans l’affection, la miséricorde et la sympathie qui les unit à un seul corps. Si un membre souffre, tout l’organisme en pâtit et reste éveillé en prise à la fièvre ". Chaque Imam de mosquée, chaque penseur, chaque professeur, chaque chercheur …devrait constituer un site Web pour constituer un nœud de communication d’un vaste réseau d’échanges sur tous les sujets susceptibles de faire évoluer le corps musulman. Des encyclopédies relatives à tous les domaines du savoir devraient être élaborés pour renouer avec l’âge d’or futur. Des idées nouvelles pourraient éclore. Un annuaire évolutif pourrait servir d’outil d’identification des sites Webs pour resserrer les liens entre les neurones du cerveau du corps. La lumière fut et la lumière brillera !

· il y a actuellement approximativement un milliard de musulmans et 15 millions de juifs. Abstraction faite de l’idéologie sioniste, par une solidarité exemplaire, l’influence de la communauté juive pèse lourd sur tous les rouages du système international. Par l’art subtil de la stratégie, ils exercent des influences sur l’échiquier géostratégique international pour atteindre leurs objectifs. Le monde musulman devra unir ses efforts et s’inspirer de cette démarche pour faire respecter ses choix au système international. Pour cela toutes sortes de groupes de pression(économique, culturel, financier, religieux, recherche scientifique…) devraient se renforcer et se multiplier pour créer le vent favorable à la course du vaisseau musulman dans l’océan planétaire !

VI- Crises d’identité

Elles sont la conséquence de l’éloignement de l’être humain des lois divines dont la mémoire en est encore fraîche. L’équilibre de l’âme humaine dépend de lois invisibles, lesquelles dés qu’elles sont trop enfreintes entraînent le déséquilibre. Sans citer de nom, par respect à la mémoire des morts, c’est le cas de célèbres supers stars lesquelles, malgré qu’elles aient été au summum de leur gloire aussi bien matérielle que sociale, ont choisi le suicide à la douleur morale engendrée par la perte de leur identité réelle. La comédie met en scène de belles actrices et de beaux acteurs vivant la richesse matérielle, la réussite sociale, la gloire et le bonheur, mais voile leurs misères spirituelles. Les suicides collectifs d’adeptes de sectes ci et là dans le monde révèle les ravages de la perte d’identité. Dieu- exalté soit-Il-dit : "- Dis : " Invoquons-nous en dehors de Dieu ce qui ne nous fait ni bien ni mal pour être alors rejetés à nouveau dans la négation après que Dieu nous a guidés sur le droit chemin tel celui qui s’est laissé facilement commander sur terre par les diables, perplexe, ayant des compagnons qui l’appellent à la bonne voie : " Viens vers nous ! " ? " Dis : " C’est certainement la voie de Dieu qui est la bonne et nous avons reçu l’ordre de nous soumettre en tout au Seigneur-et-Maître des univers " "(Coran(6,71)).

L’absence de perception religieuse engendre les contradictions et les durcissements les plus virulents dans le comportement de l’être humain. Ils le conduisent vers des activités exutoires : alcoolisme, toxicomanie, perversions sexuelles, corruption, abus de pouvoir …En réalité, au plus profond de son âme, tout être humain reconnaît le divin. Il est dit : " Et lorsque ton Seigneur prit des fils d’Adam-de leurs dos-leur progéniture et les fit témoigner contre eux-mêmes : " Ne suis-je pas votre Seigneur-et-Maître ? ". Ils : " Que si, nous en témoignons". Afin que vous ne disiez point le Jour de la Résurrection : "Notre attention était trop détournée de cela " " (Coran(7,172)). Il s’agit du pacte pris par Dieu sur toute l’humanité depuis sa création. C’est un pacte de foi et d’allégeance selon lequel toute la descendance d’Adam reconnaît et atteste que Dieu est son Seigneur-et-Maître en exclusivité et sans restriction aucune. Donc chaque être humain est lié à sa naissance par ce pacte. S’il renie son Seigneur-et-Maître ou Lui donne quelque associé, il a alors manqué à son engagement et commis la plus grosse injustice. En d’autres termes, le respect du pacte divin est la clé de l’identité universelle : " Et que telle est Ma voie en toute rectitude, suivez- là et ne suivez pas les routes qui vous disperseraient loin de Sa voie. Voilà ce qu’Il vous a recommandé de faire, peut-être craindrez-vous Dieu. "(Coran(6,153))

Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a précisé que tout être humain ayant dévié vers un sentier perdu, une route, ne finit par rencontrer au périple de son existence que son propre Satan individualisé satisfait de l’avoir gagné à sa cause !

Le monde musulman devra asseoir sa culture commune sur le génie d’une communauté solidaire dépassant toutes les contradictions, divisions sociales et tribales. L’union qui fait la force passe d’abord par l’union des forces propres de chaque individu. Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a insisté d’abord sur le "grand jihad " lequel est un devoir permanent pour l’être humain de lutter contre son propre égoïsme, de maîtriser ses instincts et ses passions. Le "grand jihad " est une lutte permanente contre soi et contre l’âme ordonnatrice du mal résistante aux bonnes actions. Cette grande lutte par la soumission de l’âme rebelle à la Volonté du Très Haut est la seule réellement libératrice de toutes les idolâtries. Le recouvrement de l’harmonie et de l’unité de l’âme de chaque être humain est la condition sine qua non de l’harmonie et de l’unité de toute une communauté, rappelée par le Très Haut : " Dieu ne change l’état d’un peuple que s’ils changent ce qu’il y a en eux-mêmes"(Coran(13,11))

VII- Adaptation à la révolution technologique

Dans le but d’interagir efficacement avec son environnement planétaire, le monde musulman doit renouer avec la culture scientifique ayant fait son rayonnement à l’instar de l’intelligence de toute cellule vivante réagissant en temps réel à son environnement. Il doit parvenir à une organisation équivalente de moyens pour demeurer et durer dans le temps. Les méthodes scientifiques comprises, assimilées et appliquées par toutes les composantes au profit de tous les champs d’activité humaine représentent les "secrets " pour accéder aux arcanes de la technologie. Comme l’arabe est la langue d’expression du Coran, les sciences sont celles des "secrets " de Dieu dans Sa Création ! Ce sont les sciences qui permettront de relever les défis liés à l’économie, la recherche, l’administration, la culture, l’information, la communication, l’informatique, la cybernétique, la conquête de l’espace…à travers les objectifs suivants :

· Lutte acharnée contre l’analphabétisme,

· adaptation au plus haut niveau de l’éducation, l’enseignement et la formation permanente, dont le but est l’enracinement, le renforcement et la maîtrise de toutes les sciences,

· la recherche scientifique dans tous les domaines de la connaissance dans un climat culturel serein et stable qui favorise la recherche, les études, l’observation et l’imagination créatrice conduisant aux découvertes,

· le renouvellement de la culture et du comportement de tous les acteurs du monde musulman tendant vers une éthique d’intégrité, de compétence et de justice favorisant la stabilité, la confiance et la solidarité.

Le monde musulman est capable de retrouver ses potentialités endogènes. Riche de ses valeurs fortes, il peut être au XXIe siècle, le fondement d’une nouvelle civilisation, dynamique, pleine de vitalité, qui a cessé d’être crispée sur des traditions inadaptées à l’universel. Ibn Khaldoun a cité : " Le passé et l’avenir se ressemblent comme deux gouttes d’eau". L’âge d’or qui avait été possible dans le passé pourrait le devenir dans l’avenir radieux !

