Les « salafistes » sont-ils derrière le meurtre de Chokri Belaïd ?

Qui a tué Chokri Belaïd ? Depuis ce mercredi funeste du 6 février, la question qui hante les esprits et soulève moult points d’interrogation en Tunisie, ne tient qu’en quelques mots énigmatiques, propices aux soupçons et à toutes les conjectures.

Les « salafistes » sont-ils derrière le meurtre de Chokri Belaïd ?

Qui a tué Chokri Belaïd ? Depuis ce mercredi funeste du 6 février, la question qui hante les esprits et soulève moult points d’interrogation en Tunisie, ne tient qu’en quelques mots énigmatiques, propices aux soupçons et à toutes les conjectures.

Au-delà de la détonation de l’arme qui l’a réduit à jamais au silence et du choc émotionnel que sa mort violente a suscité, le meurtre commandité, mais par qui, de Chokri Belaïd a produit une déflagration politique d’une force inouïe en Tunisie, dont les puissantes vibrations continuent d’ébranler le sommet de l’Etat et de fragiliser la transition démocratique.

Ce ne sont pas les retards pris dans l’enquête qui sont de nature à apaiser les tensions à leur paroxysme, ni même l’identification de la main criminelle, désespérément imprenable, qui aurait appuyé sur la détente, d’autant plus que le poids de la suspicion alourdit le climat national, et que des règlements de comptes se font jour.

L’interpellation de quatre complices présumés, tous tunisiens et appartenant à la "mouvance salafiste", selon les dires d’Ali Laarayedh, l’ex-ministre de l’Intérieur fraîchement promu Premier ministre, crée un vif ressentiment parmi les salafistes, sans pour autant dissiper les doutes de l’opinion publique, car l’arme reste introuvable, et les commanditaires inconnus. Quant au mobile, le discours officiel fait planer le mystère, alors que nombreux sont ceux qui crient à la parole assassinée…

"Le tueur a été identifié et il est pourchassé", a déclaré en conférence de presse Ali Larayedh, successeur de Hamadi Jebali, ce dernier ayant démissionné après avoir échoué à remanier son gouvernement et à infléchir le veto de son parti.

Dans la ligne de mire de nombreux opposants et observateurs, Ennahda est accusé de tous les maux, se voyant reprocher vertement son laxisme, voire sa complaisance envers la frange salafiste, quand il n’est pas directement incriminé dans l’assassinat de Chokri Belaïd.

La mouvance « salafiste djihadiste » est, elle aussi, plus que jamais pointée du doigt pour ses coups d’éclat dévastateurs. Parmi la liste de suspects potentiels, la Ligue de la protection de la révolution (LPR) du Kram, réputée pro-islamiste et adepte des démonstrations de force violentes, cristallise les plus vives critiques. Le tueur supposé serait un membre actif de ce mouvement, dont les militants sont fortement soupçonnés d’avoir lynché à mort un représentant du parti d’opposition à Tatouine à l’automne 2012, et d’être les auteurs de l’attaque qui a visé le siège du syndicat UGTT en décembre.

C’est dans ce contexte troublé, riche en zones d’ombre, où chaque partie sur la sellette se renvoie la balle, botte en touche ou encore se dédouane de toute responsabilité, que Ali Moujahed, le leader du parti salafiste Al Assala, a battu en brèche les allégations de son nouveau chef de gouvernement, Ali Laarayedh, niant fermement être lié de près ou de loin au meurtre de Chokri Belaïd. Et pour étayer ses propos, il a menacé de poursuivre en justice quiconque osera porter de telles accusations à son encontre, sans preuves irréfutables à l’appui.

Du côté de la famille de Chokri Belaïd, la défiance à l’égard du pouvoir en place ne s’est pas émoussée, le frère du défunt, Abdelmajid Belaïd, déclarant au micro de Mosaïque FM que la reconstitution de la scène du crime ne peut être que sujette à caution en l’absence de l’assassin. Le coup de filet réussi par la police est loin de le convaincre et de le rasséréner, puisqu’il remet clairement en cause ces interpellations, tout en soulignant que son frère lui avait confié qu’il était surveillé et qu’il avait le redoutable honneur d’être l’homme à abattre n°1 sur une liste noire de personnalités à éliminer.

Pour corser une affaire aux ramifications insoupçonnées, Abdelmajid Belaïd n’a pas craint de jeter un gros pavé dans la mare en prétendant que le président de la Troïka au pouvoir, Moncef Marzouki, connaissait l’identité du tueur, mais n’abattrait cette carte maîtresse que le moment opportun pour faire pression sur Ennahda.

Pendant ce temps-là, et alors que la composition d’un nouveau gouvernement est en gestation sous la houlette de celui qui devra incarner le Premier ministre de la réconciliation nationale, les commanditaires de l’assassinat de Chokri Belaïd courent toujours. Seront-ils jamais confondus au grand jour et la légitime exigence de vérité des Tunisiens pleinement satisfaite ?

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