Mardi 16 September 2014
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Terrorisme : Retour sur une prise d'otages pas comme les autres

Terrorisme : Retour sur une prise d'otages pas comme les autres
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La prise d’otages à In Amenas n’a pas encore livré tous ses secrets, si tant est que la vérité puisse un jour triompher, plongeant dans la perplexité nombre de ceux qui connaissent les aspérités du terrain et qui ne prennent pas pour argent comptant les récits que l’on nous brode. Le regard interrogatif porté par Ghania Oukazi dans son article paru, le 21 janvier, dans le Quotidien d’Oran, connu pour son sérieux et sa liberté de ton, apporte un éclairage très intéressant qui dépasse le prisme de la version estampillée "officielle".

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La prise d'otages à In Amenas est venue marquer le grand pas que le militaire avait probablement besoin de franchir sur le politique, en ces temps où la guerre se monnaye aux frontières du pays.

Le chef de l'Etat a été le responsable le plus absent d'entre tous ceux qui paraissent détenir la décision en Algérie. Aucune déclaration, aucune apparition depuis que l'annonce de la prise d'otages a été confirmée par les voies officielles du pays. Aucun président étranger, serait-ce celui américain ou français, n'a déclaré s'être entretenu avec Bouteflika durant le déroulement du fâcheux épisode de cette spectaculaire prise d'otages.

Pourtant, ce qui s'est passé à In Amenas n'est pas une mince affaire. Il ne peut s'agir d'un simple fait divers ou même d'un quelconque attentat terroriste dont l'essence même est de se produire n'importe où et n'importe quand. Le site gazier de Tiguentourine, s'il ne produit que 10 ou 12% de la totalité de la production hydrocarbure nationale et qu'il n'est, par conséquent, pas aussi important que l'ensemble des autres sites pétroliers et gaziers du Sud algérien, il est difficile de le pénétrer et même de s'en approcher sans que l'alerte soit déclenchée à plusieurs niveaux. L'on dit que plus de 30 terroristes ont réussi à faire le va-et-vient dans les alentours sans que personne s'en aperçoive. Pis, l'on précise que l'énorme quantité d'armes et de minutions récupérées par les militaires avaient été, dans un premier temps, enfouies sous le sable sur une distance de près de 100 km à la ronde du site gazier. La technique n'est pas nouvelle. Les trafiquants ont pour habitude, selon des sources locales, de marquer en plein milieu du désert, des points de ravitaillement en gasoil, qu'ils sont les seuls à connaître. Ils utilisent pour cela des moyens technologiques sophistiqués qu'ils achètent très cher.

Il paraît, selon des sources locales, que les preneurs d'otages étaient venus plusieurs fois pour «enterrer» de grandes quantités d'armes sous le sable en vue de les faire sortir et de les utiliser le moment opportun. «On dit qu'ils les ont déterrées mercredi, les ont fait rentrer sur le site à l'intérieur duquel ils y ont même semé des mines antipersonnel, c'est dire qu'ils ont eu tout le temps dont ils avaient besoin pour exécuter leur sale besogne», nous racontait hier un responsable. L'on s'avance doucement alors sur la piste du doute à propos de l'efficacité des moyens de sécurité déployés à l'intérieur et à l'extérieur du site gazier pour protéger la zone.

COMPLICITES A VUE ?

L'on rappelle, pour ce qui est de l'attentat perpétré il y a plus de deux ans contre l'académie interarmes de Cherchell, qu'il était quasiment impossible d'atteindre les cuisines d'un lieu aussi gardé. A l'époque, il a été fait état de complicité flagrante. La prise d'otages d'In Amenas a dû, selon nos sources, nécessiter des complicités tout aussi importantes. Hier, des responsables n'arrivaient toujours pas à comprendre comment les voitures conduites par des terroristes, avec à leur bord des otages, se sont-elles hasardées à quitter le site sans se soucier d'être abattues par les éléments de l'armée qui, à ce moment là, encerclaient la zone. «Les terroristes ont dû avoir des assurances pour le faire, mais dès leur sortie, ils ont été liquidés par les tirs des hélicoptères de l'armée», nous explique-t-on. 

