Mardi 21 October 2014
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Les sunnites de France, la conformité sans uniformité

Les sunnites de France, la conformité sans uniformité
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Être sunnite aujourd’hui, entre conformisme et réformisme (2/2)

Être sunnite aujourd’hui en France, en dehors du cadre des islams consulaires et sans non plus verser dans des expressions tout aussi connotées que marginales (soufisme, salafisme, jihadisme), impose un aller-retour incessant entre les textes religieux et le contexte politique.

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Être sunnite aujourd’hui en France, en dehors du cadre des islams consulaires et sans non plus verser dans des expressions tout aussi connotées que marginales (soufisme, salafisme, jihadisme), impose un aller-retour incessant entre les textes religieux et le contexte politique. C’est précisément à ce travail que s’attèlent depuis plusieurs années Tariq Ramadan et Tareq Oubrou.

L’officialisation de l’islam ?

Le sunnisme se présente alors comme une doctrine systématique de compromis soucieuse de rechercher avant tout, entre les positions extrêmes qui s’affrontent, une position du juste milieu (al-wasîtiya). Elle est traduite on ne peut plus clairement dans les principes des Frères Musulmans, l’organisation fondée en Égypte par Hasan al-Bannâ’. Ailleurs aussi, des organisations, comme au Maroc, en Arabie Saoudite, en Angleterre ou même en France, s’accommoderont du contexte politique qui leur octroie la liberté d’agir au sein de la société civile en échange de soutenir, par l’absence ou l’atténuation de critique, le pouvoir en place avec lequel elles peuvent accessoirement travailler. La quête de reconnaissance est la principale motivation du pouvoir en place comme de l’organisation religieuse, dans le pragmatisme de leur collaboration.

L’islam officiel des anciennes colonies françaises est à cet égard bien représentatif du conformisme sunnite. Les associations ou fédérations de musulmans constituées autour d’une identité nationale (Maroc, Algérie, Turquie) exigent de leurs fidèles, outre de pondérer toute critique politique ou sociale de ces États, de ne jamais remettre en doute leur autorité et légitimité religieuses. Que l’UOIF n’ait aucune affiliation identitaire avec un État étranger, cela contribue à expliquer qu’elle promeut le plus clairement un islam français, contrairement à d’autres organisations qui s’appuient sur l’islam algérien, marocain ou turc. L’expression d’« islam officiel » cherche ainsi à pointer du doigt ce conformisme pour lequel les nouvelles générations musulmanes de France témoignent de plus en plus d’indifférence comme l’illustre déjà la moyenne d’âge des responsables de ces organisations.

Si l’officialisation d’organisations musulmanes est une reconnaissance de l’autorité religieuse par le pouvoir politique, elle implique surtout la reconnaissance du pouvoir politique par l’autorité religieuse. Dans le contexte de société sécularisée et dans le cadre d’un système politique laïque, le premier des échanges est secondaire car l’enjeu principal porte sur l’obligation faite aux institutions religieuses de se cantonner à la dimension cultuelle de leur vocation. Cette « hypocrisie structurale » dont par le Raphaël Liogier, impensée pour être efficace, stigmatise ou écarte de l’espace public les organisations musulmanes n’acceptant pas de s’y plier, soit parce qu’elles récusent idéologiquement le principe de laïcité (juridisme, traditionalisme mystique ou piétiste), soit parce qu’elles refusent qu’il serve d’instrument autoritaire à une ingérence ou un interventionnisme politique (réformisme légaliste).

Le réformisme sunnite en France, une question politique ?

Si le sunnisme est l’islam, l’islam n’est pas que le sunnisme. Et si le conformisme caractérise le sunnisme, les sunnites ne sont pas tous conformistes. Le rôle donnée à la « Loi islamique » (sharî‘a) illustre cette ambivalence. C’est à l’intérieur des communautés musulmanes des sociétés occidentales, que deux propositions s’opposent, quant à la place et au rôle de ladite sharî‘a dans nos sociétés. Celle d’une « dar ash-shahada » dont le promoteur est le philosophe Tariq Ramadan qui défend une citoyenneté majoritaire, allant jusqu’à proposer aux non-musulmans de participer à l’ijtihâd, faisant de la sharî‘a, une « éthique appliquée » ; et celle d’une « charî‘a de minorité » que préfère le théologien autodidacte Tareq Oubrou qui s’accommodera, en situation minoritaire, du bannissement du droit pour ne retenir de la sharî‘a que la morale et le culte.

