Au nom de la dignité

Face aux propos fort véhéments de Fadela Amara qui, dans l’émission "On n’est pas couché "présentée par M. Laurent Ruquier le 1er mai dernier, a accusé M. Eric Nolleau d’être « indigne de la République » car il défendait, même s’il n’est pas pour le niqab ou la burqa, le droit de chaque femme à s’habiller librement, il me semblait important de dénoncer la tyrannie dont fait preuve cette femme envers d’autres femmes.

, Débat , Foulard , Femmes , Identités , Féminisme et Islam , Discriminations

Face aux propos fort véhéments de Fadela Amara qui, dans l’émission "On n’est pas couché" présentée par M. Laurent Ruquier le 1er mai dernier, a accusé M. Eric Nolleau d’être « indigne de la République » car il défendait, même s’il n’est pas pour le niqab ou la burqa, le droit de chaque femme à s’habiller librement, il me semblait important de dénoncer la tyrannie dont fait preuve cette femme envers d’autres femmes.

Outre ce propos, marque d’une grande intolérance de la part de Mme Amara, dont les positions sans aucune nuance et sans aucun respect des autres ne sont plus à prouver, celle-ci a continué son argumentation en prenant pour postulats les points suivants que je cite avec exactitude :

« Le libre choix n’existe pas dans les quartiers... », « je ne veux pas du tout de la burqa dans mon pays... », « derriêre ce voile, il y a la castration des sexes... ». Toujours relatif au voile « c’est la mort sociale des femmes » et pour Mme Amara, sa démarche tend à préserver « la dignité des femmes ».

Cela fait beaucoup d’un coup, mais bon avec Mme Amara, on est tellement habitué à ses phrases chocs qu’on ne peut que se résigner à avoir en France des personnes bien pensantes, se targuant d’être les garantes des libertés des femmes, quitte à en écraser d’autres au passage, dont le seul tort est peut être de vouloir préserver leur dignité par un signe extérieur de pudeur. Ces mêmes phrases chocs, qui parlent tout autant de burqa mais aussi de voile.

Le problème est donc bien, pour Mme Amara, le refus de toute manifestation d’une appartenance quelconque à l’Islam. Bien évidemment, M. Eric Zemmour n’a pu s’empêcher de surenchérir, trop content pour une fois d’avoir une oreille favorable à ses idées pour le moins indéfendables sur certains sujets, en glissant cette petite phrase « En France, tu fais comme les français ».

Dans mon souci constant de prôner la tolérance d’où qu’elle vienne, et à cet égard, je remercie vivement M. Nolleau qui est réellement, je pense, l’exemple même d’une ouverture d’esprit et d’une tolérance certaines, même s’il doit lui en coûter de faire cohabiter sa propre réflexion avec celle des autres, je ne pouvais bien évidemment rester indifférente à ces propos, dans la mesure où Fadela Amara proclame son appartenance à l’Islam et une pratique du din (j’ai bien rigolé je vous avoue). Puisque Mme Amara se réclame elle-même de cette religion, je vais tenter avec l’aide de Dieu de répondre au mieux à ces soi-disant idées mues par l’unique désir d’un humanisme féminin. Que Dieu m’assiste en cela insha’allah.

Si certains en ont assez d’entendre le mot de stigmatisation, pour ma part je ne peux qu’exprimer ma lassitude face au galvaudage de la dignité, mot noble, dont beaucoup détournent le sens pour prêcher des idées pour le moins en contradiction non seulement avec le mot lui-même, mais également avec la devise de l’Etat français : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.

Cette devise m’est chère. Elle est la garante du respect de la dignité de chacun justement.

Si dans le fond, Mme Amara a raison sur le fait que des milliers de femmes ont été injustement spoliées dans leurs droits fondamentaux et qu’une lutte doit être menée pour les rétablir dans ces droits, je suis consternée face à la dérive à laquelle nous assistons, et face à cette chasse aux sorcières qui n’est pas sans rappeler des faits historiques sombres de l’histoire, non seulement en France mais également dans le reste du monde.

