Hessel et les vérités insincères d’Hollande

Qu’a fait et dit Stéphane Hessel pour que le président français se sente ainsi obligé de se démarquer de lui le jour même de son enterrement ?

Hessel et les vérités insincères d’Hollande

« Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage. » Les lignes qui précèdent sont extraites du pseudo hommage prononcé par François Hollande lors des obsèques de Stéphane Hessel. « L’incompréhension… »

Quelle mesquinerie pour ne pas écrire autre chose. Que dire et que penser de cette petitesse à peine masquée par l’habilité du style ? D’abord, que nombre de socialistes français, y compris le premier d’entre eux, sont d’indécrottables velléitaires dès lors que l’on évoque le sort des Palestiniens. Ensuite, que l’hypocrisie et le manque de…, disons de courage, semblent assez répandus dans un parti qui se réclame pourtant de l’humanisme et des engagements de Jean Jaurès.

Qu’a fait et dit Stéphane Hessel pour que le président français se sente ainsi obligé de se démarquer de lui le jour même de son enterrement ? Etait-ce un ancien collabo reconverti dans les affaires et le financement de certains hommes politiques dits de gauche ? Etait-ce un négationniste ? Etait-ce un fricoteur emblématique de cette françafrique qui a tant servi au financement de la vie politique française ? Etait-ce l’ami et avocat de quelques opposants africains jadis chouchoutés par le parti de la rose avant de devenir un tyran bien peu respectueux des droits de la personne humaine ? Rien de tout cela, évidemment. Stéphane Hessel a été un homme d’engagements et de prise de parole publique y compris dans les circonstances les plus difficiles.

On peut penser que cet ancien résistant serait entré directement au Panthéon s’il n’avait pas eu l’idée de défendre le peuple palestinien et de clamer haut et fort que sa situation est inadmissible au regard des règles du droit international mais aussi de la morale la plus élémentaire. Et c’est cela que n’aurait donc pas compris François Hollande... Ou, du moins, ce qu’il a fait semblant de ne pas comprendre car, dans cette pitoyable affaire, personne n’ignore les motivations réelles de celles et ceux qui se sont sentis obligés de multiplier les « oui… mais » à l’encontre d’Hessel et de sa mémoire. Et ne parlons pas de ses vils contempteurs à qui personne n’a visiblement appris que la droiture commande la retenue à l’égard de celui qui vient de partir, fut-il un adversaire politique voire un ennemi...

Pour en revenir à Hollande et sa conception de la vérité, la question est toujours la même. A-t-on le droit, en France de critiquer Israël et de rendre compte de l’injustice faite aux Palestiniens sans être accusé, comme l’a été Stéphane Hessel, d’antisémitisme ? Cette chronique n’est pas destinée à reprendre ce thème largement abordé par d’autres auteurs notamment ceux qui, comme le penseur Edgar Morin, ont été traînés devant les tribunaux pour avoir dit haut et fort ce qu’ils pensaient de l’Etat israélien. Non, ce qui est intéressant à travers le propos de François Hollande, c’est de poser la question de la sincérité du discours public dès lors qu’il s’agit de l’Etat hébreu et de la question palestinienne.

Dans la classe politique française, il y a des partisans résolus et déterminés d’Israël. Il y a aussi ceux qui n’ont jamais eu peur d’afficher leur soutien aux Palestiniens – on pense notamment aux communistes, à de nombreux écologistes et à d’autres courants d’extrême-gauche. Et puis, il y a les autres. Ces girouettes masquées qui, le plus souvent, défendent publiquement Israël mais n’en pensent pas moins. En privé, ils peuvent même se laisser aller aux pires diatribes anti-israéliennes voire à des propos antisémites. Pour eux, cette « israélophilie » n’est rien d’autre qu’une stratégie destinée à ne pas s’aliéner ce qu’ils pensent être les puissants soutiens français de l’Etat hébreu. On retrouve cela chez nombre d’arabo-berbères qui cherchent à se faire un nom dans l’Hexagone.

Et, il faut le reconnaître, cela marche, du moins pour un temps. Que d’impostures, que de forfaitures ! Oh, le gentil petit imam, hier encore pro-burqa, qui baragouine si bien sa défense d’Israël… Oh, le courageux écrivain musulman (mais laïc, hein !) qui ne dit mot à propos des enfants palestiniens et qui déverse tant de fiel sur les siens… Oh, ce bien brave journaliste arabe qui défend les bombardements sur Gaza…

En réalité, ces faussets sont les vrais antisémites car, comme l’extrême-droite française des années 1930, ils croient dur comme fer à l’existence d’un lobby juif omnipuissant, tirant tous les fils dans l’ombre. Et, le pire, c’est que personne n’est dupe quant à la sincérité de leurs prises de positions y compris les premiers concernés, c’est-à-dire celles et ceux qui défendent Israël et qui semblent préférer l’hypocrisie à une adversité déclarée. Mais, c’est ainsi. C’est un jeu malodorant des apparences et des postures qui oblige à dire ce que l’on ne pense guère. Et tant pis pour l’honneur, valeur bien marginale par les temps qui courent. Tant pis pour le respect que l’on doit aux autres, ce respect qui oblige à assumer ses convictions et à agir en conséquence. Non, n’est pas Stéphane Hessel qui veut et surtout pas les insincères qui, en guise de vérité, nous assènent un couplet auquel ils ne croient même pas.

Le Quotidien d'Oran

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Auteur : Akram Belkaïd

Journaliste et essayiste, auteur notamment  d' "Etre arabe aujourd'hui" aux éditions  Carnets Nord

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