Ces lectures fantaisistes du Coran, « Imaginer la paix » (partie 2/2)

Nous publions la seconde partie du compte-rendu du forum, placé sous le haut patronage du Président Jacques

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dimanche 2 février 2003

Nous publions la seconde partie du compte-rendu du forum, placé sous le haut patronage du Président Jacques Chirac sur le thème de « la paix ». Cette seconde partie se caractérisera par de violentes attaques contre l’islam de la part « d’intellectuels » venus non pas pour débattre mais pour faire le procès de l’islam et des musulmans.

Venons en maintenant à l’Islam. C’est au très médiatique Daniel Sibony, psychanalyste et écrivain, que revînt le rôle, dans le cadre de son exposé sur « les trois monothéisme et la paix entre les gens », de présenter à l’assistance le Coran, qu’il lit, nous affirme-t-il sans rire, dans son texte arabe, parce que, « né dans un ghetto » au Maroc, il n’eut comme langue maternelle que cet idiome, qu’il connaît, insiste-t-il, « très bien », à côté de l’hébreu, et, je cite, « un peu le français. » D. Sibony lit donc le Coran avec l’arabe de son « ghetto » marocain. Les arabisants savent ce que cela veut dire, et pour eux dès lors tout s’élucide. Il commença par nous dire que les Arabes, en Palestine, habitaient, sans le savoir, un château hanté dont les propriétaires, provisoirement absents, n’avaient jamais cessé de penser à y retourner. Sion, ce n’est pas nouveau. Plus de 600 occurrences dans la Bible. Lorsque les propriétaires revinrent donc, grande fut la surprise des Arabes, d’où la crise de paix actuelle. Quant au Coran, nous explique-t-il, c’est « une faille » qu’il faut situer dans ce qu’il appelle sa découverte de « l’entre deux. » On y trouve des histoires empruntées à la Bible. Explosion d’applaudissement.

Le Coran de Sibony ne nous surprend pas. Il ne nous choque pas non plus. Le Coran n’est pas notre propriété. Chacun a le droit d’en faire sa propre lecture, même la plus fantaisiste, et Dieu sait s’il en existe. Nous avons aussi le droit d’en avoir notre propre lecture. Le Coran de Sibony est donc, à nos yeux de musulmans, l’une de ces innombrables distorsions qui, depuis Saint Jean Damascène (v.650 - v.749), en passant par Pierre le Vénérable (v. 1092-1156), et jusqu’au Père actuel de la Mission, Antoine Moussali, et surtout le moine libanais Joseph Azzi, se succèdent et se ressemblent. Elles donnent aux occidentaux l’illusion de nous connaître. Tant pis pour eux ! Ils nous déplient leur Coran, et nous demandent de nous y fourrer, comme dans un lit de Procuste. Peu leur importe qu’il n’est pas à notre mesure. Les corans de Sibony et Cie sont pour nous comme les peintures de Picasso : elles ne reproduisent pas avec fidélité le modèle ; elles nous révèlent plutôt le peintre, je ne dis pas le brigand, et ses admirateurs.

Le romancier, et ex-ministre espagnol de la Culture, Jorge Semprun, qu’il a fallu défendre contre les admirateurs demandeurs d’autographes, donna à son intervention le titre significatif de : « La paix contre le terrorisme. » Pour lui, contre l’opinion générale qui dominait le forum, l’événement n’est pas le 11 septembre. L’événement, il faut le situer en 1989, lorsque s’écroula le Mur de Berlin. Nous ne pouvons qu’approuver. Al-Qaïda ? C’est une création des USA contre l’Union Soviétique, devenue sans objet et encombrante avec la liquidation du communisme. C’est une évidence pour quiconque qui échappe à l’intox. Du terrorisme, il donna cette excellente définition : c’est une guerre détériorée où l’ennemi n’est plus visible mais diffus, une guerre qui se nourrit de l’anti-impérialisme de toujours. L’objectif de l’Islamisme ? Détruire la civilisation occidentale dans laquelle il ne voit que dépravation des mœurs. Donc, pas de paix de capitulation avec lui. Il fit référence à la capitulation devant le franquisme en 1930 ; et devant le nazisme en 1936. La guerre préventive contre l’Irak ? C’est à voir, à étudier. Seul J. Semprun évoqua l’existence d’un Islam modéré. Son handicap est l’absence d’un domaine propre à César. Cet Islam, parviendra-t-il à s’adapter ; « à se dissoudre dans la démocratie ? Le test de la femme est décisif. » Nous sommes d’accord, et nous pensons que oui.

