A Jérusalem-Est, la démolition scandaleuse du quartier Al-Boustan cristallise les tensions

Planifiée depuis quatre ans par les autorités israéliennes, l’irruption imminente de bulldozers dans le

jeudi 19 mars 2009

Planifiée depuis quatre ans par les autorités israéliennes, l’irruption imminente de bulldozers dans le quartier Al-Boustan ("le jardin") à Jérusalem-Est donnera le coup d’envoi de l’effroyable programme de destruction massive de quartiers arabes qui, en l’état, rasera de la carte, tel un rouleau compresseur, 88 habitations, dans une stratégie d’expansion des implantations juives.

Les premiers coups de pelles sur Al-Boustan seront autant de violents coups de poignards portés au processus de paix, matérialisant aux yeux du monde entier la colonisation en marche de l’Etat Hébreu, lequel continue avec cynisme de se masquer derrière de pitoyables alibis : en l’occurrence la création d’un parc.

La zone tout autour du faubourg de Silwan, dans lequel est localisé le quartier Al-Boustan, est située au pied de l’esplanade des Mosquées, le Mont du Temple pour les juifs, près de la face sud de la vieille ville, un emplacement idéal pour les colons israéliens qui lorgnent dessus depuis longtemps pour s’y installer et étendre ainsi le quartier juif.

Lieu chargé d’une histoire au cœur d’un enjeu éminemment politique, c’est précisément dans cette partie de la ville que les autorités de Jérusalem ont lancé un vaste chantier de fouilles archéologiques, mues par un seul et unique objectif : apporter les preuves tangibles que cette terre est bien juive en retrouvant les vestiges de l’ancien royaume de David.

Déterminé à s’opposer à l’impitoyable maître d’ouvrage israélien, un comité de défense du quartier Al-Boustan a été nommé, devenant le maître d’œuvre de la résistance des habitants, qui affichent leur ferme résolution sur un écriteau planté sous une grande tente : "Pas de site touristique sur les ruines des maisons de 1 500 habitants".

"La réaction sera violente", clame Daoud Siam, né à Al-Boustan et âgé de soixante-dix ans. "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire", proteste-t-il avec la force du désespoir, désignant le nouveau maire de Jérusalem, Nir Barkat, comme l’architecte de cette révoltante extermination.

Vingt et un lauréats du prix Israël, parmi lesquels des écrivains célèbres, se sont faits les porte-parole de la raison en exigeant que cessent ces démolitions, jusqu’à Hillary Clinton qui, lors de sa visite début mars, a manifesté son inquiétude à la perspective du regain de tensions des plus préjudiciables pour le processus de paix, et de la violation de sa feuille de route qui prescrit un gel de la colonisation. Un jugement de valeur qui a fortement courroucé le maire de Jérusalem qui l’a qualifié de "mauvais signal" envoyé à "ceux qui ne respectent pas la loi".

Foyer de la recrudescence des divisions israélo-palestiniennes, Al-Boustan va pousser Washington dans ses retranchements, obligeant l’administration Obama à se positionner clairement sur la fin de l’expansionnisme colonial d’Israël.

Alors que cinquante-cinq autres maisons sont menacées à Choufat, au nord de Jérusalem, le cheikh Raed Salah, dirigeant arabe israélien (il dirige la branche nord du Mouvement islamique), a déclaré sur site : "Notre position est claire : soit nous vivons sur notre terre, soit nous y serons enterrés."

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