Une commission américaine fustige « la laïcité agressive » en France et en Europe

Cela fait bien longtemps que l’on ne tresse plus des lauriers à la patrie des droits de l’Homme pour sa laïcité qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, mais qu’on la coiffe volontiers du très infamant bonnet d’âne pour être tombée bien bas, dans les abîmes de l’intolérance religieuse.

Une commission américaine fustige « la laïcité agressive » en France et en Europe

Cela fait bien longtemps que l’on ne tresse plus des lauriers à la patrie des droits de l’Homme pour sa laïcité qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, mais qu’on la coiffe volontiers du très infamant bonnet d’âne pour être tombée bien bas, dans les abîmes de l’intolérance religieuse.

Après Amnesty International qui avait épinglé la France pour son arsenal législatif pour le moins discriminatoire envers les musulmans, redoutant, comme tant d’autres, de voir la résurgence de vieux démons se déchaîner là où l’on pensait que la force de l’humanisme était un rempart infranchissable, après Nils Muiznieks, le Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, qui avait exhorté, en juillet 2012, les gouvernements européens à "renoncer aux lois et mesures visant spécialement les musulmans et à interdire la discrimination fondée sur la religion ou les convictions dans tous les domaines", en ciblant le trio infernal des mauvais élèves, la France, la Belgique et les Pays-Bas, voici qu’une commission américaine a passé au crible le modèle européen, et hexagonal tout particulièrement, non pas pour en louer les grands mérites, mais pour fustiger les dérives « d’une laïcité agressive ».

Egratignant le vernis de l’Europe de l’ouest sans mots couverts, le rapport de la commission sur les libertés religieuses, dont les membres sont nommés par le président américain et le Congrès, jette une lumière crue sur les lois en vigueur de plus en plus liberticides à l’encontre des signes religieux, de la construction de mosquées et de l’abattage rituel.

La présidente de la commission, Katrina Lantos Swetta, a témoigné de l’inquiétude grandissante de ses pairs face à l’application d’une laïcité européenne dogmatique et répressive qui frappe essentiellement la communauté musulmane, dont la France, à la consternation générale, s'est imposée comme le fervent et acrimonieux porte-étendard.

La volonté farouche de légiférer à tout prix contre tous les voiles est en effet devenue une spécificité guère estimable, qui ne vaut au pays des Lumières aucune médaille honorifique. Le voile repoussoir de la République est désormais empoigné par toutes les formations politiques, après que Sarkozy ait largement ouvert la voie et que le FN se soit engouffré dans la brèche inespérée, chaque camp sacrifiant l’esprit de la loi de 1905 sur l’autel de l’électoralisme sans le moindre état d'âme.

"Dans certains pays, une laïcité très agressive place les personnes religieuses dans des positions inconfortables et difficiles en ce qui concerne le plein exercice de leurs convictions et croyances". "Ces restrictions limitent aussi gravement l’intégration sociale et les perspectives en matière d’éducation et d’emploi pour les individus concernés", mettent en lumière les auteurs du rapport.

La France est désormais pointée du doigt et non plus montrée en exemple, tout comme l’est la Belgique limitrophe, notamment pour leur criminalisation du voile intégral dans l’espace public en 2011. Les lois européennes, en visant "un groupe religieux minoritaire particulier, envoient un signal qui justifie, pour certains, la discrimination contre des membres de ce groupe", souligne encore le rapport de la commission américaine sur les libertés religieuses.

Il n’y a guère que les frontons républicains qui ont encore gravé dans la pierre une noble devise que l’instrumentalisation de l’islamophobie a réussi à effacer des mémoires. Encore faudrait-il que les œillères du populisme tombent et que les regards osent se lever vers eux pour se souvenir de leur hauteur de vue et de leur grandeur d'âme.

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