En résumé, l’avenir de la civilisation musulmane est modélisé par les paraboles du conte ci-après :

" Devant un grand portail en cuivre richement sculpté d’arabesques, sur son lit de mort, un sage vieillard rassembla tous ses enfants pour leur léguer un précieux héritage. Il leur apprit que derrière le grand portail existait un fabuleux trésor. Il demanda à chacun de l’ouvrir pour en devenir le légitime héritier. A tour de rôle, chacun déploya des efforts prodigieux pour acquérir seul le trésor au détriment des autres, mais en vain. Le vieux sage souriait malicieusement. Il caressait sa longue barbe blanche et observait les interminables scènes où chacun cherchait individuellement à trouver la voie…Finalement, il leur rappela de nouveau les clefs de succès de toute communauté gagnante : " L’union fait la force ! Il ajouta : il vaut mieux le génie d’une communauté solidaire qu’une communauté de génies solitaires. " Puis il leur divulgua le secret du trésor. Il poussa son dernier soupir et mourut.

Après son enterrement, tournant une page du passé et impatients, ses enfants ouvrirent d’un seul coup le grand portail de l’avenir. A leur grand étonnement, ils découvrirent soudain un androïde vêtu comme le génie de la lampe merveilleuse d’Aladin. Il se tenait devant la porte Sas d’un aéronef au milieu de lumières multicolores clignotantes prêt au décollage vers de nouveaux horizons de l’univers et du temps. Au-dessus de l’entrée était sculptée en lettres koufiques dorées et scintillantes aux réverbérations lumineuses : " Si vous glorifiez Dieu, Dieu vous glorifiera ". Les enfants du sage vieillard prononcèrent d’une seule voix le mot magique : "Synergie" comme Ali Baba prononça : " Sésame ouvre-toi ! " pour avoir accès à la caverne aux multiples trésors. Alors l’androïde s’inclina avec révérence et dit  :

" Je suis le gardien fidèle du Coran et des paroles authentiques du prophète, paix et bénédiction sur lui. Je suis aussi le génie universel vivant et vivifiant des sciences, techniques et sagesses du futur. Tant que vous vous accordez sur le même mot, je demeure à vos cotés en humble serviteur et porterai haut votre mot. Sur vous s’appliqueront les paroles du Très Haut : " Accrochez-vous tous ensemble à la corde de Dieu et ne vous désunissez point ! Rappelez-vous la grâce que Dieu vous a accordée lorsque, d’ennemis que vous étiez, Il rétablit la bonne entente entre vos cœurs et vous voilà, par Sa grâce, devenus frères. Vous étiez sur les bords d’un gouffre de l’Enfer et Il vous en a sauvés. C’est ainsi que Dieu vous expose clairement Ses versets, peut-être prendrez-vous le droit chemin. "(Coran 3 : 103)

" Mais si l’un d’entre vous change de ton, votre mot tombera. Je deviendrai alors Terminator programmé pour vous égarer et vous disperser dans les méandres des ténèbres de l’âge de l’ignorance sans plus jamais vous laisser aucune ouverture vers le futur. Aveuglés par vos passions, vous demeurerez esclaves de maîtres qui en seront maîtres. Sur une infime minorité d’entre vous s’appliqueront les paroles du prophète, prière et salut soient sur lui : "Dans l’exil ! L’Islam a débuté dans l’exil, et il retournera. Bienheureux soient les gens d’exil ! ".

Au moment où les premières lueurs de l’aube naissant dissipèrent finalement les ténèbres de la longue nuit de sommeil, l’aéronef décolla. Il s’envola vers un avenir radieux fusionnant les énergies dans la synergie créatrice. Ils vécurent solidairement heureux affrontant l’adversité et partageant les mêmes joies et peines pour le meilleur et pour le pire ! ".

Bibliographie :

Coran (Traduction de M.Muhammad Hamidullah)

Coran (Traduction du Dr Salah ed-Dine Kechrid)

Docteur Abdelaziz Ben Othman Touijri : Directeur General ISESCO

Jacques Attali : Histoires du temps (Fayard)

Michel Lelong : L’Islam et l’Occident

G.E. von Grunebaum : L’Identité culturelle de l’Islam

Paul Balta : L’Islam dans le monde

Roger Garaudy : Les promesses de l’Islam

  1. Olague : Les arabes n’ont jamais envahi l’Espagne

Publicité

commentaires