Affaire Polanski : l’indignation corporatiste des « puissants »

N’écoutant que leur indignation VIP, à géométrie scandaleusement variable, les puissants de notre douce

dimanche 4 octobre 2009

N’écoutant que leur indignation VIP, à géométrie scandaleusement variable, les puissants de notre douce France ont fait l’union sacrée pour soutenir de manière inconditionnelle le cinéaste Roman Polanski, rattrapé par une sordide affaire de viol.

Agé aujourd’hui de 76 ans, le réalisateur franco-polonais avait déguerpi des Etat-Unis en 1978, à l’annonce de sa condamnation pour « relations sexuelles illégales » avec une mineure de 13 ans.

Apprenant son arrestation en Suisse, nos princes infatués du parisianisme, ne craignant pas de choquer dans les chaumières, ont livré un spectacle indécent marqué du sceau du corporatisme, foulant au pied la justice des hommes et ses lois, qui valent aussi bien pour les bourgeois que pour les plus humbles.

Sous le masque de la fallacieuse respectabilité, se relayant dans un ballet médiatique consternant, les gesticulations de nos grands hommes ont révélé leur profond mépris de la notion de bien et de mal, faisant bloc pour préserver leur pré carré entaché d’immoralité et de vénalité.

Le très prévisible BHL, trouvant là une nouvelle croisade pour défendre l’indéfendable, s’est lancé dans une tirade ampoulée, disant entendre « cette émotion mondiale, à l’idée de mettre en prison l’enchanteur Polanski ».

En fait « d’émotion mondiale », c’est plutôt une clameur de réprobation des autorités américaines et de la rue française qui est montée, s’insurgeant contre la justice à deux vitesses de nos élites. BHL aurait-il entendu des voix dans le tréfonds de sa philosophie de l’abîme ?

Dans un processus d’identification qui révulse, notre nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a joué sur la corde de l’émotion, apparaissant au bord des larmes pour se lamenter sur « une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », et « une certaine Amérique qui fait peur, qui vient de nous présenter son visage ».

Mais quel est le vrai visage de celui qui s’autoproclame protecteur des Arts et des Lettres et qui, en 2005, dans un ouvrage « la Mauvaise Vie » encensé par la même caste de privilégiés, confessait ses secrets d’alcôves sous les cieux exotiques de la Thaïlande en compagnie de « boys », en ces termes : « L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système » ?

Parmi ce casting de choc, notre dandy de la diplomatie, habituellement si prompt à s’aplatir devant l’Axe Atlantique dès lors qu’il s’agit d’ingérence guerrière en Irak, en Afghanistan…, est monté à son tour au front.

Exigeant la libération de Polanski dans une missive rédigée avec son homologue polonais et destinée à la secrétaire d’État Hillary Clinton, Bernard Kouchner, qui ne pouvait pas se contenter de jouer les figurants, s’est distingué par un commentaire pathétique dont il a le secret : « Un homme d’un tel talent reconnu dans le monde entier, reconnu surtout dans le pays qui l’arrête, tout ça n’est pas sympathique ».

Vilipendée par la presse américaine, libérale et conservatrice, qui appelle à l’extradition de Roman Polanski, la levée de boucliers de notre élite française face à un crime des plus répréhensibles suscite un tollé Outre-Atlantique.

Dans cette dédaigneuse agitation médiatico-mondaine, où les politiques frayent dangereusement avec les pipoles, le vernis des « puissants » s’est craquelé sous nos yeux de la pire des manières : dans la honte.

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