Un noir et fils d’un musulman kenyan à la Maison Blanche ?

Auteurs du livre « L’Amérique de Barack Obama » aux éditions Démopolis, François Durpaire et Olivie

mardi 2 octobre 2007

Un noir et fils d’un  musulman kenyan à la Maison Blanche ?

Quel est le parcours que Barack Obama a suivi pour arriver en politique ?

Le parcours d’Obama a été fulgurant. Encore inconnu il y a trois ans (il était simple élu local), il est aujourd’hui l’adversaire de Hillary Clinton pour obtenir l’investiture démocrate pour les présidentielles de 2008. Il lui aura fallu de la chance et une conjoncture toute particulière pour réussir ce tour de force. Il doit aussi cette ascension fulgurante à d’exceptionnelles qualités. Tout d’abord, une insatiable ambition. Ensuite, il y a ses origines multiples, qui permettent à de nombreux citoyens de s’identifier à son parcours.

Fils d’un immigrant kenyan et d’une mère américaine du Middle West, il a grandi à Hawaï mais il habita aussi quelques années en Indonésie. Fait de plus en plus rare en politique, le sénateur de l’Illinois se présente à une élection présidentielle sans avoir fait fortune et sans être né riche. Il n’a pas à se forcer pour avoir l’air proche du peuple. Il peut s’adresser à tous avec le même naturel, à la différence des précédents présidents, qui se donnaient beaucoup de mal à faire oublier qu’ils étaient issus de grandes familles.

A quoi tient l’engouement autour d’Obama que l’on présente comme la « star du Sénat » américain ?

Il possède ce charisme qui lui permet de soulever l’enthousiasme des foules. Aujourd’hui, des fans l’assiègent pour un autographe ou une photo. Des parents donnent son nom à leurs bébés. Désigné sous le terme d’Obamamania, ce traitement serait plus approprié pour une rock star, un sportif ou un acteur. Beaucoup le compare à l’ancien président Kennedy, qu’on appelait le « président de charme ».

Mais c’est au frère du Président, Robert F. (« Bob ») Kennedy, qu’il est le plus souvent comparé. Ils sont tous les deux progressistes sur le plan politique, tous les deux sénateurs d’un important État du Nord, lorsqu’ils entrent en campagne. Même volonté aussi de mettre fin à une guerre - le Vietnam pour l’un, l’Irak pour l’autre - pour se consacrer à la lutte contre les injustices et la pauvreté.

Quelles sont les chances de Barack Obama de remporter l’investiture démocrate en vue des élections présidentielles de 2008 ?

Il a des chances réelles en dépit des sondages qui le placent derrière Hillary Clinton. En effet, les sondages nationaux ne rendent pas compte des scores beaucoup plus serrés si l’on considère que l’élection primaire se joue dans quelques Etats. En fait, les premières élections primaires seront déterminantes, car elles conditionneront la suite des opérations. C’est une étape très incertaine de la campagne. Nous expliquons pourquoi dans l’ouvrage. Les sondages faits quatre mois avant ont très rarement donné le nom du vainqueur.

Quel est son programme sur le plan économique et social et sur le plan de la politique étrangère ?

Dès 2002, Obama a prononcé un discours dans lequel il qualifiait la guerre en Irak de grave erreur qui aurait « une durée indéterminée, un coût indéterminé et des conséquences indéterminées ». À l’heure où la majorité des médias et des hommes politiques avaient perdu leur sens critique suite au traumatisme du 11 septembre, Obama apparaît rétrospectivement comme une des rares voix de modération.

L’histoire lui a donné raison. Le sénateur le rappelle à chaque débat afin de montrer que, si son expérience sur le plan international est assez maigre, il a le discernement et le sang froid nécessaires à tout chef d’État. Il est donc normal qu’une des premières mesures qu’il ait annoncées, soit un plan de retrait d’Irak.

Dans le pays le plus riche au monde, quarante-cinq millions d’Américains, dont neuf millions d’enfants, vivent sans couverture médicale et ceux qui peuvent se permettre d’en contracter une le font à des taux exorbitants. Le thème de la réforme de l’assurance maladie sera donc sur le devant de la scène lors de cette élection présidentielle. Barack Obama propose « de couvrir les personnes sans assurance maladie en garantissant qu’aucun Américain ne se verra refuser le droit à une assurance pour cause de maladie chronique ou de risque congénital ».

Le plan d’Obama prévoit aussi de réduire le coût des accidents ou des maladies graves en remboursant les employeurs d’une partie de leurs dépenses exceptionnelles s’ils utilisent ces économies pour réduire les cotisations de leurs employés. Une deuxième préoccupation centrale de l’électorat américain est la question du réchauffement climatique et des politiques énergétiques. C’est pourquoi Barack Obama en a fait un des projets centraux de sa campagne présidentielle.

Quelle est sa position vis-à-vis des différentes minorités aux Etats-Unis ?

Son discours et sa personnalité sont très nouveaux. Il serait le premier président noir des Etats-Unis mais il ne veut pas limiter son discours à la défense de la communauté noire. Ce sont ses origines métisses qui attirent l’attention. Son élection transformerait les relations entre les communautés et l’image que le monde se fait de la société américaine. Comment réagiraient les habitants du contient africain si celui que nombre d’entre eux considèrent comme un des leurs accédait à la présidence de la première puissance mondiale ?

Quelle serait la réaction du Proche Orient si ce candidat dont le père et le grand-père étaient musulmans, dont le frère est converti à l’Islam, dont le deuxième prénom est Hussein entrait à la Maison-Blanche ? Il symboliserait, à l’intérieur comme à l’extérieur, le dépassement du « choc des civilisations » cher à certains républicains. Hispaniques contre anglo-américains à l’intérieur des Etats-Unis, Musulmans contre chrétiens dans le reste du monde : ses interprétations ne laissent que peu de place au métissage et à la confusion identitaire dont Obama est porteur.

En quoi Barack Obama représente-t-il selon vous un symbole pour les minorités visibles en France ?

Les institutions américaines sont loin d’être parfaites. Elles ont cependant permis l’émergence d’un fils d’immigrant africain dans les plus hautes sphères du pouvoir. Celui-ci n’a pas été nommé par le Président tel un ministre ou un secrétaire d’État. Obama a atteint les sommets de la vie publique par le biais des élections. Un fils d’immigrant africain de quarante-sept ans, avec trois ans seulement d’expérience politique nationale aurait-il, en France, de réelles chances d’être élu ?

On peut déjà observer dans certains quartiers des jeunes qui font d’Obama un symbole de ce qu’il aimerait pour la France. Cet enthousiasme traduit autant l’engouement que suscite le candidat Obama que la frustration d’une partie de la population française qui ne se reconnaît pas dans son système politique. Jamais la candidature d’un candidat américain n’aura mis en exergue l’incapacité pour la classe politique française de se renouveler.

Propos recueillis par la rédaction

L’Amérique de Barack Obama, François Durpaire et Olivier Richomme, éditions Démopolis, sortie le 4 octobre 2007.

Directeur de l’Institut des Diasporas Noires (www.idnf.org), François Durpaire est chercheur associé au Centre de Recherche d’Histoire Nord-Américaine (Paris I). Olivier Richomme est maître de conférences à l’Université Lyon II. François Durpaire et Olivier Richomme présenteront L’Amérique de Barack Obama le 4 octobre à l’Alliance Française de Paris, de 18h à 20h, 101 boulevard Raspail, 75006, dans le cadre du festival Vibrations Caraïbes (www.vibrationscaraibes.com) Olivier Richomme et François Durpaire

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