Alain Juppé, l’homme providentiel du Quai d’Orsay, échange avec les Frères musulmans en Egypte

Il appartient indéniablement à la minorité de ceux qui ont l’étoffe de l’homme d’Etat, pilier de la

lundi 7 mars 2011

Alain Juppé, l’homme providentiel du Quai d’Orsay, échange avec les Frères musulmans en Egypte

Il appartient indéniablement à la minorité de ceux qui ont l’étoffe de l’homme d’Etat, pilier de la politique française, considéré comme « le meilleur d’entre nous » selon son père spirituel Jacques Chirac, admiratif et reconnaissant, Alain Juppé fera-t-il coup double en devenant non seulement l’homme providentiel du gouvernement, mais également son nouvel homme fort à l’approche de 2012 ? Un prodige en soi au cœur d’une présidence omnipotente, guère partageuse...

Chevalier blanc de la diplomatie française en plein tangage, l’ancien ministre des Affaires étrangères (1993-1995) a donc volé à la rescousse du paquebot prestigieux du Quai d’Orsay, dont les errements houleux dans le monde arabe ont mis le pavillon tricolore en berne, et signe là son grand retour au coeur névralgique d’un ministère qu’il affectionne particulièrement.

A 65 ans, le maire de Bordeaux, reclus dans sa province après avoir été contraint à l’exil au Canada pour sauver le président Chirac de l’opprobre des emplois fictifs de la mairie de Paris, aura-t-il toutefois les coudées franches pour transformer ce coup de pouce du destin en un coup de maître, et impulser la politique étrangère qui lui ressemble ?

Son déplacement au Caire en vue d’apporter le soutien de la France à la transition politique égyptienne, et affirmer que Paris n’avait pas manqué de réactivité face aux bouleversements dans le monde arabe, semble être révélateur d’une nouvelle approche, en prise directe avec le terrain et propice au dialogue, allant au devant de ceux que la France ne cesse de diaboliser, sans aucune distanciation : les Frères musulmans.

Dans le cadre d’une rencontre avec de jeunes acteurs du soulèvement populaire sur la désormais mondialement célèbre place Tahir, Alain Juppé s’est déclaré satisfait de ses échanges avec des jeunes issus du mouvement islamiste : "Le dialogue que j’ai eu avec l’ensemble de cette délégation, et en particulier avec les membres des Frères musulmans, a été intéressant, et m’a permis de bien mesurer que la présentation qui est faite parfois de ce mouvement mérite d’être éclairée et approfondie", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de sa visite, ajoutant : "Plusieurs d’entre eux m’ont fait part de leur vision d’un islam libéral et respectueux de la démocratie".

Périlleux exercice d’équilibriste que celui de préserver une liberté de parole à laquelle Alain Juppé est très attaché, tout en se conformant à la réserve diplomatique et à la solidarité gouvernementale de rigueur. Si l’on en croit sa réticence qui n’a pas mâché ses mots au sujet du débat sur l’islam, il semble bien qu’il ait déjà choisi sa tonalité au sein d’une équipe présidentielle, toujours prompte à obéir le doigt sur la couture du pantalon...

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