Le « fiqh des minorités » est pourtant vivement controversé du fait même de l’universalité revendiquée des principes (usûl) qui ont façonné le fiqh. Que penser donc de la proposition d’une « charî‘a de minorité » alors même que ce qui distingue juridiquement le fiqh (droit) de la sharî‘a (loi) est le fait que le premier est l’application détaillée et circonstanciée des principes généraux et immuables qu’énonce la seconde… Si Tariq Ramadan se refuse, en toute cohérence, de jouer le rôle d’une autorité religieuse, en se contentant d’être un intellectuel musulman intervenant dans la société sans les injonctions qu’obligerait une appartenance communautaire, Tareq Oubrou se présente volontiers, au contraire, comme exerçant la « profession d’imam ». Il assume ainsi, en toute cohérence aussi, le rôle d’autorité religieuse et de médiateur entre la communauté et la société.

Leurs divergences sont d’autant plus éclairantes qu’ils tirent tous deux leur légitimité islamique en se réclamant du réformisme sunnite, entre traditionalisme et modernisme. Mais la question de leur statut au sein de la communauté religieuse est, ici, moins intéressante que celle de leur rôle dans la société civile, et donc de leur rôle politique.

Transformer ou se conformer à l’ordre socioculturel ?

Par-delà ces deux personnalités qui seraient bien avisées de confronter l’évolution de leurs pensées respectives en renouvelant un débat public, on retrouve cette tension chez la nouvelle génération d’acteurs musulmans de France. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre l’échange plutôt vif à l’occasion d’un débat sur Beur FM autour du « patriotisme musulman », entre Marwan Muhammad, Camel Bechikh et Farid Abdelkrim, par ailleurs coréalisateur d’un documentaire panégyrique consacré à Tareq Oubrou. On pourra aussi entendre les critiques acerbes de Salim Laïbi à l’encontre de Tariq Ramadan. On se souvient, du reste, des postures défendues sur Oumma.com, à l’occasion des dernières élections présidentielles, par Albert Ali, Nabil Ennasri, Yamin Makhri et Fouad Bahri. On pourra également noter, sur Oumma TV, les réactions d’Abdelaziz Chaambi aux appels contradictoires à l’in/visibilité des musulmans de France.

Si l’on s’en tient uniquement aux conditions politiques actuelles, on serait tenté, il est vrai, de réduire ces oppositions à celle qui distinguerait un islamo-gauchisme-mondialiste d’un islamo-droitisme-antimondialiste. Mais cela serait simplifier les choses à outrance que de faire fi des ingrédients religieux qui, au fond, n’ont jamais pu permettre une uniformité (politique) du sunnisme, depuis son affirmation historique (morcellisation progressive du Califat) à l’illustration contemporaine qu’en donnent les propositions différentes de nos deux leaders d’opinion musulmans. Pendant que l’un appelle les musulmans de France à la discrétion et à l’adaptation et se voit promu Chevalier de la Légion d'Honneur, l’autre les invite à la contribution et à la transformation de nos sociétés et se voit soumis à une relative censure des responsables politiques français.

On le voit bien, être sunnite aujourd’hui en France, en dehors du cadre des islams consulaires et sans non plus verser dans des expressions tout aussi connotées que marginales (soufisme, salafisme, jihadisme), impose un aller-retour incessant entre les textes religieux et le contexte politique. C’est précisément à ce travail que s’attèlent depuis plusieurs années Tariq Ramadan et Tareq Oubrou. Bien malin celui qui dira lequel de ces deux sunnites, de l’imam bordelais bien hexagonale ou du philosophe suisse d’Oxford, Kyoto, Bruxelles et Doha, est le plus (anti)conformiste…

 

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Commentaires

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nanny
27 points

Monsieur Rachid Id Yassine, il n'y a pas photo: la réponse se trouve dans votre question, le sunnite qui se fera entendre par la majorité ne sera pas celui qui se recroquevillera sur son hexagone mais bien celui qui s'ouvrira sur le reste du monde.

