Samedi 26 mai 2012
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Ce que révèle la non-venue de Tariq Ramadan à l’Université Libre de Bruxelles

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« La maison comme l’homme peut
devenir cadavre. Il suffit qu’une superstition la tue 
 » name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
. La maison du savoir,
forte de ses principes du libre-examen et des paramètres d’entrée en relation
avec le monde, se mord la lèvre et saigne. Croire, en effet, que la venue d’un
intellectuel puisse ébranler les principes même de l’Université, équivaut à
annoncer la mort de ces principes et de la cohérence des décisions qui en
émanent.

Récapitulons. L’Université Libre de Bruxelles, par la voix de son
recteur, décidait
d’interdire il y a une
dizaine de jours la présence de Tariq Ramadan dans le cadre d’une conférence en
style=';'> coursd’organisation par le Cercle des Etudiants Arabo-européens. La rencontre
portait sur le racisme et les discriminations.
L’heure est grave, car l’argumentaire
du rectorat repose sur une relecture des fondements de l’Université. On assiste
à la mise en place d’un processus de recroquevillement du débat contradictoire.
Hier on parlait de ponts, aujourd’hui on invoque les murs : « 
style=''>Chacun reste libre de s’exprimer, hors de nos murs  style=''> » (sic). L’Université Libre de
Bruxelles opère donc une sécularisation spatiale de l’expression, à bon
entendeur. Il y a, d’un côté, la voix du château-forts de la pensée libre et,
de l’autre, les voix résonnantes au-delà des douves. La mise à l’écart des uns
ne fait pourtant pas l’honorabilité des autres. Après l’héritage des Lumières,
prend place la méfiance et le non-débat. Drôle de façon de rompre avec le
binarisme du monde et drôle de grille de lecture offerte pour le devenir des
étudiants.

>On se souvient que des enseignants de l’Université libre de
Bruxelles avaient étés signataires d’un document, présentant Tariq Ramadan comme
persona non-grata. Il s’agissait alors de réactions passionnelles, de
confusions des références, où plutôt de mise au diapason avec le climat
français sur Ramadan. Ces plumes isolées ont réagit au moment où les débats en
France dictaient l’impératif d’un positionnement par rapport à une personne. « Pour
ou contre 
 », tel était le mot d’ordre. Certains de nos académiciens
tombèrent alors dans ce piège de l’excitation médiatique, mais cela restait une
opinion à l’ère du temps. On pouvait la regretter, mais elle était aussi peu
fondée que non représentative.

>Peut-on voir, avec ce nouveau refus, les premiers symptômes des
mutations qui s’opèrent dans le dôme de la pensée libre ? Ramadan, qui a
été invité par le cercle du libre-ex autour du livre l’Islam en
questions
(2000), a multiplié les prises de paroles dans les auditoires du
solbosch (ULB), plusieurs années durant. C’était tout à l’honneur de la
primauté de l’argument rationnel. Désormais, il est invité à s’exprimer contre
le racisme, ailleurs class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2] !
Sur quels éléments dépassionnés repose la décision ? La conseillère du
rectorat affirme seulement que : « Au
nom de la tolérance, l’ULB a trop souvent été prise en otage par des groupes
qui nous ont peu à peu éloignés de l’esprit du libre examen
 » href="#_ftn3" name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
. Le plus frappant c’est le terme de groupe
qui est usité ici. Qui est ce groupe en question ? Le cercle des
étudiants arabo-européens, appartenant à l’Université et donc coupable de
déviances ? Le groupe « Tariq Ramadan » ?

style=''>Ne soyons pas dupes, il y a quatre mois d’ici, l’ULB s’est
vue mise au devant de la scène médiatique title=""> style=';;'>[4]
par des groupes de minorités en provenance de Turquie. Ils s’opposaient, par la
voie d’une lettre adressée au Recteur Vincke, à un débat organisé par l’UETD à l’ULB :
« Nos quatre organisations issues de l’émigration politique en
provenance de Turquie, sont fort choquées d’apprendre qu’à l’Université Libre
de Bruxelles aura lieu le 15 décembre un symposium sur le thème "L’Union
Européenne en quête d’identité multiculturelle : l’expérience ottomane !
 ».
Le groupe organisateur et certains du panel invité avaient étés fustigés par
les plaignants auprès des autorités universitaires. Maintenant le cap de
l’organisation de l’événement, l’Université agacée sorti timidement de sa
réserve : « Nous ne l’avons pas annulé pour ne pas créer d’incident
diplomatique avec la Turquie, parce qu’un ministre turc devait être présent »
,
déclarait alors Isabelle Pollet, la porte-parole de l’ULB à l’agence Belga. « Mais
nous ne cautionnons pas les propos qui pourraient y être tenus »
avait-elle
rajouté.

style=''>Mais le point le plus intéressant dans l’analyse de cette
situation, et dans le présent refus d’accueillir Tariq Ramadan, découle sans
doute d’un communiqué du rectorat. Il posa alors les jalons du climat actuel :
« Nous tenons également à préciser ce
qui suit concernant la façon dont nous entendons désormais faire respecter nos
valeurs. L’Université Libre de Bruxelles se veut ouverte au débat démocratique,
quel qu’en soit le contenu. Cependant, dans le contexte de crise de la
démocratie et de crise des valeurs par laquelle passe la société européenne
dans son ensemble, l’ULB considère qu’il est de son devoir de se constituer
en rempart contre tout discours à caractère potentiellement intégriste, et
cela, tant au plan idéologique que religieux
 » name="_ftnref5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
(souligné par l’auteur de l’article).

style=''>A partir de ces déclarations, toutes les transformations de
l’orientation de l’Université prennent sens, si j’ose dire. Du choix des
Honoris-Causa, en passant par la présence de Mme Fourest (militant déjà contre
la venue de Tariq Ramadan dans des débats en Grèce) et de Mr. Val de Charlie
Hebdo à l’ULB. On dessine assez bien le profil des personnes qui font désormais
autorité de bienvenue.

style=''>L’ULB fait des valeurs qu’elle dit défendre de bien belles
caricatures et risque de s’emmurer dans la contradiction. Elle commence à biaiser
son adage : «  style=''>Scientia vincere tenebras » pour en faire un miroir renversé par
la peur : « Tenebras vincere Scientia ». Celui qui a été
considéré par de nombreux intellectuels comme une interface intéressante entre
le monde musulman et l’Occident est confronté à ce nouvel état d’esprit. Aussi,
derrière la coupure du microphone à Mr. Ramadan se cache une négociation de l’intelligence
des étudiants de l’ULB. Ils sont accusés d’êtres incapables de discernements et
de résistances face aux chants de sirène de l’enseignant d’Oxford.

Le rideau est tombé sur ce mur dressé et ça sent le renfermé !



class=MsoFootnoteReference> style=';'>[1]
Victor Hugo dans « Les Travailleurs de la mer »

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2]
Le Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE) de
l’ULB désirait mettre sur pied un débat contradictoire, le 22 mars, dans le
cadre de la "Semaine d’actions contre le racisme".

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3]
Déclaration à la presse de Mme Emmanuelle
Damblon, conseillère du recteur de l’ULB.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4]
Cf. « Malaise ottoman à l’ULB », R. Gutierrez, in
Le Soir, 15 décembre 2006

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5]
Elise Lennertz, Assistante du Rectorat, « Concernant
la conférence de l’UETD
 », Communiqué, 14 décembre 2006

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