Bernard Kouchner au Quai d’Orsay

Tout au long de sa carrière politique, Bernard Kouchner s’est rangé derrière les gouvernements israélien

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samedi 19 mai 2007

Pour les pays arabes, l’élection de Nicolas Sarkozy constituait déjà une mauvaise nouvelle. Proaméricain, le nouveau président français a régulièrement soutenu le gouvernement israélien contre ses voisins arabes, suscitant de sérieuses appréhensions sur les nouvelles orientations de la politique étrangère de Paris. Signe de cette méfiance : plusieurs dirigeants arabes, à leur tête le roi Abdellah d’Arabie Saoudite, n’ont pas félicité Nicolas Sarkozy après son élection. Les autres dirigeants l’ont fait, mais souvent via des messages empreints de froideur.

Les craintes des Arabes devraient se confirmer ce vendredi, avec l’annonce du nouveau gouvernement français. Sauf surprise de dernière minute, c’est le « socialiste » Bernard Kouchner qui sera nommé au poste de ministre des Affaires étrangères, au nom de la démarche d’ouverture mise en place par le nouveau président élu. Pour les pays arabes, ce choix constitue une vraie mauvaise nouvelle. Car, l’homme cumule au moins trois défauts majeurs. En 2003, il fut l’un des rares hommes politiques français à avoir soutenu et défendu publiquement la guerre en Irak.

Un choix qu’il assume encore aujourd’hui, malgré les résultats catastrophiques de l’intervention américaine dans ce pays. Deuxième défaut : tout au long de sa carrière politique, Bernard Kouchner s’est rangé derrière les gouvernements israéliens. L’homme, engagé sur de nombreux dossiers humanitaires à travers le monde, n’a presque jamais eu un seul mot de compassion pour les nombreuses victimes palestiniennes dans les Territoires occupés.

Il parle de la Tchétchénie, de l’Afrique noire, de l’Afghanistan, les Français l’ont vu porter un sac de riz destiné à des enfants africains ravagés par la famine, mais il ne s’est jamais prononcé sur la Palestine et l’occupation israélienne. Enfin, et c’est sans doute ce qui va gêner le plus de nombreux dirigeants arabes, le futur chef de la diplomatie française est l’un des principaux promoteurs du très controversé droit d’ingérence humanitaire, souvent appliqué selon des critères contestés y compris par l’Organisation des Nations Unies elle-même.

Parmi les sujets internationaux auxquels il devrait s’attaquer rapidement figure la question du Darfour au Soudan, un pays membre de la Ligue arabe, et la question des infirmières bulgares détenues en Libye. Les deux sujets ont en effet figuré dans le premier discours de Nicolas Sarkozy prononcé le soir de son élection.

Or, le nouveau ministre connaît très peu le monde arabe où il ne dispose pas de relais capables de lui faciliter la tâche dans des négociations sur des dossiers souvent complexes. Les Libyens qui se sont rapprochés récemment des Américains n’apprécieraient pas en effet des ultimatum ou des menaces en provenance de la France qu’ils considèrent d’ailleurs comme un « petit pays ». Et la Ligue arabe, dont le Soudan est membre, ne risque pas d’apprécier une action militaire soutenue par Paris au Darfour.

Le Quotidien d’Oran, 16 mai 2007

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Auteur : Rabah Yanis

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