A propos de l’aspect scientifique du Coran

Parmi les tenants de la thèse « du miracle scientifique du Coran », quelques auteurs ont tout simplement

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dimanche 18 novembre 2007

A propos de l’aspect scientifique du Coran

Les dernières décennies ont été marquées par un intérêt majeur pour les signes scientifiques du Coran, dont les premiers travaux ont été élaborés à partir de réflexions intellectuelles visant à faire correspondre les théories scientifiques ou phénomènes naturels avec certains versets du Coran qui abondaient dans ce sens.

Les adeptes de cette mouvance se sont employés à démontrer la grandeur de Dieu Tout Puissant à travers Sa création du monde, mais également par une tentative d’explication à la fois du sens de cette création et de sa complexité, dont le Coran en donne une description minutieuse .

Les écrits d’ Ahmed Zaki « Au firmament avec Allah », ainsi que ceux d’ Ahmed Hanafi « l’interprétation scientifique des signes universels », auxquels s’ajoutent les brochures de Mustapha Mahmoud et ses interviews radiophoniques et télévisuelles s’inscrivaient dans cette perspective, rencontrant à leur époque un très large écho.

Cette entreprise qui demeure louable en soi, a permis à une majorité de gens « ordinaires » de prendre connaissance de l’expression scientifique et intellectuelle du Coran. Ce qui a eu pour effet de consolider leur croyance, et de conférer au Coran une place unique dans leur cœur, alors que d’autres se sont mis à croire en Dieu créateur de ce monde.

Cependant ces écrits ont dérivé vers une conception du Coran, défini tel un livre recélant toutes les sciences dans leurs moindres détails

Parmi les tenants de la thèse « du miracle scientifique du Coran », quelques auteurs ont tout simplement présenté les signes du Coran dotés d’un aspect scientifique, comme des théories scientifiques cohérentes en conformité avec les découvertes de notre époque.

Cette thèse particulièrement dangereuse, émane d’individus qui ne sont en rien spécialistes, et dont les informations scientifiques ont été puisées dans des ouvrages de vulgarisation destinés au grand public, ou encore dans des articles journalistiques dépourvus de toute rigueur, voire même erronés.

On y décèle par exemple un ouvrage évoquant le "miracle" en question dans le domaine de l’astronomie, accompagnée d’une description qui se veut précise, de la création des astres et du développement des systèmes planétaires, alors que l’auteur n’est qu’un psychanalyste amateur d’ astronomie, qui a certainement recueilli ses informations en relation avec cette discipline au cours des longues périodes d’inactivité passées dans son cabinet.

On peut également se procurer d’autres ouvrages relatifs à la géologie, à la formation des océans et à l’hydrodynamique rédigés par un spécialiste de la médecine interne. On constate que la question de l’ I’jaz (miracle du Coran) est désormais traitée par des individus sans aucune qualification. Pis encore, certains pseudo-spécialistes rédigent des niaiseries au mépris de la rigueur qu’impose toutes les sciences exactes.

Certes, les diverses connaissances contenues dans le Coran demeurent fascinantes, et aucune œuvre humaine ne saurait atteindre le même niveau, du fait de sa source divine et absolue. Mais le Coran n’est nullement un livre scientifique et ne renferme aucune théorie scientifique. Il n’est pas non plus un dictionnaire, ni un lexique établi pour une quelconque discipline scientifique.

Le prophète qui a été un intermédiaire dans la transmission du Coran, n’est pas non plus un savant spécialisé, ni un scientifique ni un philosophe, ou un médiateur social. Précisions, qu’il ne savait ni écrire, ni lire, avant d’accomplir sa fonction d’Envoyé de Dieu.

Dans plusieurs passages, le Coran invite les musulmans à l’usage de la raison et au développement de la réflexion. Le Coran attire particulièrement leur attention sur la précision de la création du monde, de sa beauté qui demeure à la disposition de l’Homme.

Le Coran enjoint également l’Homme à contempler, et à réfléchir au sens de la création, ainsi qu’ aux raisons qui la sous-tendent. Le Coran insiste sur le fait que ce livre regorge de signes (ayat) à l’adresse des Hommes qui raisonnent, mais aussi des signes à destination des Hommes qui réfléchissent, et qui observent.

