Bonnes fêtes de fin d’année et joyeuse année « xénophobe ? » 2011

Il faisait un peu moins froid que les jours précédents. Les routes avaient dû être salées, le verglas ava

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dimanche 2 janvier 2011

Toute la semaine il avait neigé, les routes avaient été bloquées. Le matin de ce 24 décembre2010, la neige était plus fine, à peine visible. Il faisait un peu moins froid que les jours précédents. Les routes avaient dû être salées, le verglas avait eu le temps de fondre. J’ai décidé de braver les éléments, le froid et la neige pour une personne du sud étaient quasi-paralysants. J’allais sortir comme tous les français qui sont obligés de travailler par ce temps d’hiver « polaire » et tenter de slalomer entre le verglas et les déjections canines. Myriam, la jeune fille que je gardais voulait prendre l’air, elle avait fêté son 11ème anniversaire quelques jours plus tôt.

Le froid ne lui faisait pas peur j’ai du insister pour lui faire porter un chapeau quant à ses gants j’ai du me résoudre à les emporter dans mon sac.Le stade Charléty, dans le 13ème arrondissement de Paris, proposait gratuitement des activités sportives d’hiver, de quoi occuper nos petites têtes blondes, brunes ou rousses qui n’ont pas la chance de voyager avec leurs parents, pour certains la crise financière était passée par là.

Emmitouflée dans mon manteau en laine, j’avançais avec peine de peur de me retrouver à faire de la luge malgré moi sous la neige qui tombait de plus en plus dense. La petite Parisienne ouvrait la marche. Elle était dans son élément, allant même jusqu’à me montrer comment poser un pied devant l’autre pour éviter de glisser. Une femme devant nous perdit l’équilibre et tomba. Sortir faire des courses par ce temps de « blizzard », ressemblait au parcours du combattant. Le stade Charléty n’était qu’à une poignée de stations de tramway.

Le bonheur sur le visage de Myriam me fit oublier le vent cinglant et les flocons de neige qui s’écrasait sur mon visage. Il n’y avait pas de file d’attente, j’étais heureuse pour elle. La jeune fille était une adepte de l’escalade mais avec un pouce déboité je lui avais déconseillé de tenter la conquête du sommet proposé.

  •  Oh tu sais, j’ai pas mal, et avec mon attelle je pourrais y arriver sans problème. Mais pour te faire plaisir je ne le tenterai pas.

    Il y avait tellement d’autres jeux, elle ne savait pas où donner de la tête. Elle commence par la luge, ensuite la tyrolienne.Il faisait de plus en plus froid, il fallait attendre pour équiper les enfants de casques et de harnais de sécurité.Les petits chanceux s’élançaient dans la tempête à tour de rôle sous l’œil vigilant des animateurs qui s’occupaient d’eux en souriant. La bonne humeur était de mise malgré les rigueurs de la saison.Myriam était équipée maintenant, et ce serait bientôt à elle de se jeter dans le vide.

    Je préparais la caméra, la neige était de plus en plus dense, mes doigts étaient gelés.Je levais la tête vers le ciel, la vue des flocons de neige qui me tombaient sur les yeux me fit cligner des yeux. Je tournais la tête vers le vide, Myriam s’était lancée j’avais raté son saut, j’essayais tant bien que mal de diriger l’objectif de ma caméra vers le point noir qui la représentait, j’avais du mal à bouger avec précision mes doigts tellement ils étaient gelés.

    Après quelques sauts de trampoline elle se dirigea à nouveau vers la pente de luge. Il y avait plus de monde qu’à notre arrivée, une file commençait à se former. Nous nous sommes mises d’accord pour retrouver la chaleur de la maison, après cet ultime tour. Je voulais fuir ce froid. J’avais du mal à parler.

  •  Vous n’avez pas trop froid, Madame ?

    Je m’adressais à une femme enceinte qui se tenait à proximité de deux petites filles qui attendaient sagement leur tour de luge.

  •  Oh si. J’aimerais être ailleurs mais mes filles doivent profiter de leurs vacances.

    Je lui fis remarquer en souriant que c’est un joli Noël, comme sur les cartes postales. Elle me dit que c’était difficile d’expliquer à ses enfants que ce n’était pas leur fête. Je lui réponds que participer à ces jeux leur faisait du bien.

