Le langage capitaliste reprend les mots de l’Islam en les détachants de leur portée transcendante et éthique pour en faire des biens de consommation. On commercialise un paraître « islamique », une image de l’Islam. Ainsi, le discours du paraître « islamique » a le pouvoir d’anéantir l’être musulman. Cette dynamique de réification de l’Islam et d’anéantissement de l’être musulman se fonde sur l’idéologie de la séduction, du désir, et elle s’effectue par le biais du marketing.
« O hommes ! Nous vous avons créés d’un mâles et d’une femelle et Nous vous avons désignés en nations et tribus, pour que vous vous entreconnaissiez ».
Coran 49 – 13
Ces dernières années, nous avons assisté à l’émergence d’un marché « islamique » pensé comme une version « hallal » du capitalisme occidental. Ce phénomène ne serait pour certains analystes qu’une consécration, voire le triomphe, d’une « révolution conservatrice » opérée au sein des élites issues du mouvement islamique après l’échec de leur conquête du pouvoir.
En effet, déroutés par les revers de leur combat politique, les acteurs du mouvement islamique auraient finalement investi le secteur marchand. En décidant d’entrer dans le monde de l’économie, ils ont importé dans cet univers des singes, des symboles, un éthos « islamique » afin de créer de nouveaux produits répondant aux attentes des consommateurs musulmans. Ce projet s’est matérialisé par l’apparition de biens et de services étiquetés « islamiques » à la disposition des « croyants-consommateurs » ou des « consommateurs-croyants ».
Néanmoins, ce qui est pensé par certains comme une « alternative » à l’ordre économique dominant, peut être analysé comme une extension de la sphère d’influence du capitalisme qui cherche en permanence à créer de nouveaux marchés. Dans cette perspective, le pouvoir du langage du capitalisme, le marketing, est d’apparaître indépendamment du concept, c’est-à-dire de la sagesse et de l’éthique.
En d’autres termes, le langage capitaliste reprend les mots de l’Islam en les détachants de leur portée transcendante et éthique pour en faire des biens de consommation. On commercialise un paraître « islamique », une image de l’Islam. Ainsi, le discours du paraître « islamique » a le pouvoir d’anéantir l’être musulman. Cette dynamique de réification de l’Islam et d’anéantissement de l’être musulman se fonde sur l’idéologie de la séduction, du désir, et elle s’effectue par le biais du marketing.
Cela participe de la nouvelle forme du capitalisme qui s’appuie sur la force de l’image, de la symbolique qu’il promeut par le biais de la publicité. Cette forme du capitalisme, étudié par Michel Clouscard, repose sur l’engendrement réciproque de l’économie de marché – orientée vers la satisfaction des besoins - et du désir qui redynamise l’économie du profit. Dans ce marché, à la place des objets et services, sont consommés de la symbolique, des signes, des attitudes, des paroles.
Ces signes, ces symboles, ces attitudes, sortis de leur contexte original et redéployés dans la sphère marchande, ne peuvent que servir à la promotion de l’inauthentique, du faux, du falsifié.
La dynamique du capitalisme est une dynamique globale qui ne connaît ni frontière ni limite et qui a pour objectif final d’étendre son emprise sur toutes les sociétés, toutes les cultures et toutes les civilisations. Le capitalisme n’est pas uniquement un mode de gestion économique, il est également une culture, fondée sur le primat des valeurs marchandes, une conception du monde, une culture, une civilisation, un mode de vie. Le capitalisme a un caractère global et totalisant qui tend à soumettre l’ensemble de l’existence humaine au règne de la marchandise.
Par nature, le capitalisme est un système poussant à la marchandisation de la société globale, à sa réification. Dans la logique du capital, tout peut et tout doit devenir un objet marchand. En conséquence, il n’y a plus aucune limite humaine à l’expansion universelle du capital. Par ce processus, la logique du capitalisme tend à généraliser les lois du marché dans les sphères non-marchandes et, par là même occasion, à détruire la diversité culturelle, à faire disparaître les particularismes identitaires, à anéantir les pensées critiques - par une sorte de « dressage » cognitif – ou à désintégrer les religions et les spiritualités.
Ainsi, le capitalisme doit conquérir les sociétés et les espaces non-marchands afin de les transformer pour pouvoir permettre de créer de nouveaux marchés avec de nouveaux débouchés. Dans cette perspective, le marché « islamique » peut être analysé comme un instrument destiné à étendre la sphère d’influence du capitalisme sur un espace non-marchand : l’espace de l’Islam, de son imaginaire et de sa spiritualité.
Il est nécessaire de comprendre que dans la dynamique globale du capitalisme - le système-monde - le marché « islamique » n’est qu’une fraction, un sous-ensemble du marché global avec ses règles de fonctionnement. Ainsi, les élites économiques « islamiques » se trouvent liées de façon structurelle à la dynamique du capitalisme occidentale dont la principale activité demeure « la transformation du travail en capital et l’appropriation des pouvoirs sociaux »[1].
De par leur activité, les élites économiques « islamiques » offrent de nouvelles perspectives au capitalisme occidental. En effet, en suscitant de nouveaux « besoins », le marché « islamique » crée un nouveau marché, celui de la religiosité musulmane, avec ses consommateurs : les « croyants-consommateurs » ou les « consommateurs-croyants ».
Cependant, avec la création de ce nouveau marché, on procède implicitement à l’imposition d’un modèle culturel, celui du capitalisme occidental, à des fins mercantiles. Décrivant ce processus, Marx et Engels écrivaient que « pressée par le besoin de débouchés toujours plus étendus pour ses produits, la bourgeoisie se répand sur la terre entière. Il faut qu’elle s’installe partout, établisse partout des relations »[2].