En outre, le Coran interpelle l’Homme sur les créatures vivantes et non-vivantes, en évoquant les montagnes, les cours d’eau, les arbres, les roches, les plantes, les astres, la nuit et le jour , tout en soulignant certaines de leurs qualités et spécificités.

Le Coran a été révélé par Dieu le Tout Puissant dans une langue explicite, compréhensible et acceptable par tous et à toutes les époques en dépit des différences de niveau intellectuelle, de culture et de connaissance des individus. Le but de la révélation étant de consolider la croyance et de fortifier une Loi divine équitable reposant sur des bases solides. Dieu se montre miséricordieux envers les mondes, enclins à suivre la voie de l’ignorance, les entraînant ainsi vers leur perte.

Le Coran constitue de ce fait un livre de guidance fournit par Dieu le Tout Puissant, que l’homme doit utiliser comme une sorte de balise pour retrouver la voie du Salut afin de se préparer à réaliser l’ objectif suprême de la vie : connaître Dieu le Tout Puissant.

C’est pourquoi nous affirmons avec sérénité, qu’il ne peut y avoir d’ hostilité entre l’Islam et la Science. Tout au long de l’histoire de l’islam, aucun conflit n’a opposé les religieux aux scientifiques. Les prétendues contradictions évoquées entre ces deux disciplines sont imputables à l’ignorance et à une mauvaise interprétation.

La raison scientifique délimite les champs d’intérêt de la science et de la religion. Cette dernière porte essentiellement sur des postulats métaphysiques indiscutables et définitifs, alors que la science s’édifie sur des postulats rationnels soumis à l’expérience et à la validation, donc au changement et au renouveau.

Il est alors inadmissible de soumettre l’un d’entre eux au jugement de l’autre. La science constitue la base la plus large de l’activité de l’esprit humain, alors que la religion constitue l’espace le plus étendu de la contemplation spirituelle qui se déploie à travers l’appréhension des mondes que l’espace physique ne saurait contenir.

Comment expliquer la méditation que certains considèrent comme une hallucination intellectuelle, à l’image du physicien Steven Hawking refusant d’approuver l’existence d’autres mondes non-physiques qui ne soient pas le résultant de ses équations mathématiques.

D’autres, à l’instar de Steven Weinberg rejette l’existence de tels mondes, dans la mesure où il est impossible de les examiner ou de les expérimenter. Ces intellectuels insistent implicitement sur l’idée de soumettre l’au-delà à la science, plus précisément la métaphysique à la physique. Ce qui est strictement impossible !

La science a deux niveaux :

 Le premier est déductif et purement rationnel : ce que l’homme acquiert par l’observation, l’expérimentation et la réflexion rationnelles. L’objectif étant d’atteindre les causes et les raisons. Il s’agit là d’une science qui se bâtit sur la démonstration, la déduction et la vérification. Une science certes sujette au changement et à la modification, mais qui demeure le moyen qu’utilise l’homme pour découvrir les créatures du monde et leurs causes, ainsi que la connaissance de leurs spécificités.

Une science reposant sur une méthodologie appropriée, ne peut que mener vers la connaissance de Dieu. Cette science se décline comme une réflexion et une analyse des créatures de Dieu qui sont les signes (àyàt) d’Allah, attestant de son existence, de son unicité et de toutes ses qualités évoquées dans ses noms divins.

• Le second niveau est la science inspirée, acquise par la révélation. Elle est une science incontestable, que l’erreur ne saurait entacher. Elle n’est pas modifiable et ne dépend en aucun cas des principes scientifiques : causalité, succession des causes, raisonnement, démonstration.

• Il s’agit plutôt d’une donnée révélée, qui surgit sans aucune élaboration, ni réflexion préalable. Une donnée qui exclut l’intervention d’une volonté humaine, car appartenant au Savoir d’Allah : ce que contient le Coran en est un exemple.

Certes, le Coran recèle d’ indices d’ordre scientifique qui méritent d’ailleurs, méditation, vérification et réflexion. Ce contenu diffère énormément de celui des Evangiles tant au niveau de la forme que celui du fond, malgré les analogies qu’inspirent les textes saints au départ.

