Mercredi 27 August 2014
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"L'angoisse des islamistes est de perdre leur singularité dans le champ politico-religieux"

"L'angoisse des islamistes est de perdre leur singularité dans le champ politico-religieux"
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Seconde partie de l'entretien avec Haoues Seniguer, spécialiste de l'islamisme, docteur en science politique, chercheur associé au GREMMO et enseignant de science politique à l'IEP de Lyon.

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Certains "experts" du monde arabe  comparent les islamistes aux démocrates chrétiens européens. Vous êtes en  désaccord  avec cette comparaison et soulignez que les islamistes n'évoluent vers la démocratie que sous la contrainte.

C'est un rapprochement hasardeux qui traduit soit une espèce de mauvaise foi, soit une méconnaissance crasse de l'idéologie de l'islam politique, ou, il peut s'agir, dans le cas des islamistes légalistes, d'une tentative d'auto-légitimation auprès des États, des acteurs de la rive nord ou sud de la Méditerranée, notamment des laïques et des libéraux, pour normaliser leur présence dans le champ politique et/ou dans le champ du pouvoir.

Ils souhaitent, par là même, obtenir un brevet de respectabilité, oubliant de rappeler que les démocrates chrétiens ne se considèrent plus comme les figures tutélaires du christianisme et qu'ils ne cherchent plus à imposer, au sein de la société, l'observance à marche forcée de la norme religieuse!

Il est vrai, enfin, que les islamistes ont de profondes tendances hégémoniques, qu'ils ne réfrènent que sous la contrainte (Constitution et lois positives contraignantes) et l'opposition résolue des forces politiques ou de la société civile. On le voit ces derniers jours en Tunisie..

Comment le christianisme politique a-t-il opéré sa  conversion à la démocratie? 
 
Plusieurs éléments, politiques et philosophiques, qui permettent de nuancer rigoureusement la comparaison avec la posture actuelle des islamistes légalistes, ont permis cette conversion des chrétiens politisés à la démocratie, au milieu du XIXème siècle essentiellement. Cette conversion ne fut pas spontanée, de loin s'en faut, mais s'est opérée dans la controverse, le débat contradictoire et la contrainte institutionnelle. 

Avant d'aller plus avant dans l'explication, il est indispensable de marteler que l'expression "Démocratie chrétienne", européenne singulièrement,  recouvre des "références religieuses et philosophiques, de l'histoire, des électorats" (Cf. Jean-Dominique Durand, L'Europe de la démocratie chrétienne, Bruxelles, Éditions Complexe, 1995, p. 12) différents. 

Si les démocrates chrétiens ont pu émerger, en France notamment, par le ralliement, entre autres, des catholiques à la République, c'est notamment au moyen de la laïcité qui les a en quelque sorte contraints ou forcés à rompre avec un "intransigeantisme" (le pouvoir comme bras séculier de l'Église). C'est la sécularisation et le pluralisme des sociétés européennes ou occidentales qui ont également permis ce ralliement. Il est indéniable aussi que toute une littérature, tout un appareil philosophique profondément fécond a pu préparer et accompagner une telle conversion: "Les Évangiles, les Pères et les Docteurs de l'Église, le magistère pontifical, les penseurs et politiques catholiques du XIXème siècle, des philosophes du XXème siècle comme Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri Bergson (...)" (Cf. op. cit., p. 111), etc.

À l'heure où les islamistes continuent d'être obsédés par les moyens légaux d'imposer des normes collectives tirées d'une lecture de l'islam, les hommes politiques d'inspiration ou de confession chrétienne cherchent à faire de la foi une "source intérieure de l'action", suivant une éthique de responsabilité et "une éthique politique selon laquelle la mutation démocratique des sociétés serait le principe d'un progrès qui mettrait la vie publique en accord avec l'éthique chrétienne de liberté, de justice, de fraternité". 

La chercheuse Sophie Bessis écrivait dans Libération  "qu'il peut y avoir, dans les partis islamistes, des personnes modérées qui acceptent un certain nombre de règles démocratiques, mais il n’y a pas de parti islamiste idéologiquement modéré". Pourtant c'est nier que le ministre marocaine des Affaires étrangères cadre du PJD par ailleurs (parti islamiste )  parle d'une distinction entre le religieux et le politique?