Le marché « islamique » a pour résultante l’extension du capitalisme occidental et l’imposition d’un modèle culturel capitaliste même s’il est recouvert d’un verni d’« islamité ». Car pour réussir, le capitalisme ne peut pas limiter son influence à la sphère purement économique, mais il doit aussi s’attacher à conquérir l’âme des peuples afin de susciter en eux le désir de consommer. Le capitalisme est à l’origine d’un processus de dépersonnalisation, de « dé-originalisation », de « viol des consciences » des peuples afin de les intégrer au marché mondial. Ainsi, comme l’écrivaient déjà Marx et Engels en 1848, « par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie a donné une tournure cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays »[3].
En effet, le capitalisme cherche à formater des peuples désagrégés, dépersonnalisés, des traditions culturelles inertes, des hommes fébriles, sans attaches et sans repères, de véritables déracinés, disposés à consommer sa production standardisée. Tout ce qui freine la consommation de ses produits, ce qui est susceptible de ralentir l’expansion de ses productions culturelles uniformisées - de la musique au cinéma en passant par la littérature - doit disparaître, ou être réifié, folklorisé, dans son système. Pour le capitalisme, l’aliénation préalable des esprits est nécessaire à son entreprise d’uniformisation. Ainsi, il tend à détruire l’original, l’authentique, le particulier, à l’exception de ce qui va dans le sans de l’extension du capital.
Dans cette perspective, le marché « islamique » permet de consacrer la suprématie économique, idéologique, culturelle et politique de l’Occident capitaliste. Par une « ruse de l’histoire », les élites économiques « islamiques » deviennent les « alliés objectifs » du capitalisme occidental et de l’occidentalisation du monde alors que dans leur engagement politique originel, elles se présentaient comme les plus farouches adversaires de cette occidentalisation.
Afin de consolider son hégémonie, le capitalisme occidental s’attache à soumettre les sociétés, les univers culturels et les civilisations à son mode vie au moyen d’objets quotidiens permettant un rituel d’initiation à la société capitaliste. Certains objets culturels sont la mise en forme du capitalisme. Par un apprentissage quotidien de masse se « forme » la clientèle potentielle. Ces objets sont imposés par le marketing qui les institue comme modèles culturels.
Par exemple, il est nécessaire de comprendre que les fast-foods « islamiques » produisent un rapport au mode de consommation, à la nourriture, au goût, au temps, à l’esthétique des aliments et de l’environnement dans lequel on les consomme. Ces rapports, même si la viande est hallal, sont en rupture avec l’éthique et l’esthétique de la tradition arabo-islamique dans laquelle la façon de se nourrir – qu’il s’agisse des aliments ou de la manière de les consommer - était totalement différente.
De même, les vêtements streetwear « islamiques » génèrent un rapport au corps, à la façon de se mouvoir dans l’espace, à l’esthétique du vêtement, au paraître. Ces éléments qui ne puisent pas leurs origines dans l’espace civilisationnel arabo-islamique, ont été directement importés de la « culture » hip-hop américaine et de l’univers du « sport-spectacle ». A ce propos, Mounir Chafiq expliquait : « il est temps de repousser toute idée d’occidentalisation, il est temps de comprendre que nous avons consolidé les « chaînes » en substituant le costume occidental à notre costume traditionnel, ce dernier a été inspiré par nos coutumes, notre agriculture, notre artisanat, notre civilisation, en l’abandonnant, nous les abandonnons. Le costume occidental traduit un modèle de civilisation, son importation signifie notre dépendance. Elle a contribué à la destruction de notre économie, notre personnalité et notre patrimoine »[4].
Ces nouveaux produits « islamiques », qui promeuvent en même temps des nouveaux modes de vie calqués sur le « modèle » américain, ont été produits par la civilisation capitaliste et promus au moyen du marketing. Ces produits participent à la promotion de l’inauthentique, du factice, du falsifié, produits par le capitalisme à l’aire de la consommation de masse.
Au moyen de ces produits, et de l’idéologie qui les accompagne, le mode de vie de la civilisation capitaliste finit par s’étendre au monde entier, puisque comme l’affirmaient Marx et Engels, la bourgeoisie occidentale « oblige toutes les nations à faire leur, si elles ne veulent pas disparaître, le mode de production de la bourgeoisie ; elle les contraint à introduire chez elle ce qu’on appelle la civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot elle se crée un monde à son image »[5].
Ainsi, les capitalistes et leurs appareils idéologiques imposent leur tutelle idéologique, leur modèle culturel et civilisationnel, à l’ensemble des sociétés en procédant à l’universalisation de leurs propres valeurs, de leurs intérêts et de leur mode de vie. Cette force de l’hégémonie fait qu’il est très difficile d’échapper au conditionnement créé par un modèle culturel aussi massif et écrasant.
Faisant leur la conception du monde et l’idéologie du capitalisme occidental, les élites économiques « islamiques » se font les relais, inconscients, de l’occidentalisation du monde. Dans cette optique, la « classe-moyennisation », l’adoption du mode de vie de la bourgeoisie occidentale, l’homogénéisation et la standardisation des manières de vivre, constituent des armes terriblement efficaces pour détruire toute spécificité identitaire, culturelle et religieuse pouvant remettre en cause l’hégémonie économique et idéologico-culturelle de l’Occident. Par ce procédé disparaît toute prétention à résister à l’ordre mondial.
L’aliénant phénomène de la réification, de la « marchandisation du monde », qui impose le règne de la quantité, est à la base d’un processus de désenchantement du monde anéantissant les utopies créatrices, les imaginaires collectifs et les espérances. Décrivant ce processus qu’il jugeait positif, John Maynard Keynes affirmait que « le capitalisme moderne est radicalement athée »[6]. C’était pour lui la marque distinctive du capitalisme car même les idéologies matérialistes connaissent une forme de croyance immanente, alors que le capitalisme ne connaît que l’univers marchand auquel il tend à soumettre l’humanité.
