Mercredi 23 April 2014
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Aïd El Adha : Le sacrifice d’Abraham

Aïd El Adha : Le sacrifice d’Abraham
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Selon l’islam, le Coran est le point terminal de la Révélation pour cette humanité. Il se présente de fait comme la récapitulation et la synthèse des messages antérieurs, et maints récits bibliques y sont relatés de façon condensée et allusive.

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Selon l'islam, le Coran est le point terminal de la Révélation pour cette humanité. Il se présente de fait comme la récapitulation et la synthèse des messages antérieurs, et maints récits bibliques y sont relatés de façon condensée et allusive. Le caractère sibyllin du « Livre », on va s’en rendre compte, apparaît nettement dans l’épisode du sacrifice d’Abraham.

Cet épisode, évoqué dans la sourate 37, ressort au thème coranique de l’épreuve (balâ’), qui agit comme une véritable pédagogie spirituelle à l’adresse des croyants et à fortiori des prophètes : l’élection et l’investiture ont pour passage obligé la purification. Abraham (Ibrâhîm en arabe) a été choisi comme « ami intime de Dieu » (khalîl Allâh) parce qu’il a subi avec succès maintes épreuves1. L’une des plus intenses fut sans doute ce songe au cours duquel le patriarche se vit en train d’immoler son fils :

- « Ô mon fils, je vois en rêve que je t’égorge. Qu’en penses-tu ? »

- « Père, répondit le fils, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu veut, parmi ceux qui supportent [l’épreuve] » (Cor. 37 : 102).

Tous les traducteurs rendent ce passage au temps passé (« Ô mon fils, j’ai vu en rêve que... »), mais il importe de restituer le présent employé dans le texte arabe, car celui-ci a pour fonction de susciter l’instantanéité de la vision d’Abraham. Si l’on nous permet l’image, celui-ci vit la vision en direct, non en différé.

Les commentateurs insistent sur la dimension onirique de la scène - absente du récit biblique -, et Ibn ‘Arabî, le grand maître du soufisme souligne que c’est en fait un bélier qui est apparu à Abraham durant son sommeil, mais sous les traits de son fils. Cependant, Abraham n’a pas interprété, « transposé » dit l’arabe, cette vision car, selon l’avis des commentateurs, le songe ou la vision des prophètes relève de la révélation (wahy), et est perçu par eux comme une réalité immédiate.

En effet : « Lorsqu’ils se furent tous deux abandonnés à la volonté divine (aslamâ) et qu’Abraham eut couché son fils le front contre terre, Nous l’appelâmes : " Ô Abraham, tu as ajouté foi à la vision ! " C’est ainsi que nous rétribuons les êtres doués d’excellence (103-105) ». En réalité, la vision qu’a reçue Abraham ne lui intimait pas d’immoler matériellement son fils, mais de le consacrer à Dieu. Nous rejoignons ici la tradition judaïque2.

- « Voici certes l’épreuve évidente » (106) : épreuve suprême de soumission à Dieu que de se croire contraint d’égorger son fils ! Selon certains soufis, l’épreuve consistait à donner son vrai sens à la vision. Ils font remarquer que l’enfant est le symbole de l’âme. C’est donc son "moi" que Dieu demande à Abraham d’immoler, cette âme prophétique élevée, certes, mais encore capable d’amour pour un autre que Dieu. Or, afin d’être investi pleinement de l’intimité divine, Abraham doit vider son coeur de tout attachement aux créatures. D’ailleurs, l’épisode du sacrifice suit immédiatement un passage où l’on voit Abraham détruire les idoles adorées par son peuple (84-98). Dans son cas, la réalisation ultime de l’Unicité (tawhîd) supposait la destruction de tout penchant naturel, de tout résidu égotique, forme subtile d’idolâtrie.

- « Nous le rachetâmes par un sacrifice solennel » (107), car l’enjeu est immense. Un bélier venant, selon la tradition, du paradis, et conduit sur terre par l’ange Gabriel pour le sacrifice, se substitue au fils : grâce à ce transfert, Dieu rachète à Abraham toute sa descendance, prophétique et autre, afin de mieux la préserver et la bénir. Ainsi, « Nous perpétuâmes [le souvenir d’Abraham] parmi les générations postérieures (108). Paix sur Abraham ! » (109) : après la soumission (islâm) vient la paix (salâm). L’animal, être pur parce qu’il connaît par intuition directe son Créateur, à l’instar des règnes minéral et végétal (Ibn ‘Arabî), peut en effet prendre la place d’un humain pur, prophète et fils de prophète. Par son sacrifice consenti, il permet aux « fils d’Adam » - et pas seulement d’Abraham - de régénérer leurs énergies vitale et spirituelle.