Monsieur Tariq Oubrou va collectionner les colifichets de la République reconnaissante et Tariq Ramadan pourra compter sur la reconnaissance de tous les peuples musulmans divers et néanmoins fraternels comme le voulait notre prophète (Sws.

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Pancole
-4221 points

Mahi Zohra, vous avez raison en effet, tant que les musulmans de France, et au delà en Occident, ne se départiront pas dans l'exercice de leur religion du cadre "des associations ou fédérations de musulmans constituées autour d’une identité nationale (Maroc, Algérie, Turquie) qui exigent de leurs fidèles, outre de pondérer toute critique politique ou sociale de ces États, de ne jamais remettre en doute leur autorité et légitimité religieuses" (et de cela vous êtes un parfait exemple), les musulmans sunnites n'ont aucune chance d'accéder à une union qui transcenderait leurs différences.
C'est pourtant dans le cadre d'une adhésion claire aux règles de la laïcité à la Française qu'ils auront quelque chance de dépasser les clivages culturels et nationalistes qui les asphyxient.

Le refus d'adhérer sans réserve à la communauté d'accueil n'est donc pas une ouverture au monde, mais une simple entropie nationaliste qui enferme le sujet dans ce qu'il a de plus grégaire et d'étriqué.

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Pancole
-4221 points

Madame Zohra, quand vous dites que les musulmans n'ont pas de clergé, vous vous moquez de qui?

Votre rattachement à l'idéologie des frères musulmans et à leurs porte-paroles est on ne peut plus claire et n'échappe qu'à vous? Leurs fatwas font référence et leurs "savants, servent de phares pour la pensée de ceux qui acceptent leur autorité morale. Si ce n'est un clergé cela en a bigrement l'allure?

Le monde musulman est traversé de courants de pensée qui se contredisent et s'appuient sur des motivations où se mêlent des appartenance culturelles régionales et/ou strictement nationalistes.

Les musulmans deviendront, dans cet hexagone que vous tenez en bien piètre estime, une véritable force de propositions que lorsqu'ils se sentiront bêtement et seulement Français. C'est à ce prix que leur religion pourra s'ouvrir sur le monde et deviendra apte à énoncer des critiques fussent-elles tournées vers leurs pays et cultures d'origines ou leur propre religion. On en est

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nanny
27 points

Palazzo,

Si vous ne voulez pas reconnaître l'existence des religions et n'y voir que des idéologies, c'est votre affaire.

J'ai une religion c'est l'Islam. Si d'autres que moi se réclament de l'Islam qu'ils s'appellent Frères Musulmans, Islamistes, Chiites, Sunnites etc... cela n'empêche pas qu'ils soient mes frères et soeurs dans l'Islam. Le fait qu'ils soient Français ou autre m'indiffère, je ne fais aucune différence positive ou négative. Il va falloir vous y faire.

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Pancole
-4221 points

Il suffit d'être musulman pour être de facto votre frère. Avec vous c'est l'"islam roi" et peu importe les agissements du croyant qui s'en réclame!
Ainsi un terroriste revendiquant les actes les plus odieux au nom de votre religion est votre frère, surtout si c'est au Mali ou en France?
Tout dans vos propos montrent, même si vous vous en défendez, vos préjugés scandaleusement négatifs lorsqu'une personne se réclame simplement d'être Français et extrêmement positifs si elle se réclame à la fois de l'islam et de la nationalité algérienne que vous revendiquez haut et fort. Le nationalisme et les élans patriotiques ne valent pour vous que s'il s'agit de votre pays d'origine, les autres sont clairement suspects.

Votre attitude justifie le fait que 75% des Français (s'ils vous lisaient ils seraient 90%) se défient de votre religion, elle revendique clairement une espèce de supranationalisme couronné par une religion omnipotente et sans tâche.

Pour un Français c'est insupportable.

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nanny
27 points

Palazzo, ne vous énervez pas vous n'avez qu'un clavier sous la main, pas un lance-roquette!