Face à la puissance du système dominant, une critique du capitalisme qui s’attacherait uniquement à vilipender ses conséquences néfastes, sans s’attaquer à sa logique propre - la réification - ne pourra s’attaquer au cœur de la contradiction du monde contemporain. Le capitalisme doit être critiqué pour ce qu’il est - un système qui tend à la réification de l’ensemble des sociétés - et non uniquement pour ce qu’il engendre, les inégalités sociales, la misère, l’exploitation ou les guerres impérialistes.
La force du capitalisme est de soumettre tous les hommes, toutes les cultures et tous les peuples au règne de la marchandise et à l’idéologie qui lui est liée. La contradiction majeure de notre époque se présente sous la forme d’une lutte entre la volonté d’homogénéisation planétaire et les mouvements résistant à ce processus. Face à la force globale du capitalisme et à son caractère uniformisant, la résistance ne peut s’organiser que dans la promotion de la diversité des cultures, des peuples, des spiritualités et des civilisations.
Les particularités culturelles, les spécificités spirituelles, individuelles et naturelles sont aussi des armes de résistance face au capitalisme uniformisateur. Face à cette uniformisation, ceux qui s’opposent au capitalisme doivent prendre conscience que chaque peuple, chaque langue, chaque ethnie, chaque individu, chaque spiritualité, chaque particularité est un reflet de la diversité du monde non-marchand. L’anti-capitalisme véritable doit s’opposer à toutes les tentatives d’homogénéisation mondiale et il doit tendre à défendre, sur le mode symphonique, tous les particularismes en tant qu’ils sont susceptibles de constituer des fondements pour une libération sociale et culturelle. Une résistance effective au capitalisme doit nécessairement inclure l’opposition à la diffusion de la culture du capitalisme et à l’occidentalisation du monde qu’elle engendre.
[1] Engels Friedrich, Marx Karl, Manifeste du parti communiste, GF Flammarion Paris 1998, page 95
[2] Ibid., page 77-78
[3] Ibid., page 78
[4] Chafik Mounir, L’islam en lutte pour la civilisation, al-Bouraq, Paris, 1992, page 104-105
[5] Engels Friedrich, Marx Karl, Manifeste du parti communiste, op. cit., page 79
[6] Christopher Lasch, Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Ed. Flammarion, Paris, 2006, page 95
Commentaires
Cette marchandisation de l’islam ne va-t-elle pas de pair avec une certaine approche de l’islam qui consisterait à en faire un objet de pensée unique et non une source immensément riche à laquelle chacun peut venir puiser, dans sa diversité ?
Bonjour
L’analyse que vous défendez semble logique mais une fois que l’on a dit cela, que peut-on faire ? Pratiquement rien. Il n’existe pas d’alternative autre que celle d’adapter les principes ou les interdits islamiques au capitalisme, c’est-à-dire, leur soumission aux règles du capitalisme.
Contrairement aux apparences, dans cette affaire, ce sont les règles du capitalisme qui s’imposent, car il n’existe pas de système économique islamique, chrétien ou juif, qui pourraient constituer une alternative au capitalisme ou à tout autre système économique.
Et pour rester dans le même ordre d’idées on peut également ajouter que ce que l’on appelle finance islamique obéit au même principe d’adaptation que vous semblez rejeter puisque là aussi, celle-ci n’est rien d’autre qu’un ensemble de mécanismes visant l’aménagement de l’interdit de l’usure dans le but de le rendre compatible avec les règles du système de crédit capitaliste.
Shems
Asslâmo’alaykum,
Vous dites :
"Le capitalisme doit être critiqué pour ce qu’il est - un système qui tend à la réification de l’ensemble des sociétés - et non uniquement pour ce qu’il engendre, les inégalités sociales, la misère, l’exploitation ou les guerres impérialistes."
Vos critiques "artistes" (inauthenticité à la Baudelaire) et "sociales" (exploitation à la Marx) seront récupérées par ce "nouvel esprit du capitalisme", à travers un jeu dialectique sans fin. Il le fait déjà...
Pourquoi ?
Je pense, car ces critiques ne sont pas assez radicales, ne sont pas assez distinguées de l’esprit du capitalisme.
La théorie économique est elle même aliénée, dépourvue de son essence, car en principe "l’économique est essentiellement une science morale et non pas une science naturelle. C’est à dire qu’elle utilise l’introspection et les jugements de valeur" (J.M. Keynes in The Collected Writting of J.M.K, publié en 30 volumes, édités par Donald Moggridge, p552.).
Oui Keynes, normalement (pour ne pas dire normativement)...
Il faut normativiser, pour ainsi dire, la "science" économique.
L’essence, l’ontologie de la science c’est justement d’être normative tout en étant réaliste (ou objective si vous voulez).
Nous devons réviser avec reflexivité et sincérité nos croyances, nos consciences individuelles...pour qu’en conséquence notre existence sociale puisse changer. Et non pas l’inverse.
Heidegger, Hannah Arent, Simone Weil, Marcuse et toute l’école de Francfort, Jean Baudrillard, etc, etc...ont tous critiqué bien avant vous cette existence sociale aliénante...mais à mes yeux, ces critiques restent néanmoins superficielles.
Comprenez-le bien chers intellectuels, le changement doit venir d’abord de l’intérieur, de la superstructure. Le monde dans lequel nous vivons est à notre image.
Salam
Mouhib
Salam Mouhib,
Il va sans dire qu’après une telle introduction de votre part, on serait en droit d’attendre la suite...c’est à dire une critique approfondie, plus radicale de l’esprit du capitalisme.
Aucun rapport mais en vous lisant je me disais que le monde virtuel est vraiment bien étrange..les "avatars"(sic) de personnes que l’on suppose réelles apparaissent, disparaissent...réapparaissent.. !
