Aurélie plutôt que Khadija : les prénoms musulmans sont-ils discriminés à l’embauche ?

Quel est le critère clé qui conduit un chef d’entreprise, de nos jours en France, à écarter une candida

mardi 11 mai 2010

Quel est le critère clé qui conduit un chef d’entreprise, de nos jours en France, à écarter une candidature au profit d’une autre, en parfaite connaissance de cause ou bien dans un réflexe identitaire inconscient ?

Le prénom, à compétences égales, pourrait-il influer sur le choix de recruteurs, plus sensibles à la musicalité rassurante d’une consonance judéo-chrétienne qu’à la sonorité musulmane qui, pour évoquer l’évasion et des souvenirs de vacances, n’en est pas moins anxiogène ?

La French-American Foundation, qui œuvre depuis sa création en 1976 à enrichir les relations franco-américaines, s’est attelée à analyser les mécanismes de la discrimination à l’embauche, et a publié en mars dernier le fruit d’une étude réalisée par Claire Adida et David Laitin, de l’université de Stanford, en collaboration avec Marie-Anne Valfort, de la Sorbonne.

Focalisé sur les prénoms comme étant une source potentielle de rejet, ce nouveau test du CV a choisi un angle original pour déterminer si les discriminations à l’embauche à l’égard des français d’origine maghrébine, constatées dans des études précédentes, étaient davantage le fait de leur origine maghrébine plutôt que de leur islamité. Vaste sujet…

Selon une méthodologie éprouvée, trois CV ont été créés, le premier étant celui d’une candidate « de référence » présentant un nom et un prénom fleurant bon le terroir : « Aurélie Ménard », 24 ans, célibataire, dotée d’un BTS de secrétariat, et de trois années d’expérience professionnelle. Les deux autres concernaient des candidates, au même profil qu’Aurélie, mais portant un patronyme plus exotique, en provenance du Sénégal « Diouf », et se distinguant par deux prénoms différents : l’une, musulmane, se prénommait « Khadija », tandis que la seconde était baptisée du très catholique « Marie ».

Pour corser le tout, deux signes d’appartenance confessionnelle ont été valorisés dans chaque CV. Ainsi, « Khadija » soulignait qu’elle avait travaillé au Secours islamique et pour les Scouts musulmans de France, alors que « Marie » relatait son implication au sein du Secours catholique, ainsi que dans les Scouts et Guides de France, « Aurélie », quant à elle, n’ayant jamais été employée au sein d’une organisation liée à une religion.

La petite flamme idéaliste qui sommeillait en chacun de nous se consume inéluctablement, à la lueur des conclusions accablantes des chercheurs. Selon eux, il est indéniable que les français de confession musulmane ont 2,5 fois moins de chance de décrocher un entretien d’embauche que leurs concitoyens chrétiens, des résultats qui viennent conforter une autre enquête révélant que les musulmans ont un revenu mensuel inférieur de 400 euros en moyenne à celui des chrétiens. La laïcité ne serait-elle donc que pur mirage... ?

Publicité

commentaires