Il est vrai que - et c'est une prudence méthodologique importante que Sophie Bessis rappelle implicitement et fort justement du reste-, tout parti ou groupe social, de façon générale, est traversé par des contradictions, et n'est donc pas, par voie de conséquence, tout à fait homogène au plan des représentations du monde ou de l'ordre social (politique, économique, culturel, etc). C'est ce qui explique, par exemple, que des élus de Ennahda, à l'instar de Hamadi Jebali, s'opposent à la ligne dure incarnée par Rached Ghannouchi.

Ainsi, tous les acteurs sociaux, y compris islamistes, ne se ressemblent pas. Cependant, et de nouveau, l'historienne vise juste, les partis islamistes, en règle générale, n'ont pas véritablement fait le deuil définitif de l'État islamique, de la sharî'a et du Califat, malgré les contorsions sémantiques malaisées tentées ici ou là, sans tromper grand monde d'ailleurs.

C'est pourquoi, d'une part, ils suscitent constamment la suspicion de la part des non islamistes, et d'autre part, s'accordent aussi souvent avec les salafistes pour oeuvrer à renforcer leur présence dans le champ social en cherchant à y imposer la norme religieuse au plus grand nombre. Ils continuent de croire fermement qu'ils sont les seuls dépositaires de l'islam et la seule alternative politique et civilisationnelle crédible en contexte majoritairement musulman, rendant, du même coup, la cohabitation avec les laïques, y compris musulmans convaincus, aussi invivable qu'impossible!

Si les islamistes acceptent la distinction du politique et du religieux, ne vont-ils  pas perdre leur identité politico-religieuse et donc leur singularité?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, de prime abord, des islamistes, encore minoritaires au sein de leurs partis respectifs, évoquent, en effet, la possibilité d'introduire une distinction entre politique et religion, sous le vocable arabe "al-tamiyyîz". C'est le cas par exemple du ministre des Affaires étrangères marocain, Saadeddine Al-Othmani (psychiatre et théologien), par ailleurs cadre du Parti de la Justice et du Développement.

Pour ce dernier, l'acteur social qui agit au nom de sa référence religieuse doit faire preuve d'imagination et de rationalité pour tout ce qui concerne les affaires du monde (al-mu'amalât), à chaque fois que se manifestent "les silences" de la religion sur telle ou telle question sociale. Du reste, S. Al-Othmani admet à mots à peine couverts qu'il n'est pas défavorable à une certaine laïcité dès lors que celle-ci signifierait une approche "rationnelle" ou "pragmatique" des affaires publiques. En outre, on entend également de plus en plus parler, aussi bien en Égypte qu'en Tunisie ou ailleurs dans le monde musulman, dans les rangs islamistes en particulier, d'"État civil" (al-dawla al-madaniyya).

Là aussi, ceci dénote une acceptation refoulée de la "supériorité" juridique ou "culturelle" de la laïcité, sans, bien entendu, aller jusqu'au bout du raisonnement qui nécessiterait d'admettre le caractère inéluctable d'une solution laïque endogène, où les valeurs religieuses, culturelles seraient garanties,  mais où le politique n'interférerait plus avec la conscience privée.

En fait, l'angoisse des islamistes est de perdre leur singularité dans le champ politico-religieux en ralliant une conception laïque qu'ils refusent absolument depuis leur émergence au début des années 1970 et qui les priverait, fatalement, de leur traditionnel levier de légitimation qu'est l'islam. Mohamed Arkoun, Nasr Abû Zayd et bien d'autres penseurs musulmans avaient raison bien avant les autres, et surtout raison sur les islamistes, lesquels s'intéressent davantage à la lettre du texte plutôt que sur l'esprit.

En Tunisie, Ennahda  semble avoir plus d'élus femmes  dans son parti que certains partis politiques européens. Est-ce la marque d'un progressisme?

