Le ramadan l’a tué ! (partie 1 sur 2)

Depuis que le croissant de lune a été vu en ce mardi 5 novembre, Mustapha a compris qu’il ne verrait pas c

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mercredi 13 novembre 2002

Le ramadan l’a tué ! (partie 1 sur 2)

 

Depuis que le croissant de lune a été vu en ce mardi 5 novembre, Mustapha a compris qu’il ne verrait pas ce matin ses croissants, qui composaient son traditionnel petit déjeuner qu’il prenait chaque jour au café de la gare vers 7h30. Le jour tant attendu est enfin arrivé. Le mois de ramadan a commencé en ce mercredi 6 novembre. Assis sur le banc du hall de la gare Saint-Lazare, les poings serrés dans les poches de son parka, Mustapha attend stoïquement le train de 8h49, qui le mènera tout droit vers son bureau situé dans le quartier de la défense. Voilà un homme qui a décidé de dire non à la société de consommation. Un jeune tout simplement à jeun qui jeûne parmi la foule à l’estomac plein. Le visage émacié par quelques heures de jeûne, Mustapha inaugure le premier ramadan d’une vie de musulman hyper light, où les longues nuits blanches étaient plus consacrées aux virées nocturnes qu’aux actes d’adoration et de piété. Un épicurien des temps modernes tendance discothèque, qui ne désespérait pas un jour se rendre à la Mecque. Ce musulman à temps partiel a été confronté un jour à une crise existentielle avec son cortège de questions sans réponse : du style pourquoi « roule-t-il en Renault 5 » alors que son pote Kamel nouvellement arrivé du bled, circule déjà avec la voiture de ses rêves : « le dernier modèle de Mercedes ». Mustapha s’est cru alors frappé d’une malédiction divine. Une impression de malédiction que n’a pas tardé à lui confirmer un imam un peu extrémiste sur les bords, qui lui a déclaré un jour qu’il irait rôtir en enfer s’il persistait à ne pas observer le ramadan. Un argument massue et rassurant auquel Mustapha a été particulièrement sensible. Car les seules chaleurs qu’il supporte, sont celles qui sévissent sur les plages de la Côte d’Azur, son lieu de villégiature préféré. Ce premier jour du mois de ramadan se présente tel un baptême d’estomac sous le signe de la rédemption. Mustapha l’a pensé et repensé. Il s’est préparé mentalement. Il est en pleine possession de ses moyens physiques. Le ramadan ne peut être pour lui qu’une simple formalité. Un mois de ramadan que Mustapha veut accomplir avec panache.

La voix du speaker de la gare Saint Lazare en plein ébullition retentit, annonçant l’arrivée imminente du train à destination de la défense. Notre apprenti mystique ne mastique pas son habituel chewing-gum. Mustapha se lève, et se dirige au pas de charge vers le quai numéro 7. Soucieux de son élégance, maniaque de premier ordre, Mustapha ne badine pas avec sa tenue vestimentaire. La mode est son péché mignon. Un look de jeune cadre dynamique, plutôt beau gosse, costume taillé sur mesure, boutons de chemise dorés, chaussures étincelantes qui rivalisent avec des cheveux brillants plaqués par un gel de texture spéciale à l’image d’Al Pacino dans le Parrain dont il est vénère le film. Spécialisé en réseaux informatiques, Mustapha affiche ses ambitions. Le beurgeois a faim de réussite, mais aujourd’hui il risque d’avoir faim tout court !

Sa montre qui affiche 8h45, lui rappelle qu’en temps normal il a déjà siroté à cette heure de la matinée, 2 cafés et grillait 4 cigarettes. Une foule compacte s’agglutinine près de la porte du wagon. Il va falloir monter en jouant comme à chaque fois des coudes. Un jeu d’enfant pour Mustapha, qui a eu l’occasion au cours de séjours épisodiques au bled d’embarquer dans des trains hyper « chargés », qui dépassaient largement leur capacité d’accueil. Il lui est même arrivé de descendre par la fenêtre du wagon avec ses cousins.