La thèse du complot commence à prendre forme au niveau de certains milieux qui, non seulement connaissent bien la région pour être des plus sécurisées mais revoient le déroulement des événements et les décisions qu'elles ont suscitées de la part des miliaires algériens qui avaient lancé l'assaut final, quatre longs jours après la prise d'otages. «L'armée algérienne n'a pas pour habitude d'hésiter quand elle sait qu'il n'y a pas d'autres issues que l'affrontement», souligne-t-on pour interroger «alors, qu'attendait-on ?» Quid encore et toujours de la nécessité du survol de l'espace national par les avions français comme affirmé, la semaine dernière, par le ministre français des Affaires étrangères. Dans ces mêmes colonnes (le 15 janvier dernier), nous écrivions à ce sujet qu'il est clair que cette décision pèsera lourdement sur la question de la souveraineté nationale que l'Algérie a toujours eue à fleur de peau. Si le président de la République a vraiment accepté que les avions français de guerre survolent l'espace algérien pour aller attaquer le Nord-Mali, alors pourquoi serait-il contre cette guerre ?

L'ARMEE EN A DECIDE AINSI

L'affaire d'In Amenas cacherait-elle un profond désaccord sur la question ? L'on pourrait le penser quand on sait que la scène politique nationale connaît de grands remous en ce moment. Le retrait de ses figures de proue comme Ouyahia, et dans un proche avenir Boudjerra et Belkhadem, est un signe d'un changement dont les contours se dessinent au gré des événements.

L'on pense que le silence du chef de l'Etat est voulu et entretenu sciemment. «Il ne s'exprime jamais quand il sent le coup fourré», nous disait, hier, une source qui lui est proche. Coup fourré ? Complot ? Conflit au sommet ? Reste-t-il encore des éléments perturbateurs capables d'intervenir dans des moments aussi difficiles ? Questions sans réponses probantes.

Il est clair que depuis mercredi dernier, les responsables politiques algériens n'avaient pas beaucoup droit au chapitre des opérations qui devaient être lancées pour reprendre la situation en main au niveau des dangereuses frontières où se trouve In Amenas. L'on pense qu'ils étaient là, juste pour répondre aux appels téléphoniques incessants de leurs homologues étrangers, notamment ceux dont les ressortissants étaient détenus par les terroristes. Ils avaient aussi comme mission de signer des communiqués à la place du ministère de la Défense nationale ou de l'état-major militaire rompus tous les deux à l'art de la discrétion.

Même les partis politiques n'ont pas osé réclamer une déclaration du chef de l'Etat. Boujderra du MSP a préféré annoncer son départ. Le FLN, lui, prépare la réunion de son Comité central prévu pour trois jours à partir du 30 janvier prochain à l'hôtel Riadh. Bensalah a été placé, le week-end dernier, à la tête du RND au moment où il l'attendait le moins. Son poste de président du Conseil de la nation serait prévu pour Belkhadem à qui, à ce jour, le président n'a pas encore dit ce qu'il adviendrait de son poste de SG du FLN. Trop d'ambiguïtés pour que les politiques s'en sortent comme ils le veulent. L'affaire d'In Amenas est venue compliquer davantage la situation. «Désormais, il y a l'avant- In Amenas et l'après-In Amenas», nous dit un responsable. Affaire qui pourrait, cependant, être classée «secret défense» avant même qu'elle n'ait dévoilé toutes ses zones d'ombre. Elle est d'ores et déjà enregistrée dans les annales de l'histoire sous le sceau d'«agression terroriste contre un Etat souverain». L'armée nationale en a décidé ainsi.

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Commentaires

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Saladin
-81 points

...Le chef de l'Etat a été le responsable le plus absent d'entre tous ceux qui paraissent détenir la décision en Algérie...