Oui, peut-être, mais ça ne prouve rien au plan idéologique. L'idéologie, si vous me permettez l'expression, est asexuée; elle ignore le sexe. Une femme peut être tout aussi conservatrice qu'un homme, et à cheval sur les fondamentaux idéologiques. Cela dit, il est vrai aussi que dans une société telle que la Tunisie, cela ne doit pas étonné outre mesure compte tenu de l'autonomie avérée et historique de la femme et sa présence active dans l'espace social depuis des décennies.

En parlant d'Ennahda , quel est le modèle politique de Ghanouchi?

Quand on prend la peine de décortiquer une idéologie ou une pensée politique, quelle qu'elle soit, il est indispensable de se référer à des textes, des entretiens ou à des discours, auxquels l'observateur se doit de renvoyer, pour étayer ou discuter, contradictoirement, l'objet de son analyse et son interprétation.

Ainsi, me suis-je plongé, à dessein, dans l'ouvrage de Rached Al-Ghannouchi, paru pour la première fois en 1993 à Beyrouth, et intitulé: Les libertés publiques dans l'État islamique. En résumé, l'auteur signifie clairement, sans l'ombre d'un doute, que la "Oumma est la source de la législation" (p. 119) certes, même si, aussitôt, précise-t-il, que "la législation originelle en islam est la volonté de Dieu", comme il apparaît dans "la révélation, le Livre (le Coran) et la Sunna".

Autrement dit, il y a une prééminence radicale de la "souveraineté de Dieu" (al-hâkimiyya) sur la souveraineté populaire, par définition inexistante en la circonstance, et que les théologiens, ceux qui ont la capacité de "lier et de délier" (ahl al-hall wa al-'aqd) doivent entériner ou rejeter, en vertu de leur statut, les décisions ou les options de "la communauté des croyants" et des gouvernants, en fonction de la conformité ou non à  la compréhension (de ces théologiens) des textes classiques de l'islam (Coran et Sunna) et du fiqh.

Ainsi, sans postuler que la pensée de Ghannouchi est définitivement figé, en principe, toutefois, s'il avait réellement renoncé ou pris des distances avec de tels écrits, il l'aurait déclaré de lui-même; ce qui n'est pas encore le cas, me semble-t-il. Tout le monde sait que les paroles s'en vont et les écrits restent...

Pensez-vous comme Olivier Roy que nous vivons une révolution post-islamiste?

Le concept de "post-islamisme" mériterait à lui seul tout un développement. J'ai eu l'occasion de le discuter dans un article des Cahiers d'Études Africaines auquel je renvoie les lecteurs intéressés ; il est intitulé "Les catégories dénominatives de l'islam à l'épreuve d'un objet "mutant": le cas du Parti de la Justice et du Développement marocain"; il a paru dans le numéro 206-207 en 2012 de cette revue d'anthropologie et d'éthnologie. 

Très clairement, les révoltes sociales du monde arabe ou révolutions avaient des mots d'ordre profanes (justice, liberté, dignité, etc.), et les acteurs de l'islam politique ont très souvent pris le train en marche, en raison, quelques années à peine avant le déclenchement de ces mouvement sociaux, de "transactions collusives" avec les régimes de Ben Ali et de Moubarak, desquels ils s'étaient beaucoup rapprochés. 

En outre, je crois qu'il importe de distinguer trois plans: d'abord, l'islamisme, en tant que force électorale, continue incontestablement de mobiliser un électorat hétéroclite ; ensuite, au plan des représentations collectives que les islamistes ont su exploiter et alimenter à plein, grâce notamment à l'État, qui, y compris sous Ben Ali ou Moubarak, a largement fait le jeu d'un islam rigoriste ou normatif, ils ont pu ce faisant renforcer leur position dans le champ socio-politique. Néanmoins, du point de vue idéologique, leurs idéaux de départ ("État islamique", "solution islamique", "Califat", etc.) sont tous contrariés par la dure réalité. Aussi, ils ne parviennent pas, en cela, à proposer autre chose qu'un néo-libéralisme teinté d'un discours moralisateur, et la pureté des moeurs, provoquant la gronde sociale et, à terme, leur discrédit. 

