L’étreinte qui coûte cher à Mahmoud Ahmadinejab

Désavoué pour ce comportement inapproprié et indigne d’un président d’un Etat islamique, accusé de s’être laissé aller à commettre un péché, sous les crépitements des flashes qu'il ne pouvait décemment pas ignorer, Mahmoud Ahmadinejad essuie, depuis, un feu nourri de critiques de la part des cercles religieux ultra-conservateurs de son pays.

L’étreinte qui coûte cher à Mahmoud Ahmadinejab

Un seul cliché photographique captant l’émotion de l’instant, lors des obsèques solennelles d’Hugo Chavez, peut-il sonner le glas d’un mandat présidentiel avant l’heure ?

S’il s’agit de la photo qui a immortalisé une scène, jugée d’une rare indécence par les autorités religieuses iraniennes, où l’on voit le président Mahmoud Ahmadinejad consoler dans ses bras la mère du défunt « Commandante », on peut aisément imaginer, devant l’ampleur du tollé, qu’elle sera l’instrument de son opprobre.

Désavoué pour ce comportement inapproprié et jugé indigne d’un président d’un Etat islamique, accusé de s’être laissé aller à commettre un péché, sous les crépitements des flashes qu’il ne pouvait décemment pas ignorer, Mahmoud Ahmadinejad essuie, depuis, un feu nourri de critiques de la part des cercles ultra-conservateurs de son pays, qui se sont engouffrés dans la brèche pour ternir sa fin de règne.

En effet, l’homme fort de Téhéran, considéré pourtant comme un conservateur pur et dur, mais qui a maille à partir avec plus rigoristes que lui, n’a plus que quelques mois pour revenir sur le droit chemin… Le prochain scrutin présidentiel de juin signera sa sortie de scène, après avoir présidé aux destinées de l’Iran au cours de deux mandats successifs.

Y a-t-il un sens politique à donner à une accolade décriée comme un terrible faux pas par les plus religieux de ses sympathisants d’hier, qui firent bloc derrière lui en 2008 ? Un élan spontané d’empathie vers l’inconsolable Elena Frias de Chavez, 78 ans, dont le président iranien a peut-être sous-estimé l’exploitation qui en serait faite…

Et que dire de son éloge funèbre à la mémoire de son ami Hugo Chavez, publié sur son blog, dans lequel il a affirmé que l’âme de celui-ci "connaîtrait un jour la résurrection comme le Christ et le douzième imam, Mohammed al Mahdi pour racheter l’humanité", sans oublier la  journée de deuil national décrétée en son honneur et qui a été qualifiée de «précédent illégal» par le clan très courroucé des religieux orthodoxes ? Autant de questions restées sans réponse, mais qui ont provoqué l’affolement des troupes pro-gouvernementales et un ahurissant imbroglio politique.

Sauf à y voir l’expression de son humanité, un argument inaudible pour les dignitaires religieux iraniens qui reprochent à Mahmoud Ahmadinejad d’être sous l’emprise d’un "courant déviant, voire perverti" qui l’éloigne progressivement de l’ayatollah Khamenei, les plus indulgents d’entre eux lui concédant une perte de contrôle lors de funérailles particulièrement émouvantes, force est de constater que rien ne plaide pour le président iranien aux yeux de ses détracteurs.

"Les termes employés par Mahmoud Ahmadinejad pour décrire le chef de l'Etat vénézuélien ne nous semblent pas appropriés", s’est ému Ghorbanali Dorri Najafabadi, un religieux membre de l'Assemblée des experts, cité par l'agence de presse Mehr. "On peut naturellement adresser une lettre diplomatique sans entrer dans une discussion religieuse", a commenté Ahmad Khatami, un religieux orthodoxe, le parlementaire Mohammad Taqi Rahbar estimant, pour sa part, que les commentaires de Mahmoud Ahmadinejad étaient "certainement faux et exagérés", selon l'agence parlementaire Icana.

Mais la coupe fut pleine et la confusion à son comble, quand les éminences grises qui gravitent autour de Mahmoud Ahmadinejad ont cru bon de désamorcer la polémique en usant d’un grossier subterfuge. Les conseillers du président n’ont rien trouvé de mieux que de laisser entendre que la photo de l’étreinte très inconvenante était un photomontage, brandissant un autre cliché sur lequel figurait un homme âgé, présenté comme l’oncle d’Hugo Chavez, afin de réhabiliter le chef d'Etat dans la tourmente.

C’était sans compter l’œil de lynx de la BBC qui a immédiatement repéré le leurre, identifiant Mohamed ElBaradei, l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et figure de l’opposition égyptienne, sur la fameuse prise de vue certifiée conforme à la réalité par les zélés lieutenants de Mahmoud Ahmadinejad.

La ruse pro-gouvernementale n’aura opéré qu’un temps, et après avoir réalisé qu’ils avaient été dupés, les sites anti-Ahmadinejad ont, à leur tour, riposté par un photomontage, substituant à Madame Chavez mère, l’une des filles de feu le président vénézuélien. 

Tel est pris qui croyait prendre, telle pourrait être la moralité de cette incroyable affaire d’Etat iranienne, riche en anathèmes et en stratagèmes, qui a fait couler beaucoup d’encre aussi à l’extérieur de ses frontières, dans les médias saoudiens notamment. De là à penser, que l’Arabie saoudite la monte en épingle, sur fond d’un contentieux géo-politique avec l’Iran, pour exacerber des tensions entre sunnites et chiites, il n’y a qu’une simple déduction à faire, dénuée de malice, mais frappée au coin du bon sens...

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