Fille du très célèbre compagnon du Prophète -SB- Abou Bakr, A’icha est le personnage féminin le plus étonnant des grandes figures de l’Islam. Sa jeunesse, son entrain et son amour pour le Prophète -SB- amènent les musulmans à la considérer comme un modèle de vertu au service de la communauté.
A’icha bint Abi Bakr naît à La Mecque vers 614. Elle est encore une enfant quand a lieu l’Hégire (622), l’émigration des musulmans vers Médine. Elle l’est aussi quand le Prophète -SB - demande sa main par le biais de Khawla bint Hakim.
La consommation de ce mariage, alors que A’icha n’a pas encore 14 ans, suscite à notre époque de vives polémiques trouvant leur justification dans le fait que toutes les autres femmes du Prophète -SB- sont âgées ou veuves, en tout cas, adultes. Ce qui démontre d’une certaine façon que ce choix porté sur A’icha ne dépend pas tellement d’un contexte particulier où l’on mariait les enfants. Ce qui démontre aussi et surtout que ce choix est bien plus affectif que conventionnel.
En effet, nombreux sont les hadiths qui mentionnent la préférence de Muhammad -SB- pour cette jeune vierge à l’esprit vif, capable dès son plus jeune âge de lire et comprendre la portée des versets coraniques attrayant à l’histoire des prophètes.
A vrai dire, A’icha, en tant qu’épouse, ne nous est guère connue autrement qu’à travers la Sunna pour laquelle elle est transmettrice de quelques 1200 hadiths (certains disent 2000) dont 300 retenus par Al-Bokhari et Muslim.
Dans ce cadre, l’image qui lui est donnée est celle d’une jeune femme avide de connaissances, toujours en quête de la Vérité divine et de l’application idéale des préceptes divins. Elle y apparaît aussi comme détentrice d’un pouvoir, une force sur le Prophète même. Elle seule a droit à deux nuits consécutives pour partager sa couche avec le Prophète -SB ; c’est en sa présence et non celle de ses autres femmes que ce dernier reçoit nombre de révélations (dont certaines sont directement liées à un épisode de la vie de A’icha) ; c’est à ses côtés qu’il demande à mourir et c’est sur ses genoux qu’il rend son dernier souffle.
Elle a alors à peine 18 ans et 20 quand son père Abou Bakr rend l’âme à son tour (634 / 12 H). Elle est alors au summum de ses capacités intellectuelles, décidée à ne pas laisser au passé la formidable entreprise communautaire et éducationnelle de son mari et ses compagnons. Les différends divisant certains d’entre eux quelques vingt années après la mort du Prophète l’amènent à tenir un tout autre rôle que celui de « mère des croyants ».
C’est de son plein gré qu’elle s’engage dans la lutte pour demander vengeance quant à l’assassinat du calife Othman (656 / 34 H). Profondément bouleversée de voir la communauté se diviser, elle ne sait pourtant faire autrement que se joindre à Talha et Zubayr pour réclamer justice alors que les assassins présumés ont rejoint le camp du nouveau calife Ali.
S’engage alors la « bataille du chameau » aux frontières de Basra. La lutte acharnée entre les deux clans autour de la litière de A’icha est à l’origine du nom de cette bataille. Ali en sort vainqueur, fait exécuter Talha et Zubayr (l’on dit aussi qu’ils ont été tués lors de la bataille) et restitue à A’icha, après réconciliation, tout le respect de son rang.
De retour à Médine, A’icha se consacre à l’application de sa religion. En plus du pèlerinage annuel à La Mecque, de ses adoptions et aides apportées aux orphelins, elle enseigne aux filles et aux garçons des nouvelles générations les préceptes qu’elle tient directement du Prophète -SB. Son rôle politique devient moindre même si on lui reconnaît une certaine autorité sur le calife Mu’awiyya.
Elle s’éteint vers 678 / 58 H, à l’âge approximatif de 64 ans. Elle héritera de l’appellation « A’icha La Véridique » en souvenir de son père Abou Bakr mais aussi de son attachement au respect des valeurs religieuses des premiers temps de l’Islam.
Complément :
On dénote une certaine intégrité dans le comportement de A’icha avant et après la mort du Prophète -SB. Que ce soit à travers les hadiths ou à travers les récits historiques de la période post-muhammadienne, elle est toujours ce personnage vif, soucieux de parfaire l’éducation et la mentalité générale de la nouvelle communauté. Ayant côtoyé le Prophète -SB- au plus près, ayant reçu de lui son enseignement et l’ayant aimé plus que quiconque, il est normal qu’elle ait eu un rôle à jouer par la suite dans les conflits qui ont divisé la communauté.
Mais son absence de recul quant au parti qu’elle aurait dû choisir entre les partisans de ’Ali et les « vengeurs » de Othman est ici somme toute étrange. Si, comme l’admettent les historiens, A’icha avait voulu rétablir l’ordre au sein de la communauté politique, il aurait alors été préférable de s’abstenir de toute prise de position partisane pour mener à bien une stratégie de médiation ou conciliation.
Peut-être doit-on attribuer sa décision de partir au combat à l’amitié qui la liait au calife. Il apparaît alors qu’elle s’est laissée prendre au jeu des passions humaines qu’aucun hadith n’a su réprimer.
A suivre : L’absence de A’icha parmi les quatre premières femmes du Paradis.
Bibliographie :
Encyclopédie de l’Islam, Leiden, E.J Brill, Leiden - A’icha bint Abi Bakr
Encyclopédie Universalis, Georges Bohas - Ali Ibn Abi Talib
Ahmed Fazl - La vie de A’icha - Epouse du Prophète (SB)




Commentaires
Salam aleykum,
Comment pouvez-vous dire que Ali "a fait exécuter Talha et Zubayr"? Sur quelle source vous basez-vous?
Car selon wikipedia et de nombreux sites musulmans, Talha aurait été tué par Marwan ibn al-hakam (ou l'un de ses hommes), et Zubayr par un certain Amr ibn Jarmouz.
Talha et Zubayr sont parmi les 10 Compagnons à qui le Prophète (paix sur lui) a promis le Paradis, donc j'imagine mal Ali les "faire exécuter", comme vous dîtes.
Wa Allahu a'lam.
Ali est une énigme pour les musulmans aussi bien qu'A'icha.
La femme préférée du Prophète était bien sûr victime de la jalousie. Cette préférence semblait injuste : elle était trop jeune, trop belle, la petite rouquine, trop intelligente.
Après la mort du Prophète, il convenait de la disgracier. Preuve en est que dans la bataille du chameau, elle était du côté des vaincus !
Qui ignore cependant qu’en compagnie du Prophète, elle a assisté à la révélation ? N’a-t-elle pas salué et était saluée par l’Archange ? Elle a consigné tant d’actes de son époux et été reconnue comme théologienne et juriste, transmettant son enseignement.
Son rôle était plus religieux qu’historique, en relation avec le ghayb, l’invisible, que la plupart des hommes au pouvoir ignorent. Elle avait participé en son âme et conscience à la vie affective, sensuelle et religieuse du Prophète, faisant usage de son cœur et de sa raison.