Cependant, ce contenu particulièrement complexe, se décline sous plusieurs aspects. Cette question des isotopies et des sens est l’une des problématiques que certains précurseurs intéressés par les études coraniques ont traité à travers plusieurs ouvrages. Il s’agit de ce que le Coran a nommé l’allégorique (al mutachàbih). Il est dit dans la sourate 3 du Coran (la famille de Imran), verset 7 : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre. On y trouve des versets explicites : c’est la Mère du Livre, et d’autres qui sont allégoriques.

Ceux qui ont dans leur cœur une distorsion s’attachent à ce qui est allégorique, car ils recherchent la discorde et sont avides d’interprétation ; mais nul autre que Dieu ne connaît l’interprétation du Livre. Ceux qui sont enracinés dans la science disent : " Nous avons foi en Lui, tout vient de notre Seigneur ! ". Mais seuls réfléchissent ceux qui sont doués d’intelligence. »

Le qualificatif allégorique fait allusion à ce qui est imprécis ou qui prête à équivoque. Il nous est facile de comprendre la raison exacte qui justifierait l’existence d’ équivoque lorsqu’on se remémore que le Coran est la parole de Dieu révélée.

La science d’Allah étant absolue, c’est pourquoi le contenu cognitif du Coran doit être authentique et précis. Mais comment mesurer l’authenticité et la précision de ce contenu ? Ce critère doit-il être celui de l’Absolu ? Il y aurait lieu de se demander comment concevoir le critère de l’absolu, alors que nous disposons seulement d’une connaissance acquise qui évolue chaque jour ?

Je pense, pour ma part, que nous ne saurons pas et que nous ne saurons jamais trancher la question du caractère absolu de la connaissance. Nous pouvons seulement saisir des données déterminées à une époque particulière. Le contenu intellectuel des mots et des expressions du Coran est lié lui aussi à nos appréhensions. Les significations que nous pouvons dégager des vocables du Coran sont nécessairement des significations mouvantes, évoluant avec nos connaissances et nos représentations du monde.

C’est ici que se trouve le point de rencontre entre ce qui est science absolue constituée notamment de lettres et d’expressions linguistiques inamovibles dans la forme, et les significations que confèrent ces lettres et ces expressions. Significations dont le sens ne cesse d’évoluer.

Ce point de rencontre permet à notre connaissance progressive d’atteindre la maîtrise de cette science de l’absolu. Cependant cette maîtrise sans être à son tour absolue s’élargit à chaque fois que les cercles de notre connaissance s’élargissent, contribuant ainsi à l’enrichissement des significations des mots.

Seulement, cette évolution des significations n’est-elle pas en dernier lieu celle qui se manifeste dans les connaissances des Hommes ? La réponse ne peut être qu’affirmative, car le savoir absolu ne peut être atteint, il revient à Allah lui-même, l’Omniscient et le Savant.

Notre savoir nous permet de dévoiler les contenus du Texte selon les règles de la langue. La signification que peuvent revêtir certains termes est liée au contexte.

L’approche du Livre Saint et de la Sunna par les sciences dans leur grande diversité est recommandée afin d’en comprendre le sens, d’arrêter les jugements, et d’aiguiser notre raisonnement.

C’est dans ce même contexte que s’insère la contemplation des signes de l’univers et des astres. Afin qu’elle repose sur des bases solides, il nous faut d’abord suivre les méthodes de l’interprétation scientifique, pour fixer ensuite les conditions à respecter par ceux qui ambitionnent de s’adonner à l’exégèse. Un préalable indispensable pour les protéger des erreurs fatales dont les conséquences risquent d’être néfastes.

Notre présentation du contenu du Coran ne doit en aucun cas apparaître comme une vision aprioristique inamovible ne tolérant aucune différence. Il est crucial au contraire de faire montre de précision, à travers une étude plurielle du Texte qu’autorisent la langue et le contexte. Notre position intellectuelle se trouvera alors en conformité avec les sciences, loin du bricolage actuel dont l’objectif est de glorifier un patrimoine culturel en décalage avec la réalité.

Il est impératif de nous adapter aux méthodes de la connaissance scientifique pour une compréhension rationnelle du monde dans lequel nous vivons. Notre épanouissement spirituel n’en sera que meilleur.

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Auteur : Basile Altaie

Professeur au département de Physique de l’Université Yarmouk (Jordanie).

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