Encore une fois, j’entends très bien ce que l’on dit concernant la situation de la femme au Maghreb ou au Moyen-Orient, mais en Europe aussi, car l’émancipation de la femme est somme toute récente. D’ailleurs dans mon dernier roman Sawsan, je tente d’expliquer pourquoi la femme est arrivée là où elle en est aujourd’hui, rejetant toute valeur parce qu’elle a trop été opprimée et spoliée dans ses droits. Bien évidemment, sur ce point Mme Amara a raison et je ne peux le contester et ne le conteste pas d’ailleurs, à tel point que je l’évoque dans mon travail.

Maintenant, dois-je en tant que musulmane croyante m’interdire de pratiquer au mieux les préceptes de mon seigneur et de mon bien-aimé prophête (sws) parce que des femmes ont été injustement traitées ? Je sais que c’est malheureux, je sais que pour elles ce voile est une prison injuste qu’elles n’ont pas choisie, mais c’est comme si vous me disiez "prive-toi de manger parce que ton voisin n’a pas de quoi se nourrir". Ce serait absurde, n’est-ce pas ?

Bien évidemment, il faudrait que je partage. Dans le cadre du voile, les différentes expériences - ce qu’il représente pour moi, ou ce que représentent le niqab ou la burqa pour d’autres, et ce qu’ils représentent pour les femmes forcées à se vêtir ainsi ou s’habillant différemment pour d’autres raisons - m’ont amenée à réfléchir sur les non voilées. Une réflexion, que je développe amplement dans mon dernier roman Sawsan : le voile est un choix intime tout comme il existe des degrés dans la foi. Non pas qu’une personne qui ne porte pas le voile soit moins croyante ou moins vertueuse qu’une personne voilée. Loin de moi cette idée. Je connais des personnes non voilées très pieuses, ainsi que des non croyantes particulièrement vertueuses, animées par une démarche humaniste, plus encore même que certaines personnes voilées. Là n’est pas mon propos.

Quand je parle de degré, c’est qu’il y a des personnes dont la nature même est naturellement encline au voile par soumission à Dieu, et parce qu’elles ont franchi des étapes que d’autres n’ont pas encore franchi, quand d’autres atteignent certains stades qui ne leur permettent pas encore de franchir cette barrière. Mais le fait de ne pas être arrivé au degré supérieur n’enlève rien au caractère méritant d’un individu, puisqu’il est dans ses limites que Dieu lui-même connait. La burqa, le niqab, le hijab pour celles qui l’ont choisi, au delà d’un tissu, sont une réelle philosophie de vie et de tous les aspects inhérents à cette vie. En effet, au-delà du caractère obligatoire du voile qui n’est pas contestable, la notion de degré dans la foi en Islam est une réelle notion à ne pas négliger. La différence réside dans le fait que par soumission à Allah, ces femmes voilées souhaitent se conformer à un certain nombre de ses exigences. Mais cette soumission ne présage en rien ni d’un bon comportement, ni d’une vie pieuse bien qu’elles y tendent.

A ce titre, la burqa, la niqab, le voile ne doivent en aucun cas être combattus sous prétexte d’idées féministes à affirmer. Au contraire, il faut lui redonner sa dimension religieuse, laissée à la libre appréciation de chaque femme, dans un sens comme dans l’autre, c’est à dire d’Occident à Orient, qui en son âme et conscience choisira de l’intégrer ou non à sa vie. 