En aucun endroit de ce récit, le Coran ne mentionne si le fils offert en oblation est Ismaël, père des Arabes, fils de la servante Agar jalousée par Sara, ou Isaac, son frère cadet, père des Juifs. Cette imprécision a partagé les auteurs musulmans, chacun tirant argument de façon opposée des mêmes passages coraniques en faveur d’Isaac ou d’Ismaël. Dans une perspective islamique, il était tentant d’identifier la victime du sacrifice à Ismaël.

En effet, celui-ci a aidé Abraham à bâtir la Kaaba de La Mecque (Cor. 2 : 125-127), et certains rites actuels du Pèlerinage (Hajj), tels que la lapidation de Satan, trouvent leur fondement dans le sacrifice qui aurait eu lieu à Mina, un des sites du Hajj. Pourtant, la plupart des commentateurs ne cèdent pas à cette tentation, et étalent au grand jour les divergences d’opinion. Voici un bel exemple du pluralisme régnant au sein de la pensée musulmane médiévale.

Il n’empêche que la commémoration du sacrifice d’Abraham, actualisée chaque année par le sacrifice d’animaux, est devenue la « grande fête » (al-‘îd al-kabîr) des musulmans, célébrée le 10 de Dhû l-Hijja, mois du Pèlerinage. Le Hajj, ceux qui l’ont accompli le savent bien, est une épreuve : répétition du Jugement dernier, il est mort à ce monde et résurrection.

À l’instar de la bête, le pèlerin est l’offrande sacrificielle dont le parcours rituel permet à la communauté musulmane, et au-delà à l’humanité, de se régénérer. Si le sacrifice animal garde aujourd’hui toute sa pertinence, et si le partage et le don de la viande perpétuent « l’hospitalité sacrée » d’Abraham, il importe de ne pas perdre de vue le sens premier du sacrifice : la purification intérieure.

Pour qui connaît le Coran, l’ambiguïté du discours divin à propos d’Isaac et d’Ismaël est délibérée. Elle rappelle celle qui plane sur le récit coranique de la crucifixion ou la non-crucifixion du Christ3, lequel, selon les chrétiens, s’est sacrifié sur la croix pour le rachat de l’humanité. Enfin, le silence coranique sur l’identité du fils sacrifié - ou sanctifié -, au regard du contexte actuel, peut être perçu comme une source tantôt de rivalité et d’inimitié, tantôt de proximité voire d’intimité entre juifs et musulmans. Ne serait-ce pas dans le dépassement de l’ego, vrai sens du sacrifice abrahamique, que les uns et les autres parviendront à restaurer une harmonie séculaire mise à mal par des développements politiques récents ?

Notes :

1. Voir Cor. 2 : 124.
2. Voir par exemple Exode 13 : 2.
3. Cf. Cor. 4 : 157.

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Commentaires

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Liliane Bénard
-309 points

Belle fête de l'aïd pour les musulmans de tous pays. Cette fête nous situe par delà les politiques, au cœur de notre intimité.
Éric Geoffroy y voit un appel à la purification. Cet appel correspond si bien à nos impuretés. Que donnons-nous vraiment à Dieu, que sacrifions-nous de grand cœur ?
Ce schéma sacrificiel de la fête est prégnant comme l'idée de sacrifier son fils comme aussi la pensée profonde de sa soumission à Dieu. Le Coran souligne cette soumission au Dieu unique et sans mélange que nous soyons père ou fils...
La mort est le signe de cette soumission et la résurrection de son dépassement. Ce bélier pourrait nous illuminer

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elham
558 points

c'est pourquoi on parle de la fête du sacrifice et non de la fête du mouton.

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Abou Tahar al-Tlemceni
535 points

Abraham (as) doit sacrifier -son- fils (pas un des ses fils!), or le premier né est Ismaël ("celui qui écoute Dieu" en arabe). Isaac ("Celui qui rigole" en arabe/hebreu) n'est pas encore né! C'est cela justement qui donne toute sa sgnification au geste: Abraham (as) doit sacrifier son seul enfant, celui qu'il a attendu plus de 80 ans, celui qui assure la lignée prophétique jusqu'à Mohammed (saw), celui avec qui il va construire la Kaaba.

