Bernard Carayon, Député stratège (juillet 2005)

La Revue Parlementaire, N°881 Bernard Carayon, Député stratège (juillet 2005) A 47 ans, Bernard Carayon s

vendredi 9 juillet 2010

La Revue Parlementaire, N°881 Bernard Carayon, Député stratège (juillet 2005)

A 47 ans, Bernard Carayon s’affiche comme "le" spécialiste de l’intelligence économique. Mais le député de la quatrième circonscription du Tarn qui a le patriotisme économique chevillé au corps, possède d’autres atouts.

Bernard Carayon est tombé dans la marmite politique dès son plus jeune âge. "Les débats étaient l’axe principal des conversations familiales. Mon père qui était inspecteur général de l’Administration, au ministère de l’Intérieur avait une haute estime du service de l’Etat et une bonne connaissance de son fonctionnement. Il était aussi passionné par l’histoire des idées politiques", explique-t-il. Faut-il alors s’étonner que le fils suive les traces paternelles ? Après ses humanités à Assas, il rejoint Sciences Po d’où il sort diplômé. Puis, un DEA de Sciences politiques et un DESS de Défense en poche, il poursuit son ascension par l’entrée dans le cabinet deJacques Chirac, à la mairie de Paris. Il travaille alors avec son second mentor, Robert Pandraud, qu’il accompagnera quand ce dernier deviendra ministre délégué chargé de la Sécurité. Nous sommes en 1986.Bernard Carayon n’a que 29 ans. Place Beauvau, il lutte contre le trafic des stupéfiants, contre l’immigration clandestine et planche sur la création du service national dans la police. "Nous l’avons mis sur pied en quatre mois, un véritable tour de force", s’enorgueillit-il, renforçant un peu plus une image d’homme de droite.

Fondation d’entreprises

D’ailleurs, la gauche ne le lui pardonne pas, lui renvoyant souvent à la face son passé estudiantin et ses actions viriles sinon musclées au sein du GUD (Groupe Union Défense). Il ne semble pas être en odeur de sainteté auprès de ses collègues parlementaires tarnais, Paul Quilès et Thierry Carcenac, qui n’ont pas souhaité se prononcer sur "ce personnage", nous ont-ils fait savoir. Bernard Carayon revendique clairement "son héritage gaulliste" et "sans complexe" son positionnement "à droite". L’un de passe-temps favoris de ce lieutenant colonel de réserve ayant à son actif 150 sauts en parachute, n’est-il pas de collectionner les livres anciens, ceux des années 1880 à 1950 ? Parmi ses perles rares, on retrouve des éditions originales de Barrès, Péguy, Bernanos.... Et s’il parvient à entraîner dans ses chutes libres sa femme et ses enfants, c’est pour mieux développer l’esprit de corps, exalter ses convictions, ses valeurs que sont "la solidarité et la liberté" et aussi développer l’esprit de camaraderie. Bernard Carayon pense d’ailleurs qu’au Palais-Bourbon "on peut se faire de vrais copains, compter sur des personnes sûres". A cet égard il nourrit beaucoup d’estime pour le député socialiste d’Ille-et-Vilaine, Jean-Michel Boucheron avec lequel il a créé une fondation d’entreprises, baptisée Promotheus. Dotée d’un budget d’environ 280 000 euros, elle rassemble une dizaine d’entreprises d’Areva à Dassault, en passant par Sanofi et Sagem, mobilise des experts bénévoles de tous les horizons (Pierre Cabannes, François Ewald, Jean-Paul Fitoussi...) et réfléchit sur les grands enjeux de la mondialisation.

Simplicité

Ce qui prouve que ce jeune parlementaire, élu pour la première fois en 1993 à 36 ans, sait rassembler au-delà de son propre camp. Pour preuve encore, son élection en 1995 à la mairie de Lavaur, conquise de justesse avec 50,5% des suffrages contre le maire socialiste sortant Pierre Lozar. Ses électeurs lui accordent leur confiance puisqu’ils l’ont réélu en 2001, sans coup férir, avec plus de 55% des voix. Il met ainsi en pratique la maxime d’Albert Thibaudet* qu’il cite volontiers : "La politique c’est avant tout des idées, un ancrage territorial et l’action". Les idées sont connues. L’ancrage territorial est réel puisqu’il est député d’une circonscription dont l’épicentre se trouve être son village natal. Pour ce qui est de l’action locale, il pense ne pas ménager ses efforts : "Je me suis battu pour installer des entreprises. J’ai réussi ces dix dernières années, à faire venir 1100 emplois industriels, à améliorer les réseaux de communications...", plaide-t-il. "Bernard Carayon n’est animé d’aucun esprit de notabilité, de m’as-tu-vuisme. Tout le monde chez lui, en toute simplicité : des professeurs de collège, de lycée, des agriculteurs, des banquiers... Il n’y a aucune convenance. Le plus c’est qu’en allant à la mairie de Lavaur, sa garde rapprochée ne m’a jamais considéré comme le parisien de service", témoigne Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique.

Chef d’orchestre

Le député, ancien auditeur de l’Institut des hautes études sur la sécurité intérieure (IHESI), rêve à une France compétitive, forte et rayonnante. D’où son combat pour faire reconnaître l’intelligence économique, "une politique publique adaptée aux marchés stratégiques". "C’est la première fois qu’un parlementaire offre à l’Etat une doctrine, et définit une méthode de travail profitant autant aux entreprises qu’aux pouvoirs publics", remarque-t-il. Depuis la remise de son rapport au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en septembre 2003, il a procédé à plus de 250 interventions dans toute la France sur ce sujet : devant le corps préfectoral, le corps diplomatique français, à l’ENA, ou face à des étudiants et bien sûr, dans son fief de Lavaur. "Environ 150 personnes se sont déplacées", raconte Christian Harbulot. "Ce qui m’a marqué c’est la moyenne d’âge, environ 50 ans, et l’attention de l’assistance. L’auditoire était en attente devant un réel problème : comment relancer l’économie du pays dans une compétition de plus en plus rude ? ", ajoute-t-il. S’il n’avait pas fait de politique, il aurait été pilote de course ("j’adore les bolides") ou bien chef d’orchestre, comme Jacques Attali l’est à ses heures. Son compositeur préféré ? Jean-Sébastien Bach : "Un homme éminemment moderne, car il a inspiré une quantité de musiciens, notamment les jazzmen". Son plus grand frisson ? "Avoir joué le 4ème concerto, un des plus beaux, un régal pour tout flûtiste". Ce qui prouve qu’il n’y a pas que la politique dans la vie.

Christophe Soulard

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