A qui s’impose la laïcité ?

Le décret du 8 avril 1802 rendait obligatoire le repos dominical afin que les fonctionnaires puissent se re

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lundi 5 janvier 2004

Le décret du 8 avril 1802 rendait obligatoire le repos dominical afin que les fonctionnaires puissent se rendre à la messe. La loi de 1905 consacre officiellement la séparation de l’Eglise et de l’Etat devant la toute puissance de l’église catholique. Cette loi dite laïque s’est transformée depuis en loi séculière. Rappelons que la laïcité est une forme de neutralité reconnaissant l’expression de toutes les religions sans en privilégier aucune . Quant à la sécularisation, elle est la vision d’une société libérée de toutes influences religieuses. Progressivement et par glissement sémantique, la laïcité deviendra l’application de cette idéologie à tous les actes de la vie sociale qui mettent en conflit l’humain et le divin.

La question du foulard tranchée par la décision du conseil d’état en 1989, a été relancée par certains enseignants. Ces « grands » défenseurs de la laïcité, qui paradoxalement devront enseigner le fait religieux, imposent aux élèves l’adhésion aux valeurs laïques en occultant leur appartenance religieuse. A qui s’impose la laïcité ? aux enseignants, aux élèves, aux personnels, aux parents, à l’espace publique ?

Pour avoir choisies de porter le voile, des centaines d’adolescentes ont été exclues de l’école publique. Bientôt, les musulmans travaillant dans les établissements scolaires et portant la barbe (pouvant être interprétée comme un signe ostentatoire) devra être rasée, sinon à leur tour, ils seront congédiés. On exigera aussi des élèves à travers leurs tenues vestimentaires qu’ils retirent leur tee shirt du Che ou leur keffieh pour appartenance à des groupes politiques…remettant ainsi en cause la liberté individuelle. Rappelons au passage, que la circulaire de Bayrou permet au chef d’établissement dans son règlement intérieur de les exclure du cours et de les envoyer passer leur journée au CDI (le Centre de Documentation et dInformation).

Les élèves et les professeurs qui portaient la croix ou la kippa en cours n’ont jamais été stigmatisés par les enfants, parents, enseignants lorsque nous fréquentions, il y a quelques décennies, les mêmes écoles.

La démocratie et la liberté religieuse permettent aux parents de confession juive, catholique ou musulmane de mettre leurs enfants dans des écoles privées financées par l’Etat en contradiction avec ses missions de promotion d’un Etat laïque. Oubliant au passage, les parents de confession musulmane, 2ème religion de France, qui n’ont aucune école musulmane pour leurs enfants. Ces établissements privés ne remettent-ils pas en question les missions de l’Etat et de l’école républicaine, qui est d’assurer à tous les enfants l’égalité de chance et de traitement ? Une école de plus en plus désertée par les couches moyennes et qui se retrouve à accueillir les élèves les plus en difficultés.

Notre calendrier (grégorien réformant celui de julien) est le symbole de ces traditions chrétiennes, un moment remplacé par le calendrier révolutionnaire désiré par les républicains organisateurs de leurs propres cultes. Pourtant certaines fêtes religieuses sont célébrées pour des raisons sociales, culturelles et économiques (tout en se donnant une bonne conscience laïque). Il faut faire plaisir aux enfants car c’est leur fête : Noël, Pâques, les rois mages, voire même Halloween mais sans les américains, fêtées dans toutes les écoles de France sans distinction de religion.

Les intégristes laïques, se sont-ils opposés avec autant de virulence aux pressions exercées par le clergé catholique qui imposait un jour dans la semaine (le jeudi remplacé par le mercredi) pour assurer les cours de catéchisme lors du débat sur l’aménagement des rythmes scolaires (respect des rythmes chrono biologiques et chrono psychologiques à l’école) ? Le bizutage, imposant chaque année aux étudiants de certaines grandes écoles, la cruauté d’une tradition ancestrale aux conséquences psychologiques graves.

Que dire aussi des statuts cléricaux d’exception dont jouissent l’Alsace et la Lorraine puisque les prêtres, les évêques, les rabbins y possèdent le statut de fonctionnaire et sont rémunérés par l’Etat.

Nous y gagnerions, si l’école était tournée vers l’ouverture et le respect des différentes cultures et non vers l’exclusion. Le pseudo débat autour de la laïcité n’a fait qu’entretenir les clichés sur cette communauté religieuse, contribuant ainsi à légitimer tout simplement les partisans de l’amalgame arabes-musulmans-islamistes-terroristes.

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Président des motivé-e-s du 9.3

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