Quand le CRIF exige du Festival de Cannes qu'il censure un documentaire palestinien

C’est bien connu, quand le CRIF éternue, c’est la République qui s’enrhume et,

lundi 16 mai 2016

Quand le CRIF exige du Festival de Cannes qu'il censure un documentaire palestinien

C’est bien connu, quand le CRIF éternue, c’est la République qui s’enrhume et, désormais, le Festival de Cannes qui tousse !

Et pour avoir éternué très fort jusqu’à faire trembler la Croisette, Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a carrément craché ses poumons pour que passe à la trappe de la censure le documentaire palestinien "Munich : une histoire palestinienne", réalisé par Nasri Hajjaj, dont la perspective de sa diffusion, ce lundi 16 mai, dans le cadre du Marché du Film, l’a rendu très fiévreux, et ce, quand bien même ne s’agissait-il que d’un court extrait…

Dès le 3 mai, ce dernier trempait sa plume dans l’encre noire de la réprobation sonnant comme un diktat pro-israélien, afin d’exiger de Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes, et d’Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture, la déprogrammation pure et simple de cette œuvre filmique. Et au diable la liberté d’expression artistique !

Sensibilisé à l’indignation courroucée de Roger Cukierman qui, sans jamais avoir visionné ce film inachevé à ce jour, l’a cloué au pilori en le taxant de « révisionnisme historique » sur la prise d’otages sanglante des Jeux Olympiques de Munich de 1972 par le groupe palestinien « Septembre Noir », le maire LR de Cannes, David Lisnard, a été pris à son tour d’une forte quinte de toux à l’idée qu’il puisse avoir les honneurs, même à huis clos et souterrains, de Cannes…

L’édile, rangé inconditionnellement derrière le président du CRIF, s’est fendu d’une lettre de soutien adressée à Gérard Bavard, président du Consistoire local, le rassurant sur sa condamnation sans réserve du documentaire qui fâche et sur son appel à le censurer sans autre forme de procès.

Evoquant le « trouble à l’ordre public », David Lisnard n’a pas ménagé ses efforts pour que le film disparaisse à tout jamais de l’écran cannois, avec, dit-on, la bénédiction officielle de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. "La décision de la déprogrammation a été prise à l’issue d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a effectué une revue du dispositif sécuritaire du Festival de Cannes", a indiqué le maire de Cannes, selon le site communautaire Le Monde Juif, dans son courrier de réassurance auprès du Consistoire israélite de sa bonne ville.

C’est peu dire que Le Monde Juif, qui se targue d'avoir eu la primeur de l’information sur cette nouvelle "victoire contre la haine d'Israël", n’a pas eu le triomphe modeste pour annoncer la censure qui, si elle était avérée (ce que contredisent certaines sources), salirait les plus célèbres marches du monde.

« Je veux présenter la version palestinienne de cette histoire, qui n’est pas nécessairement une critique de l’opération et de ses conséquences. Huit films ont été réalisés sur l’affaire de Munich, mais aucun d’entre eux n’est palestinien ou arabe. J’ai toujours éprouvé un lien personnel avec cette histoire », a déclaré Nasri Hajjaj, qui a grandi dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban, à Ein al-Hilweh, où, enfant, il rencontra l’un des preneurs d’otages de Munich, avant que sa liberté d'expression ne soit menacée et peut-être même bafouée par le pays des droits de l’homme dont les envolées voltairiennes ampoulées ont révélé, une fois encore, leur insondable duplicité.

  

Le réalisateur/producteur palestinien Nasri Hajjaj, avec la cinéaste Zeina Daccache
Photo : Ammar Abd Rabbo/abacapress.com

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