Attention à la falaise !

Leila Sebbar nous avertit dans Libération du 24 février 2005 que l’on peut dénoncer les discriminations r

vendredi 25 février 2005

La leçon d’aujourd’hui porte sur les réactions à l’appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial. Deux jours après la publication d’extraits de l’appel dans la presse écrite et parlée, la plupart des réactions appartiennent au genre répertorié (par moi) "ATTENTION A LA FALAISE !"

Elles ne mentionnent le bien-fondé de l’appel que comme précaution oratoire et prélude à des développements sur ses limites et ses dangers.

Leila Sebbar nous avertit dans Libération du 24 février 2005 que l’on peut dénoncer les discriminations racistes, mais sans mettre en cause l’Etat et la Fonction publique, qui n’y sont pour rien. C’est vrai d’ailleurs qu’il y a un grand nombre d’Antillaises et d’Africains parmi les aides-soignantes et autres "filles et garçons de salles" employés dans nos hôpitaux (elle ne dit pas qu’il y en a moins, beaucoup moins, parmi les chercheurs du CNRS... Mais chaque race a ses talents, non ?)

Par ailleurs, on peut dénoncer la discrimination MAIS à condition que ce soit "sans entraîner les enfants et petits-enfants de ces « Indigènes » des colonies dans une lutte dévoyée par les tenants d’un islam radical et politique. Car il faut se méfier d’un discours insidieux, difficile à décoder, qui conduirait à la revendication, en France même, d’un « statut personnel » conforme à la loi coranique, discriminant à l’égard des jeunes filles et des femmes musulmanes"(Leïla Sebbar). Or selon elle, c’est la voie que nous prenons, en suivant aveuglément les islamistes radicaux —elle estime ce point démontré et acquis—qui eux-mêmes poursuivraient cet objectif. Si c’est vrai, c’est une démarche un peu suicidaire de la part de ces islamistes radicaux car elle n’a pas grande chance de succès ; mais, toujours si c’est vrai, c’est leur problème. Avec Leïla, il devient le nôtre—merci Leïla—puisque nous les suivons. Donc, la messe est dite. Sans même nous en apercevoir, puisque nous ne regardons pas où nous allons, et que nous suivons n’importe qui, nous sommes sur le chemin qui mène à la revendication d’un statut personnel, etc. Pour Robert Hue, le statut personnel n’est pas vraiment le souci ; peut-être que la polygamie que nous voulons rendre obligatoire en France ne le gênerait pas outre mesure ? (Je mets un point d’interrogation pour souligner qu’il s’agit d’une question, non d’une allégation diffamatoire). En revanche, il pense que nous divisons la classe ouvrière. Merci Robert pour cette analyse (cum condamnation) fine, originale, inédite, inouïe pour tout dire, de tout combat mené hors du cadre pyramidal et de la direction du parti révolutionnaire. Et pour les mauvais esprits qui contesteraient l’originalité de l’analyse, on peut considérer ses propos comme précieux néanmoins pour une raison diamétralement opposée : en tant que butte -témoin d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. A moins que... Les dinosaures sont peut-être plus nombreux qu’il ne paraît au premier abord (et même au deuxième rabord) : on constate que l’idée de l’autonomie des luttes, qu’on croyait allant désormais de soi, est inconnue d’un certain nombre de gens.

Finalement, quand on écoute les uns et les autres, il ne s’ouvre que des abîmes devant les pas de quiconque dénonce la discrimination raciale et la gestion coloniale : l’aggravation de l’oppression des femmes, la division de la classe ouvrière—unie jusqu’ici—,l’ antisémitisme, la gingivopathie (je le rajoute parce qu’ils n’y ont pas pensé), et ce n’est que le début d’une liste qui va, n’en doutons pas, se rallonger de jour en jour. Cette dénonciation présente tant de dangers qu’il faudrait peut-être renoncer à la faire. Oui, la discrimination, ce n’est pas bien, nous concèdent nos amis, mais la combattre risque d’entraîner des maux encore plus grands. Car on ne peut en escompter aucun résultat positif ; en tous les cas ils n’en mentionnent aucun ; ils prévoient en revanche beaucoup de conséquences négatives. Alors, pourquoi persister ? Voulez-vous, nous disent-ils en substance, faire tomber ce pays de Charybde en Scylla ?

Ce qu’il faut retenir aujourd’hui, c’est le contenu de la réaction classée dans la rubrique "ATTENTION A LA FALAISE" ( un syllogisme en trois points comme tous les syllogismes) :

1. On a raison, mais on a tort (puisque)

2. Tout remède étant pire que le mal (il est urgent de)

3. Ne RIEN faire.

Et nous qui allions sauter le pas !

Publicité

commentaires