La réponse de l’Amérique face à la tragédie

Lorsqu’on a appris que les auteurs de l’attentat se disaient musulmans, certaines personnes ont décidé de prendre leur distance avec l’ensemble de la communauté musulmane – et même de la rejeter

La réponse de l’Amérique face à la tragédie

Boston vient de vivre une semaine difficile. New Yorkais d’origine, je vis dans cette ville depuis bientôt quarante ans. Mon épouse et moi y avons élevé nos trois fils -tous habitués des tribunes de Fenway Park, fervents fans des Celtics et toujours partants pour aller encourager en famille, chaque année au mois d’avril, les coureurs du marathon, venus du monde entier.

Or une ombre vient d’être jetée sur tous nos merveilleux souvenirs dans cette ville. Nous sommes sous le choc des événements effroyables de la semaine passée et de leur violence insensée. Boston vient tristement s’ajouter à la longue liste des villes frappées par des actes terroristes : Bagdad, Oklahoma City, Kaboul, Moscou, Columbine, Londres, Newtown, et bien d’autres encore.

Quelle logique tourmentée ou quel drame secret peut bien inspirer cette volonté de destruction qui coûte la vie à des innocents ? Dans le cas de l’attentat de Boston, un des auteurs présumés est mort et l’autre a été arrêté et se trouve à l’hôpital. Mais on ne comprend pas pour autant pourquoi ils ont agi ainsi.

D’un côté, cela n’a plus vraiment d’importance. Quelle que soit la motivation, le mal est fait. Des familles et des communautés sont blessées à jamais. Peu importe la raison de ces actes, ils demeurent, dans chaque cas, impardonnables. D’un autre côté, on ne peut cependant pas s’empêcher de se poser des questions, pour chercher une leçon à tirer ou savoir au moins si l’on peut faire quelque chose pour éviter que de telles catastrophes ne se reproduisent.

Deux jours après l’attentat de Boston, le psychologue Jeff Greenberg, de l’Université d’Arizona, a expliqué, dans une émission de la National Public Radio à propos du comportement des êtres humains face aux événements qui les confrontent à leur propre mortalité que lorsqu’il est question de mort et de conscience de soi, on a tendance à adopter une attitude antagoniste. On défend son propre système de croyances et on valorise les personnes auxquelles on s’identifie, au détriment des systèmes de croyances différents qu’on discrédite. C’est la loi du « eux contre nous ».

Suite aux événements de la semaine passée, cette loi est en train de ressurgir. Lorsqu’on a appris que les auteurs de l’attentat se disaient musulmans, certaines personnes ont décidé de prendre leur distance avec l’ensemble de la communauté musulmane – et même de la rejeter complètement. Pourtant, les responsables musulmans de Boston avaient tout de suite réagi, qualifiant l’attentat de crime pur et simple, nullement justifié par l’islam.

Une des nombreuses leçons à tirer de cette tragédie est la suivante : il faut que nous empêchions ce genre d’accusation et de stigmatisation visant tout un groupe pour les actes de folie de quelques uns. On ne peut pas procéder à une diabolisation en masse de « l’autre » sous prétexte de défendre la sécurité, la justice et la compréhension humaine ou quelque autre valeur.

C’est d’ailleurs le message véhiculé par les autorités lors du service interconfessionnel qui s’est déroulé le 18 avril en hommage aux victimes dans la banlieue sud de Boston. Plus de deux cents personnes s’étaient rassemblées pour écouter les responsables chrétiens, juifs et musulmans ainsi que le maire de Boston, Tom Menino, le gouverneur du Massachusetts Deval Patrick et le président Barack Obama - qui a prononcé quelques paroles de réconfort et d’espoir.

On nous a rappelé que nous ne pouvons pas laisser la haine d’un autre nous remplir de haine, que notre devoir était de panser les blessures et de reconstruire, en nous unissant dans notre humanité commune. On nous a rappelé aussi que notre communauté se définit non pas par la violence, la haine ou la crainte, mais par l’amour et la générosité, comme on l’a vu notamment à travers les actes de bravoure des spectateurs et des premières personnes à avoir réagi en courant vers le danger – et non en la fuyant - pour secourir ceux qui s’étaient blessés dans les explosions. On nous a surtout rappelé une vérité fondamentale : le dilemme du mal c’est qu’il inspire le bien et qu’en fin de compte, nous sommes unis, dans notre diversité.

Le gouverneur Deval Patrick a même cité Martin Luther King : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité, seule la lumière le peut ». Le président Obama a pour sa part souligné que face à la cruauté, nous choisirons la compassion, l’amitié et l’amour ». De toute évidence, une main tendue, c’est vraiment mieux qu’un poing fermé, pour inciter « l’autre » à ouvrir son cœur et son esprit.

Nous passerions à côté du problème si nous laissions les actes d’extrémisme nous forcer à nous retrancher dans nos camps respectifs. Les extrémismes gagneraient si leurs actions empoisonnaient notre communauté en nous poussant à rejeter les personnes dont la culture et les croyances sont différentes des nôtres au lieu de leur tendre les bras.

A Boston – mais pas seulement ici – il y a une course à parcourir, une course que nous devons gagner ensemble.

En partenariat avec le CGNews 

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Auteur : Michael Felsen

Avocat et président du Boston Workmen’s Circle, une organisation communautaire juive et laïque, qui existe depuis 110 ans et qui se consacre à l’éducation, la culture et la justice.

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