    Elle parut agréablement surprise de m’entendre parler ainsi, je pense qu’elle s’attendait à ce que je dégaine le Haram pour tirer sur tout ce qui était différent de « nous ».Un adolescent sauta une barrière, il devait avoir la flemme de faire le tour. La file que faisait les enfants ne ressemblait plus à rien. J’avais extrêmement froid ! J’avais pour principe de toujours laisser les enfants se débrouiller entre eux mais je ne sentais plus les extrémités de mes doigts. Je décidais alors d’intervenir.

  •  Excuse moi jeune homme, tu es derrière ou devant ces personnes ? Il baissa la tête et recula.
  •  Et il n’a pas fait le tour, il a sauté la barrière. De toute façon c’est toujours les mêmes !

    J’avais bien entendu ! Toujours les mêmes, mais les mêmes qui ? Le petit avait une « tête d’arabe » je me retourne choquée vers la femme qui avait osé sortir ce genre d’énormité.

  •  Madame vous vous rendez compte de ce que vous dites ?
  •  Oui, et c’est juste un constat ! me répondit-elle en haussant les épaules sur un ton suffisant.

    Je ne sentais plus le froid, où étais-je ? Comment pouvait-on être raciste aussi ouvertement ?Une impression de déjà-vu ressurgit de ma mémoire : « je persiste et je signe ».

    J’avais envie de tirer les oreilles à cet adolescent qui avait suscité cette remarque que je n’aurais jamais imaginé entendre sur le sol d’un pays des droits de l’homme.

    Je décidais d’emboiter le pas à la digne représentante de l’essentialisation personnalisée qui, après avoir craché ces mots s’était écartée du groupe de parents.

  •  Madame cet enfant n’est pas si mauvais que ça puisqu’il a reconnu sa faute.

    L’étendard que j’arborais sur la tête aiguisa un peu plus sa méchanceté.

  •  Vous l’avez vu hein vous et vous l’avez laissé ?

    Je l’avais vu mais ce n’étais pas pour autant que l’on agresse un mineur.

  •  Oui et je comptais lui dire de façon pédagogique ce que je pense de sa manière d’agir. Vous auriez pu en faire autant madame.
  •  Ah non alors, je n’ai pas à m’occuper des enfants des autres ! (Par contre je peux les juger)

    L’égoïsme au summum de sa gloire.Après moi le déluge. Moi, mon fils et… accessoirement mon homme.Elle est bien belle la famille des temps modernes !A quoi pense t-on aujourd’hui ? A sauver sa peau. Et la société et les enfants de mon immeuble, de mon quartier, de ma ville de mon pays ?Tant pis pour eux. J’éduque bien mes enfants et c’est tout. Pourtant l’avenir de mes enfants et celui des autres sont liés par un seul et même destin : leur présence sur le même sol où ils sont censés vivre en paix en toute liberté, égalité et fraternité. A quoi servira la bonne éducation de mon enfant s’il est agressé ou fauché par une voiture conduite par une personne de sa propre génération, de son pays, de sa ville, de son quartier. Le destin nous joue parfois des tours…

    Le parti au pouvoir, relié par certains médias a fait de l’excellent travail. Au lieu d’instaurer la paix sociale et la cultiver, nos politiques ont semé l’identité nationale qui est entrain de grandir comme une mauvaise herbe sur le bas côté des sentiers battus de notre société. Notre classe dirigeante a encouragé le côté sombre, à condamner, à cacher le temps d’en guérir. Nous avons vécu la mise en place d’un fléau qui écartèle les gens d’un même pays, de la même nationalité au nom d’origines différentes, de cultures ou de croyances diverses. Sur le chemin du retour, Myriam remarque mon air préoccupé.

  •  Je ne pense pas que la dame aurait pu être méchante si les parents du garçon avaient été présents.

    Bonne année2011 !

    Une nouvelle année qui s’annonce avec de nouveaux défis, de nouvelles provocations comme la devise des jeux olympiques : toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort.Que le Seigneur nous donne la sagesse pour savoir répondre à ce qui nous attend (que ce soit sur le plan individuel ou collectif) avec calme, modération et raison.

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    Auteur : Nawal Z.

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