Tout compte fait, c’est aux algériens que fut dévolu le rôle, peu honorable, de faire le réquisitoire le plus virulent et le plus haineux de l’Islam ; religion présentée comme celle de la violence, du viol et du meurtre des intellectuels, rien que ça, sans réserve, sans distinction et sans nuance, crimes dont est exempt l’Occident exclusivement présenté comme bâtisseur de paix, et, à défaut, de généreux imaginatif de paix.

Pour Zazi Sadou, porte-parole du Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates, l’événement c’est le 11 Septembre, un événement, nous dit-elle, qui l’avait bouleversée, traumatisée et meurtrie. Un seul regret : pourquoi le monde, se lamente-t-elle, n’avait-il pas réagi avec la même indignation, la même détermination et la même vigueur contre les crimes du terrorisme islamiste en Algérie, contre « les dealers du paradis » - expression répétée plusieurs fois avec insistance et mépris - ces drogués par l’Islam, un Islam qui fait le malheur de son pays. Elle enchaîna et se fit actrice, « Oubliez ma personne », dit-t-elle. Puis, pour mieux émouvoir une salle qui lui était acquise, elle prêta sa voix chargée de douleur et d’émotion aux victimes de l’Islamisme, aux femmes surtout, qui par sa bouche racontèrent leur déshonneur et leur détresse. Sa comédie, comme dans un théâtre, fut accueillie par une explosion d’applaudissement. L’Islam, c’est ce qui se dégage de son exposé, n’est que haine, violence, viol et assassinat. Pas un mot d’une contribution quelconque de l’Islam à la paix, d’un Islam de paix. Comme, à la sortie, je protestai, elle me lança : « Vous êtes l’un de ces intellectuels qui arment les meurtriers. »

Mon exposé avait pour sujet : « Choc ou Dialogue des Cultures ? » Il était à contre courant. Manifestement, il déplut. Faute de temps, il fut stoppé à mi-chemin par Monsieur Franz-Olivier Gieshert, directeur du Point, qui présidait la dernière session et qui fit l’éloge du Président Bush, comparé à Lincoln, et à Roosevelt. Un journaliste algérien m’apostropha du milieu de la salle : « l’Islam tue les intellectuels ! »

Quelle impression garderont les lycéens et les adultes qui avaient assisté au forum ? Beaucoup, sans doute, parmi eux avaient regardé, ce jour (26-12-2002) le journal de 20h de France 2. Comme moi ils avaient pu voir les églises d’Alger inondées de lumière où les chrétiens algériens, 2% de la population nous dit-on, célébraient Noël dans la joie et la liesse. Les dignitaires religieux interviewés prononcèrent tous les mots de paix, d’amour et de fraternité. Les propos de Mme Zazi Sadou et de son compatriote n’avaient pas pu, comme en contre point, ne pas leur revenir à l’esprit : l’Islam, c’est la haine et le viol ; l’Occident, c’est l’amour et la paix.

Sur le chemin de l’hôtel en compagnie de quelques amis, au cours de la conversation surgit l’idée de constituer une « Association Musulmane pour la Paix, la démocratie et les Libertés. » Si l’idée se concrétise, ce sera pour nous, musulmans de conviction et de pratique, pour qui Dieu porte le beau Nom de Paix, Al-Salâm (Coran 59 :23), le seul résultat positif du forum.

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Auteur : Mohamed Talbi

Agrégé d'arabe, spécialiste de l'histoire musulmane médiévale, ancien doyen de l'université de Tunis

Mohamed Talbi est notamment l'auteur de :

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