De mon point de vue, il faudrait donc éviter l'expression "post-islamiste ou post-islamisme", parce qu'elle donne l'impression qu'on en aurait définitivement terminé avec l'islamisme et les islamistes! Mais, comme vous le savez, nous ne sommes certainement pas à la fin de l'Histoire. Chacun peut en convenir.

Propos recueillis par la rédaction

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Commentaires

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cedric
34 points

Encore un qui parle en se basant uniquement sur l'Afrique nord. On oublie un peu trop souvent la Turquie et l'Indonésie quand on évoque islamisme et démocratie ensemble, alors que pourtant là y a du recul. Au lieu de se baser sur des terrains instables post-révolutions.

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Liliane Bénard
-309 points

Cette seconde partie de l'entretien avec Seniguer rappelle que des islamistes semblent "hégémoniques", c'est à dire dominateurs et sans partage...le pouvoir qu'ils recherchent est du type maître-esclave bien plus qu'au service d'une société égalitaire.

La qualité du pouvoir est en question. L'histoire montre bien que le ralliement des religieux chrétiens à la république a été facilité par la laïcité qui distingue le pouvoir politique et religieux.

La question sur le PJD marocain est intéressante car il s'agit d'un parti islamiste qui ne confond pas le politique et le religieux. Le roi du Maroc est une instance religieuse, des politiciens voudraient pourtant se libérer de la monarchie, un régime politique contestable.

Les termes d'Etat islamique, de sharî´a et de califat restent certes à définir. Ces définitions divergent entre les membres d'un même parti. Ils s'accordent cependant sur l'expression : al-dawla al-madaniyya ( état civil), accessible à tous les citoyens raisonnables.

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Easy
-81 points

Il ne y'a pas de contradiction entre l'islam et la démocratie et bcp d'islamistes le savent trés bien, la démocratie est supposé être un mécanisme permettant aux peuples de s'auto-gouverner, or l'islam n'a jamais été contre, n'a jamais obligé un non-musulman de devenir musulman, au contraire, la foi de l'imitateur ou de celui qui a été contraint n'est pas accepté, l'islam a donné la liberté aux esclaves de plusieurs facons et a permis à l'homme de choisir son chemin en toute liberté et puisque les populations arabes sont à majorité musulmane , c'est normal donc qu'elles choisissent des islamistes pour les gouverner, mais il faut donner le temps suffisant à ces derniers pour travailler et arrêter les préjugés, ceci d'une part, d'autre part l'auteur pense qu'il y'a des problèmes dont les solutions ne se trouvent ni dans le coran ni dans la sunna selon des temoignages qu'il aurait pu recueillir, peut t-il nous en citer quelques exemples pour en discuter et débattre en paix et tanquilité.

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Liliane Bénard
-309 points

Le fait qu'il y ait un grand nombre de femmes dans les partis islamistes ne modifie pas la donne. Cela prouve une belle participation féminine à la réflexion politique sans garantie idéologique bien sûr...

Ghannouchi hiérarchise Dieu et les croyants. Cela ne veut pas dire que certains croyants peuvent se prendre pour Dieu !

De nombreux musulmans font cette distinction et refusent de confondre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Ce dernier exprime la raison humaine, une faculté reconnue et mise en œuvre par le Coran. L'islam n'a pas à craindre de perdre son originalité, réfléchissant sur les pouvoirs et leur division, garantie de la liberté pour tous.

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Sarah
-30 points

Merci Cédric pour votre remarque très pertinente.

"Une femme peut être tout aussi conservatrice qu'un homme, et à cheval sur les fondamentaux idéologiques."

Oui et alors??
Où est le problème avec le conservatisme?
On a le droit d'être conservateur,ce n'est pas une tare à ce que je sache.
Après , tout dépend sur quels points on est conservateur.