Bonjour,
je suis heureux de lire ce genre de texte, en effet, la déferlante "Hallal" en France est inquiétante, on se "gausse" de manger de la junk food hallal... A la question que l’on m’a posé sur le pourquoi du hallal en viande ? J’ai humblement répondu que cela participé d’une éhtique du croyant, et de ne sacrifier l’animal que sous le regard du Miséricordieux... Ethique qui est contredite par cette fameuse déferlante... A voir à la longue... ( ps ; pour une réelle intégration, les produits hallal ne devraient pas selon moi être doublés en arabe...)
Il ne faut pas rejeter le capitalisme. C’est un système qui a permis l’enrichissement des populations occidentales. Comparons le niveau de vie d’il y a deux siècles avec l’actuel.
Un des grands problèmes de l’islam, c’est l’incapacité de prêter de l’argent à quelqu’un qui veut agir, et qui rendrait un intérêt.
Un exemple : quelqu’un possède de l’argent, mais ne sait pas quoi en faire à moins de le dépenser.
Mettons qu’un futur boulager veuillent ouvrir une boulangerie, mais n’a pas l’argent.
Celui qui a l’argent, prête et perçoit un intérêt, celui qui voulait ouvrir sa boulangerie pourra le faire. Et tout le monde aura du pain.
Sinon, on met l’argent dans une tirelire, on regarde la tirelire et... rien ne se passe. Quand on ne peut pas acheter un bêche pour travailler le jardin : on ne bêche pas, le jardin ne donne pas à manger, et tout le monde est perdant.
Mais ce n’est pas religieux.
Même si l’on peut partager l’enthousiasme des auteurs pour certains aspects ésotériques de l’analyse marxienne, on reste un peu interdit devant le tableau qui nous est présenté ici. En effet, toute frontière géographique est comme par miracle, effacée : partout une "bourgeoisie", et, non plus un "prolétariat", mais des "peuples" dont il s’agit
« de conquérir l’âme afin de susciter en eux le désir de consommer ».
Le modèle ainsi décrit ne me paraît pas opératoire, c’est-à-dire qu’il ne permet pas de répondre aux questions de notre monde, de ses évolutions et de ses errements. En effet, les bourgeoisies du Nord-Ouest et celles du reste du monde n’ont pas les mêmes intérêts, et ce n’est que par la soumission, par la domination, que celles du Nord réussiss(ai)ent à contrôler les autres. Certes, ce contrôle va de pair avec la persuasion, l’imposition d’un modèle culturel, mais ce n’est pas "la bourgeoisie (qui) se répand sur la terre entière", c’est la bourgeoisie du Nord-Ouest qui étend sa domination, trouvant çà et là assez de collabos pour la maintenir. En bref, la "lutte des classes" est plus que jamais d’actualité, et c’est un des points forts de l’analyse marxienne, mais son universalité se double d’une lutte pour la domination des territoires. On en a deux ou trois démonstrations aveuglantes, en Irak, en Afghanistan et en Palestine, avec leur Résistance.
Car l’autre volet de la situation, c’est le mouvement de Résistance que la domination du Nord-Ouest a suscité. Et dans cette Résistance, on trouve aussi bien des éléments "populaires" que "bourgeois", si même ces catégories ont un sens dans ce contexte, et je doute de leur utilité en l’espèce : mieux valent les catégories de "résistants" et de "collabos".
Du point de vue de Marx que vous citez abondamment, le capitalisme c’est d’abord et avant tout l’exploitation de l’homme par l’homme et l’appropriation des richesses collectives par un petit nombre d’individus ou de familles (les fameux bourgeois)
De ce point de vue, à l’exception de quelques tentatives socialisantes qui ont tourné court (le Nasserisme par exemple), le monde islamique a toujours été capitaliste, il en est même une des expressions les plus abouties si on songe aux monarchies pétrolières du Golfe.
Amicalement
Salam,
Hayat,
Ah ! Vous vous souvenez de moi ? C’est sympa.
Eh bien, la première fois que j’ai commencé à intervenir sur ce site c’était la veille du mois de Ramadan dernier. Comme maintenant. C’est cyclique.
Et j’ai cessé de le faire suite à quelques censures. Donc, si on me le refait, c’est reparti pour au moins un an lol
Bon, plus sérieusement. On attend toujours que le capitalisme entre en action (il est très actif) pour qu’on se mette à critiquer les conséquences de son action sur la société. Et on le critique toujours dans le cadre défini par le capitalisme lui même. De ce fait, on ne peut qu’échouer dans la critique. Je dirai même, de ce fait, qu’on ne peut que collaborer avec lui (tacitement). Et il a même besoin de ce genre de critiques...molles !
Il faut à mes yeux des critiques de fond, à la fois déconstructives et constructives. Pour que le capitalisme soit mis devant le fait accompli, et ne trouve pas d’échappatoire, comme il le fait si bien "contre" les critiques qui s’inscrivent dans le même paradigme que lui en vérité.
Pour ne pas paraitre incantatoire je donne un exemple à la lumière du livre de Luc Boltanski et Eve Chiapello ("le nouvel esprit du capitalisme") : (ce sont des notes de mes lectures d’autrefois) :
Les capitalistes reçoivent des critiques de types "on veut plus d’athenticité dans le travail"=critique artiste (cf. mai 68)
Ensuite, "on veut moins d’exploitation"=critique sociale (plus efficace que la critique artiste selon les auteurs)
Eh bien, que répond le management ?
Dans les années 60, le management commence à s’adresser aux cadres en se posant des questions comme "comment donner sens au travail en entrprise ?" (réponse à la critique artiste, une critique bien romantique)
Et dans les années 90, le capitalisme propose la "métaphore du réseau" afin de mobiliser les travailleurs. Ce serait une forme plus douce d’exploitation, entre la hiérarchie et le marché.
