Lundi 20 October 2014
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Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.

Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.
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Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

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La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes.

« Le monde arabe est en feu » annonçait al-Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc fut déclenché par le soulèvement en Tunisie qui renversa le dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Égypte, où les manifestants ont submergé la police brutale du dictateur.

Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marco, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles.

Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop d’un chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Suleiman, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Suleiman, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.

Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-coeur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace est l’indépendance. Les Etats-Unis et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.

Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).

« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle, » dit Marwan Muasher, un ancien officiel Jordanien et actuellement directeur du centre d’études Middle East research for the Carnegie Endowment. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »

On peut ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des Etats-Unis. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent se révéler nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.

Le mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un état policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits de l’homme », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des Etats-Unis, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par Wikileaks.

Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de Wikileaks) devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des Etats-Unis que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).

« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange, » peut-on lire dans un titre du Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »

De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à-coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires : Israël (de manière constante) ; deux dictatures du Moyen-orient, l’Egypte et la Jordanie ; et la Colombie qui détient le record en matière d’atteintes aux droits de l’homme et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US sur le continent (américain - NdT).

La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des Etats-Unis contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomksy, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formattage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]

Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de Brookings Institution rendu public au mois d’août, certains Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont les Etats-Unis et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.

L’opinion publique arabe est si hostile à la politique américaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.

D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »

L’ambassade a conclu qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’état illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’état et en ignorant les atrocités qui ont suivi.

La révélation la plus remarquable de Wikileaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.

Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’état pakistanais » et celui du cauchemar absolu : que les armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.

Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington avance à pas décidés vers un désastre.

Noam Chomsky

traduction VD pour le Grand Soir

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/commentis...

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Commentaires

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Oups voila un entretien qui ne va pas faire plaisir à nos Orlando et consors. La menace islamiste ne tient plus et cet épouvantail est à mettre aux oubliettes semble t-il !

Les grands défenseurs de la démocratie à géometrie variable qui pululent sur ce site en ont pour leurs frais et vont devoir nous aligner d’autres arguments plus plausibles face à leur frilosité de voir émerger des démocraties.

Nous attendons avec déléctation les réactions de ces pseudos défenseurs de la démocratie,dont ils nous chantent les louanges du matin au soir et dont ils se parrent habituellement tout en déniant tous droits aux peuples arabos musulmans de vivre libres !!!

Il faut croire que la démocratie n’a pas que du bon pour nos détracteurs, qui préférent les bonnes et vieilles dictatures ou les bons et vieux islamistes radicaux, qui alimentent à souhait leurs propagandes !

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Cette grille de lecture me paraît la plus juste pour comprendre notre époque. Pour le coup, elle permet de s’interroger sur la marge de manoeuvre réelle dont disposent les pays soumis aux appétits des puissants, peuples et "élites" confondus. A condition de ne pas la perdre de vue.

Par ailleurs, Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

La "noblesse" prêtée aux commentaires des diplomates américains est sans doute réelle. Là n’est pas la question car la valeur des informations qu’ils fournissent ne se mesure que par rapport aux objectifs stratégiques à atteindre par ceux qui décident (mais un peu osé tout de même de lier éthique et pragmatisme).

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Merci beaucoup pour cet article de Noam Chomsky, militant inlassable de longue date.
Les ouvrages de Noam Chomsky et ses conférences sont indispensables pour comprendre les dessous du pouvoir en général, et celui des USA en particulier. Dans ces ouvrages, "Pouvoir et terreur", "Les dessous de la politique" de l’oncle Sam", Chomsky dévoile et décrypte les véritables pratiques de la politique USA qui n’ont rien à voir avec la façade "soft" présentée par la propagande des médias ! D’ailleurs, dans son ouvrage incontournable "De la propagande’, Chomsky décrypte magistralement le fonctionnement des médias ! Une fois que l’on a lu les ouvrages de Noam Chomsky, le monde nous semble plus clair.

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Lisa, ravi que le monde vous semble plus clair. Mis à part ça, sincèrement quelle impact un Chomksy a t-il sur le monde ?

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"...sincèrement quelle impact un Chomksy a t-il sur le monde ?" Surement plus qu’un BHL et un Finkelkraut réunis !

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@anonyme : Chomsky est traduit et lu dans le monde entier. Il a donc plus d’impact que vous ne croyez !
De plus, Chomsky est infatiguable dans le combat pour la liberté qu’il menne depuis trés longtemps.
Si l’on veut avoir un minimum d’éducation politique, les ouvrages de Chomsky y aident enormément.

Aujourd’hui Chomsky est un peu âgé, mais il est toujours actif !
Petite anecdote : Chomsky aime le groupe " Rage Against The Machine ", et ce dernier s’inspire des écrits de Chomsky !

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"Lisa, ravi que le monde vous semble plus clair. Mis à part ça, sincèrement quelle impact un Chomksy a t-il sur le monde ?"