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Sarah
-30 points

Je viens de me rendre compte pourquoi j'éprouvais un certain malaise en lisant les articles de Mr.Seniguer:il pose comme préalable que le modèle occidental de laicité(en l'occurrence son exemple est surtout français)est le modèle indépassable que le reste du monde doit adopter.
En quelque sorte il valide la théorie de la fin de l'histoire de Fukuyama,alors que ce dernier a revu sa thèse depuis et admet maintenant que le modèle occidental de démocratie et de laicité est en crise.
Ce qui est drôle c'est qu'au moment même où le modèle "occidental" de démocratie et de laicité est questionné par les plus grands intellectuels européens et américains(Fukuyama,Habermas,Brzezinski,Gauchet,Badiou,Manent),certains intellectuels et acteurs de la vie politique arabe ne cessent de présenter ce modèle comme indépassable,comme la fin de l'histoire.

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Hanafy
41 points

M. Seniguer, vous gagneriez en crédibilité si vous laissiez un peu ces nouvelles démocraties prendre leur envol.
Soyez un peu plus tolérant avec ceux qui ont été désigné par leur citoyens.

Ce n'est pas en martelant, articles après articles, que le modèle de société islamiste est dépassé et obsolète (ou inadapté) que vous allez convaincre. Vous reprochez un certain dogmatisme chez les FM sans même vous apercevoir que vous faite l'éloge de votre propre dogmatisme : la sécularisation.

Pourtant, marteler qu'il faut "séparer le religieux du politique" est une fausse solution à un faux problème à l'endroit des sociétés majoritairement musulmane. Et ce, pour des raisons historique évidente.
Le modèle de sécularisation occidentale n'est pas forcément un exemple adequat pour des millions d'individus. Ayez au moins l'humilité d'accepter cet état de fait.

p.s : merci Sarah pour les références.

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Liliane Bénard
-309 points

Foulan,
Séparer le religieux du politique y compris dans une société majoritairement musulmane ne veut pas dire que la politique ne respecte pas la religion mais lorsque nous voyons que les courants religieux s'opposent, la gestion de l'Etat n'est-elle pas urgente ?

Cette gestion fait appel à la faculté de calcul, la raison, dont dispose tout homme qu'il soit ou non pratiquant.
La gestion du budget de l'Etat demande des spécialistes par delà les querelles théologiques.

D'accord avec Sarah, chacun a le droit d'être conservateur et de conserver ce qui en vaut la peine. Il convient aussi de changer lorsque le peuple demande que soient résolus des problèmes économiques concrets sans grand rapport avec l'opposition laïcs et islamistes...

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elham
558 points

où est le problème si les islamistes prônent le retour aux valeurs morales et éthiques tout en dressent un barrage face à la décadence envahissante de l'occident?

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Hanafy
41 points

Liliane,

La gestion d'un budget d'Etat demande des spécialistes, cela va de soi. Un théologien n'aura jamais la prétention de revêtir le costume d'economiste (enfin j'ose espérer). Le théologien rappèlera seulement à l'économiste que les transactions financières basées sur des taux d'intérêt sont interdites par Dieu et Sa législation.

Et pour les "spécialistes" qui ont créer de la dette : wait and see.
Je serais curieux de lire les analyses du docteur en science po après la crise systémique auquel ces braves "spécialistes" ont mené les États.

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Yannick Laude
-1127 points

@Elham

Le problème c'est que les "valeurs morales et ethiques" dont vous vous parez ne sont pas partagés par tout le monde, y compris dans les pays arabo-musulmans comme le démontre chaque jour l'opposition populaire aux Frères Musulmans en Egypte et à Ennahda en Tunisie. L'avantage de notre modèle démocratique sécularisé "décadent" c'est qu'un site comme Oumma existe, que vous pouvez vous y exprimer librement, alors que la France est un un pays laïc, de souche chrétienne, et dont la population est majoritairement méfiante à l'encontre de l'Islam. On aimerait être certain que Ghannouchi, Morsi et consorts ont les mêmes vues libérales. L'Oumma n'existe pas. Il existe des peuples divers de confession musulmane, eux mêmes subdivisés en individus qui chacun doit être libre de croire et de pratiquer à sa guise. C'est ce qu'on appelle l'universalité des droits de l'homme. Et de la femme.