Et bien d’autres exemples, comme le toyotisme (80’s), où l’on parle "d’autonomie" du travailleur, "polyvalence", flexibilité, etc. Mais en vérité c’est du taylorisle déguisé.
Ainsi le capitalisme n’apparit plus comme les sources d’exploitation et d’aliénation, jusqu’à la formulation d’une nouvelle critique...molle. Et c’est reparti pour un nouveau tour de passe-passe.
De chaque critique née une nouvelle forme d’exploitation et d’aliénation (la phase synthèse de la dialectique).
La faute à qui ? Ben à la critique molle ! Complaisante par son langage mou ! Et qui elle aussi souhaite plus, "toujours plus !
Plus de pouvoir d’achat, plus d’emplois, plus de revalorisations, plus de retraites, etc...
Le capitalisme dit : vous voulez gagner plus ? "eh bien travaillez plus, bande de gueux !"...allez ! on fait sauter les 35heures, vive l’exploitation !
Je termine par cette citation de Keynes : "Comment pourrais-je faire mien un credo qui, préférant la vase aux poissons, exalte le prolétariat grosiier au- dessus des bourgeois et de l’intellegentsia qui, quelles que soient leurs fautes, incarnent le bien-vivre et portant en eux les germes des progrès futurs de l’humanité" (Keynes, la pauvreté dans l’abandonce, p.39).
Il a compri que le capitalisme est dans l’action, et la critique prolétarienne est dans la passivité (qui ne construit rien).
Moi, en tant qu’islamiste et fondamentaliste, je prone naturellement, l’économie à la lumière de la Lumière. Et Keynes a tort de dire : "La lutte de classes me trouvera du côté de la bourheoisie éclairée" (CW, p.297)
Car jusqu’à présent, le capitalisme n’a apporté que guerres et pauvreté ! (il avoue la pauvreté et les inégalités).
Enfin, pour nuancer mon point de vue, "Un tel modèle institutionnel [économie de marché] ne pouvait exister sans que la société ne fut en quelque manière soumise à ses exigences...une économie de marché ne peut qu’exister que dans une société de marché" (Karl Polanyi, "la grande transformation", je ne peux pas donner la page car cette citation est de mémoire). Ce livre est à lire pour comprendre l’histoire de la marchandisation, dans une perspective anthropologique, historique et économique ; par exemple, comment a-t-on transformé la travail, monnaie et terre en marchandises..."fictives" dit-il, car à l’origine elles ne sont pas produites pour être vendues sur le marché.
Bref, j’ai beaucoup de choses à dire en développement, mais cela nécessite plus de temps, ce n’est pas le lieu, ce n’est pas évident en mode mail. Il faut que ce soit bien construit.
En résumé, la critique gauchiste est totalement stérile à mes yeux, et son vérnis "d’humanisme" ne me séduit absolument pas :"L’athéisme est une négation de Dieu, et par cette négation, il pose l’existence de l’homme."
[ Karl Marx ] - manuscrits-1844.
Salam
Mouhib
C’est dans les pays capitalistes que l’instruction des populations est la plus massive et de qualité. C’est dans les pays capitalistes que les populations bénéficient du niveau sanitaire le plus élévé, de l’espérance de vie la plus grande, de la protection sociale la plus élévée, du taux d’activité le plus grand, de l’égalité reconnue entre les sexes, c’est aussi dans ces pays que l’individu est en mesure de livrer tout son potentiel, que ce soit dans les arts, le sport, les sciences etc.
C’est vers ces pays que se tourne l’immigration des personnes qui aspirent au confort, à la liberté de penser etc.
Alors certes le capitalisme mondialise les us, fait disparaitre des cultures obsolètes, mais des milliers de cultures et de langues ont disparu bien avant lui.
Mieux vaut être un individu responsable dans un pays capitaliste imparfait qu’un pion décérébré, assujetti au groupe et assommé de commandements dans les pays qui prétendent s’en affranchir. Simple question de bon sens.
Exposé qui serait intéressant si la définition et notions du capitalisme sur lesquelles il repose étaient exactes. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
C’est ce qui arrive quand on veut démontrer quelque chose en considérant la conclusion comme pré-établie.
@Mouhib, vos réflexions sont intéressantes et la description du cercle vicieux (le capitalisme avalant ses propres contradictions) semble vous avoir impressionné. Tout cela est bel et bon, et l’approche du Ramadan nous rend en effet plus conscients dans notre conduite quotidienne et, j’oserai le dire, intérieure (pour ne pas dire limousine). Mais je vous apporte un démenti formel sur ce que vous imaginez comme un slogan de 68 :
« "on veut plus d’authenticité dans le travail"=critique artiste (cf. mai 68) »
Il convient, pour rétablir la vérité historique, de rappeler aux jeunes générations que le slogan de 68 était :
NE TRAVAILLEZ JAMAIS
Alors je ne sais pas si vous qualifierez un tel slogan d’artiste, mais vous conviendrez qu’avec un tel motto, on sort du cercle vicieux que vous décrivez à travers vos notes de lecture.
Salam waglioni,
Eh bien, Cher Waglioni, ils le disaient certainement dans une perspective marxiste ! Car selon Marx "c’est le travail qui crée le capital". C’est le travail qui est créateur de richesse (comme chez les classiques comme Smith et Ricardo). C’est une manière selon eux de couper le robinet aux détenteurs de moyens de production, extirpeurs de plus value absolue (allongement de temps de travail) et de plus value relative (intensification du travail).
Mais islamiquement parlant, le travail est une adoration. Mieux vaux porter des branches d’arbre (à vendre) sur son dos que de quémender. Ce n’est pas une solution radicale, c’est une solution extrémiste.
Ils ont dit bien pire comme "il est interdit d’intérdire".