Quant aux cités, puisque j’en suis issue, je peux affirmer que Mme Amara n’est aucunement mue par un souci de rigueur et de justice intellectuelle. J’ai vécu de nombreuses années en cité, à Saint-Denis, et les femmes qui y portent le voile, je n’y ai jamais vu de niqab, le portent réellement par choix. Faire de certains cas une généralité pour défendre un point de vue n’est pas rendre service à ce dernier. Car combattre l’injustice par l’injustice n’est aucunement l’idée que je me fais de la France et de ses valeurs promulguées dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Au reste, « la Constitution française intêgre la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen par le biais de son préambule. Sa valeur constitutionnelle dans la Ve République est confirmée par les décisions des 16 juillet 1971 et 27 décembre 1973 du Conseil constitutionnel : elle fait partie du bloc de constitutionnalité ».

DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN DE 1789 

Article IV

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.

Par ailleurs, j’aimerais vivement que nos politiques relisent le document suivant établi à Paris sur le modêle de celui créé au lendemain de la Révolution française :

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 à Paris)

Préambule

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avênement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misêre, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme, (...)

L’Assemblée générale proclame :

La Présente Déclaration Universelle des Droits de l’Homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations (...) .

Article 2

Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Je pense qu’aucun commentaire superflu n’est à apporter à ce document si explicite et que la France a signé. La France anciennement pays des droits de l’Homme n’existe plus gr‰ce à M. Sarkosy et à certains de ses ministres au verbe aussi peu modéré que leurs intentions sont belliqueuses. Ces gens-là cherchent une nouvelle guerre de religion en France. Ils ne l’auront pas car les français sont intelligents et j’ose espérer que la Constitution française est assez forte pour ne pas permettre des dérives qui aviliraient la France à un tel point qu’elle ne pourrait plus être la référence mondiale des Droits de l’Homme.

Si Mme Fadela Amara ne veut pas de burqua dans son pays, moi Sandrine Lefebvre, je ne veux plus d’extrémisme dans mon pays, quel que soit son appartenance religieuse ou politique.

Et ce n’est pas parce que dans ma démarche intellectuelle, je donne la préséance à la Déclaration universelle des droits de l’Homme que je suis indigne de la République. Je me sens au contraire, dans mon souci constant de respecter chacun dans tous les aspects de sa vie comme beaucoup plus à même d’avoir un avis juste et objectif sur une situation que Mme Amara qui n’a cesse d’attiser la haine, cette même haine qui dégouline de partout quand elle parle notamment des arabes, elle qui aime tant à rappeler qu’elle est berbêre.

Qu’est-ce que cela peut nous faire dans un débat qui ne concerne que la France ? Si elle a un compte à régler avec les arabes et l’Islam, elle qui se dit pourtant musulmane, je l’incite vivement à prendre son Coran et à le lire pour se laisser imprégnée de la douce tolérance qui y est prônée, n’en déplaise à certains qui aiment tant faire de versets circonstanciés des versets sataniques et guerriers. 

Quant au niqab, moi qui, il y a encore quelques semaines, n’étais pas pour ce mode vestimentaire car je le considérais comme réservé aux femmes du prophête (sws), je clame dorénavant et à la relecture de la déclaration universelle des droits de l’homme comme un habillement acceptable si une femme souhaite s’en vêtir.

Et qu’on ne me parle pas de dignité !

Selon le Littré, le mot dignité englobe plusieurs sens :

1 : Fonction éminente dans l’Eglise ou l’Etat.

2 : En quelques églises, certains bénéfices auxquels est annexée quelque juridiction ecclésiastique, quelque prééminence ou quelque fonction particuliêre dans le chapitre, comme celles de prévôt, doyen, trésorier...

3 : Se dit des choses où l’on sent éminence et noblesse.

4 : Respect qu’on se doit à soi-même.

5 : Gravité dans les manières.

6 : Affection d’importance, de grandeur.

7 : Terme d’astrologie. Situation d’une planête dans le signe où elle a le plus d’influence.

Au vu de ses définitions, on ne peut que constater la tyrannie constante qu’exercent certains groupes de pression pour faire accepter aux français l’inacceptable.

Par ailleurs, et au vu de ces définitions, est-il digne même si les participants à Loft Story sont pleinement consentants, est-il digne pour un humain d’être enfermé tel un rat de laboratoire observé par des centaines de caméras dans une maison close ?