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Sarah
-30 points

@ Yannick Laude:

Il ne faut pas confondre des valeurs universelles comme la justice,l'égalité,le choix libre de ses représentants par le peuple,avec un "modèle" spécifique de régime politique qui correspond forcément à une histoire particulière,propre à chaque peuple.

Ensuite,concernant les régimes actuels en Tunisie et en Egypte,ils ont été élus par leurs peuples dans un scrutin libre et transparent,sous contrôle d'organisations internationales indépendantes.On peut tout à fait critiquer ces nouveaux pouvoirs:leur choix économique,leur politique étrangère,leur politique intérieure,etc. Mais on peut pas comme Une partie de l'opposition tente de le faire,refaire ces élections dans la rue,ou appeler à l'insurrection ou coup d'état militaire contre un gouvernement démocratiquement élu.
Cela ne s'appelle pas la démocratie.
J'ajoute que la construction d'un régime démocratique et stable prend du temps,que tous ceux qui tentent de le saboter fontle jeu des partisans de l'ancien régime

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elham
558 points

@ Yannick Laude?

les valeurs morales et éthique que les islamistes au pouvoir veulent rétablir sont un héritage ancestral de la civilisation arabo-musulamne, altéré périodiquement notamment par la colonisation occidentale depuis le 19ème siècle.

l'occident a apporté certes ses lumières comme la démocratie, la révolution industrielle... mais aussi ses ténèbres comme la colonisation, l'asservissement, la débauche, son soutien indéfectibles aux dictatures arabes au détriment du renouveau islamique.

à ma connaissance, les frères musulmans en egypte et en tunisie, ont conquis le pouvoir via les urnes, c'est plutôt une bonne chose. Pourquoi s'en inquiéter ? puisque c'est la volonté du peuple, chère à l'occident.
ce qui se passe en egypte et dans une moindre mesure en tunisie sont tentatives désespérées de l'ancien régime pour un come-back.

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Yannick Laude
-1127 points

@ Elham

Inutile de mettre un point d'interrogation derrière mon nom, il vous suffit de googleliser pour savoir qui je suis. Qui conteste l'héritage ancestral de la civilisation arabo-musulmane? Sûrement pas moi, qui ai pu en admirer certaines merveilles au cours de mes voyages. Mais c'est un peu fort de café d'accuser la colonisation d'avoir freiné un quelconque élan civilisationnel. La captation culturelle de l'Islam par l'Empire Ottoman dans le monde arabe a largement précédé la colonisation européenne. Au demeurant, l'Arabie Saoudite, berceau de l'Islam, n'a pas été colonisée et je ne pense pas que l'on puisse considérer ce pays comme un modèle de civilisation. Quant aux victoires électorales des islamistes, je ne les conteste pas. Je dis simplement que la démocratie ne se limite pas à voter mais à instaurer un Etat de droit permettant l'alternance politique et le respect des droits de l'opposition.

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Hassan
-1 points

Cet article me donne l'impression que HS (désolé mais ce sont ses initiales!) est en train d'observer un groupe de singes soumis à une expérience scientifique, et sa rigueur lui en est témoin, si bien que la question qu'il pose au fond est de se demander lequel d'entre eux se rapproche le plus d'homo sapiens. Ce fut ma première impression. Mais après relecture, HS adopte en fait un raisonnement nettement plus nuancé; sa démarche ressemble en fait à celle d'un historien analysant l'évolution , lente, d'un système de pensée, "si tant est que ces gens pensent" , inéluctablement selon lui vers la lumière ,la démocratie, d'une civilisation passée...
Ce qui m'exaspére ce n'est pas qu' il prétende que ce soit là la seule et unique voie qu'il faille prendre, mais c'est cette manière d'administrer la vérité "comme s'il en possédait le monopole" pour reprendre une expression de Paul Nwyia. Vous êtes-vous demandé Monsieur Seniguer ce que tous ces islamistes penseraient de votre argumentation?

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Drantas
22 points

Toujours aussi excellent Haoues Seniguer. Vous êtes percutant dans votre appréhension de la mouvance des Frères musulmans, mouvement en déperdition, qui est entrain de démontrer combien les Frères musulmans sont totalement incompétents et obsédés par le pouvoir.