C’est pourquoi je dis toujours aux anciens qu’ils étaient en crise d’adolescence tardive, la France s’ennuyait à mort...à vouloir le néant ! La consommation de masse des "3O glorieuses" les a rendus hystériques lol
Salam
Mouhib
Ah oui, j’ai oublié un détail mais très important,
La contradiction n’est pas dans le capitalisme, elle est en l’homme en premier lieu.
Chez les islamistes, coranistes, c’est la superstructure (mentalité, moeurs, idéologie etc) qui fait l’infrastructure (la richesse matérielle, notre existence sociale). Et non pas l’inverse comme chez Marx.
C’est pourquoi je pense qu’il faut faire de Marx ce qu’il a fait de Hegel. C’est à dire, le remettre sur ses pieds !
Salam
Mouhib
Quelques solutions en vrac :
Par exemple ce serait bien qu’on puisse retrouver nos enseignements islamistes dans des revues spécialisées en sciences économiques et sociales.
On peut nous aussi faire des "simulations" et "faire tourner des modèles" économiques sophistiqués sans "usure" (cf. taux d’intérêt).
De voir comment les risques financiers (cf. couvertures contre les risuqes de cange, swaps, etc) pourraient être amoindris sans taux d’intérêt. Une économie internationale version islamiste.
L’hypothèse de l’absence d’usure est plausible. Il n’y a qu’à regarder ls hypothèses de l’économie contemporaine, ce qui importe le plus ce n’est pas l’irréalisme des hypothèses mais la pertinence des conclusions disent ces économistes.
En outre, on peut s’interroger à la lumière du Coran et de la Sunna (ex:zakat) de la redistributivité des prélévements obligatoires (impôt et cotisation sociales). Sont ils assez progressifs et redistributifs ? La TVA ?
Selon Marx : "Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme : des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts"
Sans exagérer non plus, il faut que les musulmans puissent eux aussi réflechir sur le bon taux de prélévements obligatoires. Réflechir sur les taux marginaux, etc. Je fais confiance à nos juristes qu’on stigmatise tous azimuts.
Discuter la théorie de la justice de J. Rawls à la lumière de la Lumière.
Du coté des sciences humaines : on peut s’intérroger dans une perspective sociologique, sur les éventuelles corrélations entre taux de divorce et d’autres variables plus ou moins islamiques...par exmpele, on peut mettre en corrélation le taux de divorce et les relations extra-conjugales avant le mariage (du même couple entre eux)...et de voir qui sont ceux qui divorcent le plus. Il me semble que François de Singly (sociologue du couple et de la famille) n’a pas vraiment réflechi à cette question.
D’un point de vue psychanalytique, on peut tenter de vérifier empiriquement d’autres versets comme ceux qui se détournent du rappel d’Allah auront "une vie pleine de gêne" en relation avec le degrè d’islamité (il faut réfélchir à des indicateurs d’islamité, comme degré de fréquence de groupes religieux, mosqué, fréquence de lecture du Coran, etc). Il me semble que Freud n’a pas pensé à ces choses.
De voir qui sont ceux qui souffrent le plus du déclassement social, probablement ceux qui donnent sens à leur vie par la positon sociale dans la CSP. C’est une hypothèse qu’il faut vérifier psychosociologiquement.
Il nous faut des nouveaux indicateurs de jugement sur l’état de notre société...pour que les critiques aillent dans le bon sens. Changeons la superstructure et nous aurons une autre infrastrucure. Et non pas se contenter de crier à la manière des trois frères : "la société ! elle a que des problèmes !".
Ainsi, chers frères et soeurs, il faut que nos penseurs insuflent de la vie dans ces "sciences" jusque là stériles dans la réforme de notre société. C’est cela la réforme radicale à mes yeux, et non pas la suspicion de nos Textes et de nos juristes qui sont accusés de schizophréniques en leur proposant "fiqh al-waqi’", et pourtant ils connaissent la réalité beaucoup mieux que nous.
Changeons les mentalités et nous aurons une autre société.
Salam
Mouhib
Cher Mouhib, je suppose que votre
« islamiquement parlant, le travail est une adoration »
ne s’entend pas pour le travail salarié, source en effet de l’aliénation décrite par Marx. Et le motto que je rappelais ne se comprenait évidemment que dans ce cadre, comme vous le supposiez dans votre réponse. Car je ne pense pas un seul instant qu’il soit "islamique" d’aliéner son temps et sa sueur au profit de quiconque, et de faire de cet esclavage (=aliénation) une source d’adoration. Non, et je crois que nous atteignons ici un point tournant (au sens de Feurbach) : il est sûr que la religion (l’adoration) a souvent servi à compenser le sentiment d’aliénation, à éteindre le désir de révolte sociale, sous le prétexte que "c’est écrit, et nous sommes entre les mains de Dieu". La nouvelle religion, le consumérisme à la mode Hallal, tout comme le cacherisme des rabbins, contribue grandement à cette aliénation. Sana parler de la distorsion du Texte, qui autoriserait le massacre industriel des animaux de boucherie, ou la boucherie tout court, alors que le Texte dit tout le contraire, en mettant tellement de contraintes à la consommation de la chair animale, que le seul moyen de se conformer à Ses préconisations dans notre monde, c’est le végétarisme.
@ Waglioni,
L’Islam appelle au réalisme. Le salariat occupe environ 95% de la population active (les 5% sont les indépendants, et autres). Les historiens disent que ce phénomène est née à la sortie du moyen âge, et s’est développé avec la suppression des corporations et la création du marché du travail (Karl Polanyi). En gros XVIII et surtout XIX siècle.
Le fait de le situer et del’historiciser est stratégique. Car si on montre comment il a été fait, et on montre sa nouveauté, c’est qu’il peut être défait. Les marxistes sont friands de ce genre d’analyse.
Mais en Islam, j’ose dire que la salariat a été pratiqué par le Prophète (ç) (salarié), et des compagnons comme Ali aussi.