Enfin, la demande du sacrifice repose aussi sur un choix: Abraham (as) doit choisir entre l'amour de Dieu et l'amour de soi.

Bien sûr on peut toujours interpréter en avançant que le sacrifice consiste à éliminer son ego et toute tentation matérielle, et donc que chacun, chaque jour fait face à un ou des sacrifices.

L'autre partie de l'histoire est que Ismaël (as) se plie au sacrifice [37:102] , c'est lui dont a besoin Abraham (as); Dieu, lui, n'a besoin de personne, ni du sang de personne. Et seul Dieu donne un sens à la vie.

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Yannick Laude
-1127 points

@ Abou Tahar al-Tlemceni: "Le sacrifice consiste à éliminer son ego". Je comprends mieux votre foi: il s'agit d'une thérapie!

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Djamila
519 points

@Abou Tahar : EXCELLENT commentaire...j'aime beaucoup :)

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Djamila
519 points

@Abou Tahar : EXCELLENT commentaire...j'aime beaucoup :)

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malik_gee
32 points

Je pense qu'il est utile lorsqu'on évoque l'histoire du sacrifice d'Abraham, de rappeler que le sacrifice humain était une pratique courante des religions de son époque, les récits anciens en parlent, l'archéologie l'atteste. Moloch, Tammuz au moyen orient, pareil chez les dieux de l'amérique central, ou à Rome, ou en Gaule où les druides sacrifiaient des humains ; les sacrifices d'enfants pour Kali et autres dieux et déesses encore meme pratiqué dans certaines régions en indes qui font les pages des faits divers de nos jours.

Le Dieu unique, Allahu la illaha illa huwa al Hayyu al Qayyum, n'a pas besoin de sacrifices humains, ce n'est pas ce qu'il demande à l'homme, voilà pourquoi Abraham et son fils était conciliant au sacrifice, car c'était pratique courante pour les autres cultes de l'époque, mais dans cette épisode Dieu interdit cette pratique, c'est à mon avis la plus importante leçon !

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Maicha
25 points

Seuls les musulmans commémorent cet évènement.N'est ce pas un signe que c'est bien Ismail dont il s'agit?

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michel75200
-1710 points

elhal,

De fait, pour le mouton ce n'est pas son jour de fête ! (lol)

Plus sérieusement, vu que dans le Coran il est spécifié qu'il s'agissait d'un BELIER (un mâle reproducteur dans la force de l'âge), pourquoi les musulmans se contentent-ils de sacrifier un simple MOUTON mâle ou femelle, plutôt jeune et tendre ?
Merci de me donner une réponse solidement argumentée.

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michel75200
-1710 points

Selon Eric Geoffroy, « maints récits bibliques sont RELATéS [dans le Coran] de façon CONDENSéE et allusive. »

C'est une étrange manière de s'exprimer. Soit Eric Geoffroy ne connaît rien, ou très peu, au récits bibliques et il ferait mieux de ne pas en faire mention. Soit il les connaît plutôt bien et il sait que cette assertion n'est pas seulement un euphémisme, mais une véritable contre-vérité. Les récits du Coran et ceux de la Bible se contredisent.

Même Tariq Ramadan l'a admis :
« Certes, les histoires des Prophètes, et notamment celle d'Abraham, sont rapportées respectivement dans les traditions juive, chrétienne et musulmane, de façon SEMBLE-T-IL similaires. A l'étude, on s'aperçoit cependant que les narrations sont DIFFERENTES et ne présentent pas toujours ni LES MÊMES FAITS ni les mêmes leçons. »
("Muhammad : Vie du Prophète", ch. 1, § "Expérience tragique?")

Voir davantage de détails sur les pages 1-2-3 du forum :
http://oumma.com/16241/recette-organiser-un-debat-lislam-a-tv

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miro
-9 points

Il me semble assez malvenu, par les temps qui courent, de tirer sur Eric Geoffroy.
L'ensemble de son travail mérite mieux que ces quelques pinailleries très discutables.

Il s'avère que dans le Coran certains récits de la vie de personnages bibliques sont CONDENSéS, Loth, Joseph (as), etc...

Pas de quoi fouetter un....musulman.