Ces députés « indignes » qui soutiennent le « casseur » Ben Ali

Alors que la quasi-totalité des ONG des droits de l’homme à l’échelle internationale (RSF, FIDH, Amnest

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jeudi 17 novembre 2005

Alors que la quasi-totalité des ONG des droits de l’homme à l’échelle internationale (RSF, FIDH, Amnesty International, Human Rights Watch..) la plupart des partis politiques français comme la LCR, le PCF, les Verts et le PS, dénoncent la tenue cette semaine en Tunisie du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI) - pays rappelons-le dans lequel la presse indépendante est inexistante et où Internet fait l’objet d’une censure permanente - cinq députés de l’UMP, connus par ailleurs pour leurs positions ultra-sécuritaires sur les banlieues françaises (ils ont voté l’état d’urgence et défendu des solutions répressives), ont décidé de se faire les thuriféraires du régime du Général Ben Ali. En effet, ces derniers ont publié un communiqué au titre plus qu’explicite « La Tunisie a des amis, Ben Ali n’est pas notre ennemi » (daté du 16 novembre 2005), dans lequel ils tentent de redorer l’image largement dégradée de la dictature tunisienne. Ces députés, parmi lesquels Eric Raoult et Pierre Lellouche, écrivent ainsi : « Depuis plusieurs jours, certains tentent de brouiller l’image de la Tunisie pour des raisons inavouables [...]. » Ils qualifient cette attitude d’ « injuste » et d’ « inamicale » car, selon eux, « la Tunisie a faits des efforts ».

On peut se demander à quels « efforts » ces députés « indignes » font précisément allusion. Car force est de constater que, ces derniers temps, c’est surtout dans le domaine de la répression, des arrestations arbitraires, de la torture et de la censure systématique que le régime du Général Ben Ali a accompli le plus d’ « efforts ». De ce point de vue, le pouvoir tunisien mériterait certainement le titre de « bonne élève » de la classe sécuritaire du Monde arabe.

Messieurs les « députés indignes » de l’UMP, avez-vous oublié les 500 prisonniers politiques tunisiens qui croupissent aujourd’hui dans des cellules collectives insalubres, devenues de véritables mouroirs ?

Oublié la surveillance et la répression qui s’exercent de manière constante sur les opposants indépendants, les féministes et les défenseurs tunisiens des droits de l’homme ?

Oublié la grève de la faim des huit personnalités politiques et associatives qui protestent contre l’absence totale de liberté d’expression dans un pays accueillant pourtant cette semaine le sommet mondial de l’information ?

Oublié l’emprisonnement abusif de l’avocat Mohamed Abou jeté dans les geôles benaliennes pour avoir comparé les prisons tunisiennes à celle d’Abou Gharib en Irak ?

Oublié le désespoir de la jeunesse tunisienne qui par manque de perspectives socio-économiques et politiques se lancent suicidairement en Méditerranée sur les « barques de la mort » ?

Oublié les milliers de Tunisiens anonymes qui sont quotidiennement humiliés parce qu’ils refusent de se soumettre au culte de la personnalité que leur impose le régime ?

Oublié les larmes des « mères des Internautes de Zarzis » condamnés à plusieurs années de prison pour avoir simplement consulté des sites Internet déclarés illégaux par le régime ?

Oublié l’agression du journaliste de Libération Christophe Boltanski qui a été passé à tabac par la police politique de Ben Ali pour avoir osé écrire un article critique ?

Messieurs les cinq députés « indignes » de l’UMP qui venez de publier le communiqué « La Tunisie a des amis, Ben Ali n’est pas notre ennemi », sachez que vous faites honte à la représentation nationale. Pas plus tard qu’hier vous dénonciez en chœur ces « casseurs des banlieues françaises » qui, selon vous, porteraient atteinte aux valeurs de la République. Aujourd’hui, vous soutenez sans le moindre état d’âme le Général Ben Ali, le principal « casseur » des espérances démocratiques de tout un peuple.

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Auteur : Vincent Geisser

Sociologue et politologue, dernier ouvrage paru : Renaissances arabes. 7 questions clés sur des révolutions en marche, Paris, éditions de L’Atelier, 2011 (co-auteur Michaël Béchir Ayari)

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