Plutôt que d’opter pour votre solution irréaliste, je propose de laisser l’Islam le faire : par exemple, il faut que les musulmans chefs d’entreprise soient conscients qu’il est écrit dans le Coran : "ne donnez pas aux gens moins que ce qui leur est dû" (Al-A’râf, 85, Hûd, 85, cho’ara, 183).
Et il faut que la société se pose des quesions comme "pourquoi produire ?", "Pourquoi travailler ?", etc.
Et donner des réponses objectives, pas des réponses capitalistes.
Peut être que les gens souffriraient moins au travail. Si seulement on savait à quel point ils souffrent...si seulement !
La hawla wa la qowwata illa billah.
Avis aux pensées tordues : Je ne suis pas un bourgeois, ou quelqu’un qui ne connait pas l’exploitation.
J’ai fait un accident de travail très grave quand je bossais en tant qu’ouvrier agricole, très jeune, j’ai fais une opération et une deuxième pour un décollement rétinien (sans aucune indemnité). Depuis plus de 10ans je bossais chaque été à l’usine, et je retournais aussitôt étudier en septembre et octobre. J’ai vu des gens souffrir, j’ai vu des femmes ouvrières pleurer en tenant leur dos, et je lui ai posé la question "pourquoi tu pleure ?", en larme elle me dit "j’ai mal au dos". J’ai vu une femme ouvrière s’évanouir sur son poste de travail en tenant son couteau pour couper la salade qui défilait une à une vitesse vertigineuse sur la chaine.
J’ai porté une grosse ceinture contre les maux de dos à cause de ça, j’ai bousillé mon dos moi aussi, au point d’appeller une ambulance chez moi tellement je souffrait. J’ai travaillé dans une usine dans le carton, dans les cuves d’eau sous terraine, une usine de fruit de mer, une usine de salade, une usine de fruit et légumes, une usine de confiseries, etc. (chaque fois pendant au moins deux à trois mois en tant qu’intérimaire faisant le sale boulot)
Et je me suis fait viré plusieurs fois lol.
On peut me rétorquer que les riches font aussi des "petits boulots", eh bien non, je ne les vois la dedans, la souffrance est bin rude. Des membres de ma famille les plus proches travaillent dans une usine depuis des années jusqu’à maintenant. Et d’autres membres de ma famille l’ont fait.
Et je n’ai pas vendu mon âme à Marx !
Quand à Marx, qu’est ce qu’il a fait ce flémard de sa vie ? a part mendier du fric à Engel et sa pauvre femme qui a regrété de l’avoir épousé. De créer la classe ouvrière et de semer en elle l’esprit de vengence et de haine. Ce Marx qui n’aimait pas les ouvriers, etc. Lisez sa biographie, ses correspondances, et vous verrez.
Salam
Mouhib
Il faut bien comprendre l’aliénation au sens de Marx : bien entendu l’aliénation vient du latin alienum, qui veut dire être étranger à quelque chose.
Ce concept est appliqué au mode et rapports de production.
C’est à dire que le travailleur est étranger à son essence lorsqu’il se fait exploiter...autrement dit il est étranger à sa nature (au sens physique) possédée par le détenteur des moyens de production. Qu’est ce que la nature ? Eh bien c’est le produit du travail (technnique=transformation de la nature et "spirituel"=le travail préexiste idéellement dans l’esprit du trvailleur avant de l’objectiver, de le matérialiser).
Au final cette marchandise appartient au capitaliste au lieu de revenir au travailleur.
D’où l’aliénation.
Mais revenons en arrière.
Marx postule que l’essence du travailleur c’est la nature, et donc s’il y a scission, il y a phénomène d’aliénation. C’est là où les islamistes doivent arrêter Marx. Qui lui a dit que mon essence c’est la nature ? Suis-je une bête moi ?
A partir du moment où l’on remet en cause cet axiome, eh bien l’analyse marxiste s’évnouit pour disparaitre. L’aliénation ne peut avoir lieu que si l’être humain se définit ontologiquement lui même en tant que tel. Et je me pose la question si Marx ne s’est pas montré pragmatique en se disant que puisque c’est imbécile croient que leur essence est la nature alors offrons leur un modèle d’analyse conforme à leur croyances. J’ai fait des recherches dans ce domaine, et je me suis apperçu que ces croyances existaient bien avant Marx, la philosophie matérialiste anglaise et surtout française a beaucoup influencé Marx, il le dit lui même. Helvetius, mandeville, Quesnay etc...Il faut approfondir cette recherche.
Et cette façon de voir les choses a influencé la sociologie du travail contemporaine : lisez "le travail en miettes" de Georges Friedman, ou plus amusant encore, "l’établi" de Robert Linhart. Même dans quelques Romans, etc.
Nous avons besoin d’une autre sociologie du travail moins romantique et plus réaliste.
Salam
Mouhib
Salam Mouhib,
Je me souviens de vous, oui...et de quelques discussions passionnantes et parfois houleuses. Sur le présent sujet la sagesse veut que je me taise, n’ayant absolument pas votre niveau de connaissance théorique ni celui de Waglioni que j’ai souvent plaisir à lire également.
C’est bien agréable en tous cas d’assister à des échanges aussi instructifs et de ce niveau, ça nous change des "petits faiseurs de polémique" qui envahissent régulièrement ce site....
Salutations à vous, salam.
Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme..L’Islam c’est le contraire...Marx ne connaissait rien à l’Islam !Il faut quand même avant de le citer à tout bout de champ,comme vous le faites,rappeler que Marx était juif !Pour ma part je pense qu’il est urgent d’attendre un Marx musulman..
Je pense que tout le monde a sa part de vérité à dire, aussi modeste soit-elle.
L’essentiel est de ne pas transgesser les limites de ses connaissances, et rester ouvert à l’échange.