Cela ressemble à la phrase de Staline :"Le pape, combien de divisions ?"

Chomsky à l’impact de tout penseur intelligent, sensible et humain. Il n’a pas besoin de votre approbation Madame ou Monsieur l’anonyme.

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Chère Amazone, mais ils ont déjà trouvé l’argument massu : "pensez à l’Iran " nous disent-ils . "Comment se fait-il que vous ne parliez que de la Tunisie et de l’Egypte...il faut vous préoccuper de l’Iran , C’est l’Iran la grande affaire !!"

Dans quelques jours, BHL reprendra sa croisade pour Sakina ! Un contre-feu comme un autre. Voilà le genre d’arguments des "docteurs en démocratie".

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Merci Mesdames.

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Dans son intervention, Chomky cible le fond de la question d’indépendance des pays Arabes et Musulmans. Le passage de la colonisation à la libération ne s’est pas effectué dans un cheminement naturel des aspirations des peuples mais modeler selon le bon vouloir des puissances économiques. Chacune d’elle s’est octroyée un espace déclaré comme chasse gardée. D’Afrique en Asie en passant par l’Amérique du sud, le monde est sectionné en espace d’influence où s’entremêle intérêts économiques, stratégiques, et parfois culturels des grandes puissances. On assiste impuissant devant le G7 passé au G20 ou au Forum de DAVOS et autres institutions des puissances où se discutent les intérêts retranchés et projets d’exploitation et d’expansion. Ce monde unipolaire qui ne trouve en face de lui aucun contre poids aucun concurrent effectif. Tout est soumis à son dictat, institutions régionales, État ou pays en voie de développement ou émergents. Il reste néanmoins une référence qui n’a jamais pris dans ces calculs : le (s) peuple. C’est cette unité négligeable dans leur calcul qui fait face à leur maléfique dessin. En Tunisie comme Égypte les chaînes commencent à se briser, ouvrant ainsi le chemin de l’indépendance réelle et effective.
Oui l’indépendance, la vraie la réelle. C’est la raison profonde de leur peur. Hier, le nationalisme, aujourd’hui c’est l’islamisme qui nous le présente comme éventail, comme ailleurs avec d’autres arguments fallacieux, forces régressives, ou marxistes. Les puissance ou forces obscures travaillent ardemment au maintien d’un système qui touche à sa fin car, étant artificiel, il ne peut se régénérer ou créer une alternative clonée. Longtemps maintenu à l’écart de leur propre destin, les peuples ne peuvent endurer une situation chaotique assistant en spectateur à la spoliation des ressources, aux disparités dans la distribution des riches, à l’arbitraire quotidien, ….etc
Dans une de ces conférences CHOMSKY évoque le déséquilibre provoqué par les puissances. 70% des ressources planétaires sont situées dans les pays du sud donc dominés. 20% de la population mondiales exploite pleinement ses ressources à son avantage. La vrai indépendance remet en cause cet équilibre d’où la peur bleu des forces obscures.
La contribution de CHOMSKY est importante sans pour autant négligé l’apport de nos intellectuels qui ont évoqué l’incomplétude de notre indépendance. Je peux citer « l’indépendance confisquée » de Ferhat ABBAS, ou celui de Ghazi HIDOUCI « la libération inachevée ». Il en est de même pour les auteurs du moyen orient HAYKEL HASANEIN ou d’Amérique latine (PABLO NERUDA). Nos auteurs ont entamé une réflexion, introvertie, en mettant l’accent sur les facteurs inhérents à nos systèmes, à nos sociétés, jusqu’à nos us et coutumes politiques. La pathologie, o combien contagieuse du Zaimisme chez les dirigeants Arabes, de la militarisation des institutions dans nos sociétés, du despotisme … sont autant de refrains à l’indépendance réelle et au progrès économique et social.
Cependant, le paradigme de Chomsky nous oriente vers une vision extravertie, plus globale et plus exhaustive : les visées des puissances qui préfèrent avoir comme interlocuteurs des pouvoirs dépourvus de toute légitimité. Ces régimes ou systèmes politiques ne peuvent s’assurer une existence dans le temps sans l’assentiment des puissances, fussent-elle régionales ou mondiales, qui assument la garantie de leur maintien aux commandent qu’ils dirigent illégitimement.
Il s’agit d’un des jeux le plus pervers de la politique dite post coloniale, qu’on peut aisément, pour notre part, qualifiée de néocoloniale, voire même re coloniale. Car, effectivement, il y eu décolonisation des territoires mais recolonisation des esprits des dirigeants formatés dans le moule de leurs maîtres. En leur léguant les clés du pouvoir et les destinés de leur peuple, les puissant ont pris soins de leur laisser les modes de fonctionnement, les pratiques de gouvernance, enfin la culture politique du colon ou je puisse dire du puissant.
L’indépendance est une réaction instinctive des peuples acculés à la libération de leur destin.