Est-il digne d’avoir sur nos écrans des émissions telles que l’Ile de la tentation où on encourage la fornication et l’adultère ?

Est-il digne au nom de la liberté de laisser des alcooliques se couper de leurs enfants pour rester avec des conjoints eux-mêmes alcooliques, des conjoints qui battent ces femmes qui sont dans une telle spirale d’aliénation mentale qu’elle refuse au nom de leur liberté toute aide extérieure ?

Est-il digne pour vendre une voiture de voir une femme dénudée, exposée tel un objet de foire parce que des intérêts mercantiles en ont décidé ainsi ?

En quoi le voile et le désir de pudeur qu’il implique est-il indigne comparé à cela ?

Si au nom de valeurs qui vont à l’encontre des droits inaliénables d’un individu, le port du niqab se voit interdit demain, aprês-demain ce sera au tour du voile, puis ce sera au tour des kippas, puis celui des tenues des bonnes sÏurs pourquoi pas ! Et à cela, je ne peux me résigner. La religion fait partie des droits inaliénables d’un individu au même titre que son droit de ne pas croire.

Enfin, concernant la castration des sexes par le voile, j’aimerais terminer en disant qu’il existe des personnes dont l’intolérance castre le cerveau. Et je souhaite beaucoup de courage à ce gouvernement pour contourner les principes même de la Constitution française car il n’y parviendra pas à moins d’adopter une nouvelle Constitution qui sera en opposition avec les principes signées par la France en 1948 et réaffirmant ses principes de sa propre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

« Il n’existe pas d’autre voie vers la solidarité humaine que la recherche et le respect de la dignité individuelle. »  Pierre Lecomte du Noüy]

Extrait de L’Homme et sa destinée

« La liberté et la dignité humaine doivent être effectives, et il ne sert à rien de dire que chacun doit vivre libre s’il n’a pas les moyens de vivre. » [Henri Leclerc]
Extrait de la revue Le Monde de l’éducation - Juillet - Août 2001

« Il est des gens trop haut placés par la dignité de leur vie, par la noblesse de leur caractêre, par la nature même des fonctions qu’ils exercent, pour que la moindre éclaboussure atteigne seulement jusqu’à leurs semelles. » [Georges Courteline]


Extrait de "Un client sérieux"

Allah ou Alem

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Sandrine LEFEBVRE est un écrivain français. Elle a publié trois romans (L’enfant maudit - 2001, L’appel du désert - 2009, Sawsan - 2010), un recueil de poésie (La danse des mots - 2009) et deux nouvelles regroupées dans la même publication intitulée Nouvelles (Transparence et Lettre à mon père) – prévue en 2010. Regard sur ses ouvrages Ses trois romans, sa nouvelle Lettre à mon père ainsi que nombre de ses poésies ont pour thème principal : la religion et plus particulièrement l’Islam. Tous ses romans ont également pour point commun la tolérance et appellent à une réelle prise de conscience que sans le savoir l'homme n'est rien. Voilà pourquoi, Sandrine LEFEBVRE défend dans son travail l’urgence pour les religions du livre de s’unir autour des valeurs morales qu’elles défendent toutes, pour combattre ensemble, les dérives de la société contemporaine incapable d’enrayer les problèmes sociaux et économiques qu’elle rencontre. En effet, la vie est actuellement consommée de manière anarchique, calquée sur des modèles soi-disant modernes défendus par des associations exerçant un lobbying insensé par changer le cours naturel de la création divine. La surconsommation est devenue un moyen permettant de distraire sans cesse les populations pour les détourner de son essence même : son humanité et son besoin de valeurs. Sandrine LEFEBVRE en appelle donc aux gens du livre : juifs, chrétiens et musulmans pour inverser la tendance et léguer aux générations futures un monde juste préoccupé par la sauvegarde d’un des plus grands dons que Dieu ait fait à l’homme : la terre.

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