Puisque, nous les rêveurs, nous souhaitons devenir des gens de la connaissance (Ah ! quel rêve à double tranchant !), eh bien nous ne pouvons le devnir qu’en restant ouverts, sans complexe, face à la divergence.
D’ailleurs ceux qui sont déstabilisés par la divergence n’ont pas de connaissances solides, sinon ils resteraient fermes devant la divergence.
Vous voyez, en vérité nous recherchons quelque chose que nous n’avons pas même pas définie. Et du coup, nous la découvrons a postériori, sur le tas ; et je ne vous raconte même pas les dégâts, ça et là, de ce cheminement intellectuel.
Vous avez raison, aussi longtemps vivrons-nous, la dernière pensée, la dernière conclusion qui nous vient à l’esprit c’est : silence !
"C’est la faute de la fatalité" disait Flaubert à la fin de son madame bovary...ou bien je dirais à ma façon, comme toujours, tel un enfant : "Dieu avait raison"...
Salam
Muhib
Salam Mouhib,
Les "dégâts du cheminement intellectuel" ne touchent ils pas surtout ceux qui, dans leur réflexion, oublient la base de toute chose, l’unicité du Tout ?
Celui qui garde conscience de cette unicité n’est il pas protégé de ce danger ?
Car quelle que soit la façon dont il est conduit à comprendre le monde,celui qui préserve cette conscience saura toujours que cette compréhension (forcément très relative, quel que soit le niveau de connaissance )s’inscrit toujours dans la cohérence d’un Tout qui le dépasse.
Pour moi, la divergence (mais j’ai le souvenir que nous en avions déjà parlé..)peut au contraire être appropriée comme une porte ouverte vers l’élévation de la pensée.
A condition toutefois que les personnes qui échangent partagent une même éthique dans le partage de leurs idées.
Cela me fait d’ailleurs penser à un très bon ouvrage qui m’avait été conseillé par une personne amie et qui traite de ce thème : L’éthique du désaccord de Abdallah Ibn Biya .
Je suis vraiment ravi de vous entendre le dire.
En effet, entre la question philosophique de savoir si l’on doit arriver aux principes ou en fixer le point de départ ; il faut opter pour la deuxième option, c’est à dire partir des principes (Unicité). Pour que notre cheminement se fasse de manière saine et méthodique.
Merci pour le conseil de lecture, je ne l’ai pas encore lu.
Salam
Mouhib
En lisant cet article (très bien écrit au demeurant), je me dis que les détracteurs de l’islam tiennent le même discours, sauf qu’au lieu de se soucier de la dépersonnalisation des musulmans, ils craignent que l’économie occidentale ne finisse par aider l’intégration des musulmans en leur reconnaissant le statut de consommateurs avec des attentes propres.
Même si ce qui est dit dans cet article a sa part de vérité, je pense pour ma part que toute culture ou religion qui n’est pas capable de s’adapter à une époque ou une ère géographique est destinée à disparaître.
Lorsque le capitalisme occidental rencontre l’islam oriental, soit cette rencontre débouche sur un pacte (tacite) où chacun gagne quelque chose (il n’y a pas d’offre sans demande)... soit chacun se replie sur lui-même et de là naît le conflit.
Salam Aleïkoum Leïla,
La question n’est peut être pas tant de se replier sur soi même que d’envisager de pouvoir produire un autre modèle de société, ce qui n’a pas la même teneur.
Cela veut dire puiser dans nos sources et être en mesure, grâce à une compréhension revivifiée, de faire fructifier celles ci dans le monde tel qu’il est, aujourd’hui.
Dans cette optique, les valeurs de l’islam deviennent sources de contribution à un modèle de mieux être collectif, au delà de la seule communauté musulmane...
Et au delà des apparences médiatisées qui sont peu flatteuses, cette réforme est peut être bien déjà en marche.
Cordialement.
X.Y "C’est dans les pays capitalistes que l’instruction des populations est la plus massive et de qualité. C’est dans les pays capitalistes que les populations bénéficient du niveau sanitaire le plus élévé, de l’espérance de vie la plus grande, de la protection sociale la plus élévée, du taux d’activité le plus grand, de l’égalité reconnue entre les sexes, c’est aussi dans ces pays que l’individu est en mesure de livrer tout son potentiel, que ce soit dans les arts, le sport, les sciences etc. C’est vers ces pays que se tourne l’immigration des personnes qui aspirent au confort, à la liberté de penser ...
Je vous crois, cher X.Y, mais il reste à convaincre ceux qui parmi nous éprouvent sans cesse de la compassion, et qui n’apprécient pas les évidences : car on ne vient pas chez nous par hasard de façon aussi massive.
L’argent ? La sécurité ? La santé ? Serions-nous donc si peu répulsifs qu’au lieu de faire carrière dans le riche Golfe on ne pense qu’à une chose : s’installer en France... ?
L’honnêteté hélas fait parfois défaut. L’argent -et l’assistanat- sont des valeurs de refuge plus sûres.
Je trouve amusant que la plupart des gens qui prétendent défendre l islam utilisent une analyse marxiste de la question, comme si l’islam avait un quelconque rapport avec cela.
Revenez au texte et à l’histoire dans l’antiquité le modèle de production était le modèle esclavagiste. Seule force de travail possible la mecanique n’existant pas ou peu. L’islam a t il aboli l’esclavage ???
Non, il s’est adapté au contexte de son époque.
Le principe du capitalisme c’est la liberte des prix et la liberte de circulation des themes repris par l islam.
Alors qu’il n ya aucune reference a la socialisation des moyens de production bien au contraire.
Conclusion logique et pragmatique le capitalisme et le modèle économique creant le plus richesse l’islam le systeme politique et social qui les reparti le mieux.
Ps : il n’ y a pas de regime vraiment islamique a mon sens qui se definit par la responsabilite totale des dirigeants vis a vis des peuples
Cordialement