Ce n'est pas de ma faute si vous êtes un intégriste jacobin obsédé par le centralisme bonapartiste. Ma religion, l'Islam est loin des extrêmes, elle prône le juste milieu et la mesure.

Elle est en effet universelle et s'adresse à tous les hommes de bonne volonté quelles que soient leur couleur et leur race ( si ce dernier mot veut dire quelque chose pour nous musulmans, adeptes du métissage intégral qui est une injonction coranique :" Nous vous avons créés en peuples et en nations afin que vous vous connaissiez").

Quant à mes "préjugés scandaleusement négatifs lorsqu'une personne se réclame d'être français" , vous me les prêtez abusivement car des membres de ma famille sont Français (il y en a même un par alliance qui est de souche et s'appelle Laurent) j'ai des sentiments "scandaleusement maternels" à leur égard.

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Pancole
-4221 points

Pour faire bonne mesure sachez que dans ma famille, mon petit fils est le pur produit du métissage entre la France et le Maghreb et dans la compétition affective je ne crois pas que vous gagneriez, alors vos leçons sur le métissage...
Mais c'est vrai que mon gendre, Dieu merci! ne revendique pas son islamité sinon cette union n'aurait sans doute pas été rendue possible sans une conversion bidon de ma fille, car votre belle religion, résolument ouverte sur les autres, n'est ouverte que sur son propre monde.
La France est certainement un des pays les plus métissé du monde et je m'en réjouis. Mais malheureusement et, quoi que vous en pensiez, votre religion du juste milieu prône aujourd'hui plus la marginalisation communautaire que l'ouverture.

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Yasmina
-348 points

Palazzo

votre

"Mais malheureusement et, quoi que vous en pensiez, votre religion du juste milieu prône aujourd'hui plus la marginalisation communautaire que l'ouverture."

je lis vos contributions depuis un moment. Palazzo, vous confondez islam et musulmans. quand un musulman se comporte mal lui seul est responsable. L'islam( c'est à dire le Coran, le dogme) n y sont pour rien. Ni TOUS les musulmans.

Mais d'un autre coté, hélas, on reconnait l'arbre à ses fruits.

Si beaucoup de musulmans vous insupportent c'est en raison de leur ignorance de cet "islam du juste milieux" fondamentalement laique , respectueux des autres, ouvert, admettant l'altérité. Comme les gens ne lisent plus(( lire et mediter demande du temps et de la patience) l'islam sectaire wahabite/salafiste/takfiriste preché par les chaines satelitaires où sevissent ces imams mysogines,pédophiles, racistes et intolérants, financés par.... qui au fait? est devenue la norme.

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günes
32 points

Si les musulmans sont aussi ouverts sur le monde que le prétendent certains, pourquoi est-ce que Oumma.com ne donne-t-il pas l’exemple ?

Je viens sur ce site très régulièrement mais je constate que l’écrasante majorité des chroniqueurs et des auteurs traduits sont de culture arabe. Pourtant les Arabes sont minoritaires dans l’islam non ?

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Liliane Bénard
-309 points

Rachid id Yassine,
Votre réflexion est bonne car elle montre bien que toute "oumma" est ingouvernable.
Il faut sans doute être contre l'uniforme et le conformisme si l'on veut apprécier tant Tariq Ramadân que Tariq Obrou tout en étudiant le sunnisme et le chiisme.
Des musulmans me disent : nous sommes tous sunnites. Je comprends qu'ils respectent tous la sunna du Prophète. C'est vrai pour les deux Tariq. Des exégètes chiites lisent le Coran avec amour et intelligence comme tous les croyants.
Je ne vois pas pourquoi ils seraient partisans puisque tous doivent étudier à la fois le Coran et la Sunna.
Il y a certes une multiplicité de partis politiques et le pluralisme des opinions respecté par la ligne éditoriale d'Oumma.com. Reste à conquérir une unité spirituelle fondée sans aucun doute sur l'unité et l'unicité de Dieu.
Qui donc aime la paix entre les races, les classes et les religions ? La France et l'Europe sont métissées, inégalitaires et pluriconfessionnelles. Que dit le Coran ?