Le train démarre complètement bondé. Mustapha se trouve en position debout à l’opposé de la porte de sortie, la joue droite littéralement collée à la vitre. Il tente d’oublier cette promiscuité étouffante, en contemplant malgré lui le paysage lugubre qui défile sous ses yeux. Des arômes de sueurs malodorantes semblables à des odeurs de fauves émanent de voyageurs victimes certainement de pénuries de savons. Bienvenue dans ce safari urbain sponsorisé par la SNCF ! Mais Mustapha est surtout préoccupé par l’état de son costard qui ne manquera pas de se froisser, lui, qui chaque soir repasse méticuleusement ses fringues de marque.

Après que le train eut marqué plusieurs arrêts, il s’engouffre à vive allure vers le tunnel de la défense, synonyme de station finale pour Mustapha. Noyé dans ses pensées, il ne s’est pas rendu compte de l’arrêt du train. La sirène retentit alors, annonçant le redémarrage immédiat du wagon. Il se réveille aussitôt, pris de panique : « laissez-moi passer je dois descendre » lance-t-il quelque peu apeuré.

Massés les uns sur les autres, les voyageurs aux visages ternes qui obstruent le passage, demeurent insensibles à son message de détresse. Il ne lui reste plus qu’une minute afin de se frayer un chemin vers la porte de sortie. Comment va-t-il sortir ? Il est pris au piège. La situation semble sans issue !

Il trouve aussitôt la parade. Une idée lui vient alors à l’esprit, qui consiste à utiliser l’arme fatale du jeûneur ! Une arme en possession de chaque musulman et musulmane durant le mois de ramadan. L’Arme Fatale du nom du film avec Mel Gibson n’est rien à côté ! Cette arme « ramadanesque » n’est autre que l’haleine du jeûneur peu rafraîchissante en ce mois béni. Il décide alors d’inspirer fortement gonflant ses poumons jusqu’au dernier souffle, et lâche aussitôt des bouffées de son haleine de phoque qui feraient fuir l’armée américaine actuellement postée dans le Golf ! Des mouvements de narines s’opèrent aussitôt parmi les voyageurs, qui inhalent directement son haleine salvatrice. Certains parmi eux ont frôlé l’asphyxie, alors que d’autres ont cru à une attaque au gaz nauséabond ! Une offensive redoutable à laquelle les passagers n’ont pu résister. La foule se fendit aussitôt, ouvrant à Mustapha le chemin de la porte de sortie. Il saute sur le quai, satisfait de son coup de force et de sa prouesse ramadanesque !!! Revigoré par son exploit, Mustapha effectue un petit sprint sur 20 mètres. « Je suis en pleine forme, la rupture est dans 8 heures c’est coool !!! » conclut-il avec enthousiasme.

Il parvient au hall d’entrée de la société où il aperçoit d’autres employés. Il salue Nathalie la standardiste, qui l’interpelle aussitôt en se saupoudrant le nez avec sa finesse légendaire.

 

-« Eh Mustapha, j’ai entendu ce matin sur le flash info de « Fun Radio » que le ramadan débutait aujourd’hui. D’après ce que j’ai compris tu ne vas pas manger durant 30 jours ? Dis-moi Mustapha est-ce que Ben Laden fait aussi le ramadan ? ».

 

Mustapha est dans un premier temps comme décontenancé par cette brillante remarque de la standardiste. Grande amoureuse des arts et des lettres, Nathalie ne raterait pour rien au monde un épisode de « Pop star » ou de « Star Academy ». Grande lectrice de catalogues de produits de beauté, elle sait hisser cependant son niveau de lecture en dévorant les magazines ventant les régimes amincissants. Elle est enfin dotée de véritables talents de commères. Elle a des avis surtout, mais elle a surtout des avis ! Mais que peut bien vient faire Mustapha qui vient d’être carbonisé en direct live !

A court d’arguments, Mustapha s’avance alors vers Nathalie en la foudroyant d’un regard si intense qu’il ferait fondre une zalabia, puis se dirige directement vers l’ascenseur...

 

A suivre...

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Auteur : Saïd Branine

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