Et bien cela prouve que les généraux sont les vrais détenteurs du pouvoir en algérie et exécutent à la lettre les ordres de paris et la prise d'otage a vraisemblablement était orchestré par eux avec l'accord des francais dans le but de consolider le rôle de l'appareil militaire dans une politique algérienne pro-francaise et marginaliser le rôle de Bouteflika ainsi que de la branche politique soutenue par les états unis, le plus marquant aussi dans cet affaire est que le chef des ravisseurs Mokhtar belmokhtar a menacé la france de dizaines de merah sur son sol ce qui ressemble bien fort à la propagande des politiques francais suggérant que Merah voulait mettre la france à genous alors que plusieurs sources affirmaient ses liaisons avec les services francais, les mêmes soupcons de collaboration avec les services algeriens pèsent sur bel mokhtar selon le nouvel obs.

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safi benbouzid2
10 points

Un journaliste, une en l'occurence, comme un juge d’instruction, doit instruire à charge et à décharge.
Or là, il n’y a qu’une charge, dans tous les sens des mots.

« L'on pense que le silence du chef de l'Etat est voulu et entretenu sciemment. «Il ne s'exprime jamais quand il sent le coup fourré», nous disait, hier, une source qui lui est proche. Coup fourré ? »

Mais oui, gente dame, il y a bel et bien coup fourré, mais pas celui que vous suggérez.

« …des miliaires algériens qui avaient lancé l'assaut final, quatre longs jours après la prise d'otages »

Si elle avait fait son travail, elle saurait que les autorités ont fait venir des Touaregs, chefs de grandes tentes, pour discuter avec les gangsters trafiquants et preneurs d’otages, en tamashekt. Personne n’a pu répondre. (à suivre)

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safi benbouzid2
10 points

«Les terroristes ont dû avoir des assurances pour le faire, mais dès leur sortie, ils ont été liquidés par les tirs des hélicoptères de l'armée», nous explique-t-on.

Cette allégation est une insulte à la jugeote des gangsters. Faut-il qu’ils soient assez bêtes pour prendre pour argent comptant de pareilles ‘’assurances’’, si jamais elles avaient existées, alors qu’ils savent pertinemment que l’ANP ne fait pas quartier avec eux. (à suivre)

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Sarah
-30 points

Très bon article.

Maintenant que cette prise d'otages est finie il est temps de se poser les vraies questions.

Comment les terroristes ont-il pu accéder si facilement à un site aussi stratégique pour l'économie algérienne?
Pourquoi ce manque flagrant de communication pendant l'opération?
Qui a décidé de donner l'assaut?
La présidence?Le pouvoir militaire?
Quel est le bilan humain exact de cette opération(y compris parmi les forces militaires algérienne)?
Le pouvoir militaire algérien a-t-il intérêt à rejouer voire amplifier la "menace terroriste" pour consolider son pouvoir au détriment des autorités civiles?
Est-ce que cette opération sera l'occasion pour les "éradicateurs" de revenir en force sur le devant de la scène politique algérienne?
Pourquoi le pouvoir français a-t_il soutenu fermement Alger dans cette opération alors que les autres pouvoirs occidentaux et japonnais se sont montrés très critiques?
Quel marchandage a été conclu entre Paris et Alger?

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Sarah
-30 points

Pour le bien de l'Algérie et du peuple algérien,nous devons nous poser ces questions et y attendre des réponses de la part des responsables algériens.

Pourquoi Alger qui se prétend contre la guerre au MALI,guerre qui pourrait avoir des conséquences très graves pour l'Algérie,a-t-elle autorisé la FRance a utiliser de manière illimitée son espace aérien,alors que d'autres pays de la région(Tunisie,Egypte)se sont montrés plus que réticents sur cette "opération" française?

Pourquoi cette unanimité de la classe politique française(et non médiatique) pour appuyer Alger dans cet assaut?
De Hollande à Jean-Pierre Raffarin en passant par Marine Le Pen et Chevènement,ils ont tous approuvé et applaudi cette opération.

Est-ce pour que l'Algérie participe au sale boulot de la françafrique dans la région??

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nanny
27 points

En somme lorsque le président Bouteflika parle il est un dictateur et lorsqu'il se tait il est au mieux un incompétent au pire un pervers qui cache son jeu.

La réalité est plus simple, s'agissant d'une attaque contre l'intégrité du pays et de son économie et les sites sensibles, il y a une armée pour cela et c'est heureux que des généraux fassent leur métier. C'est d'ailleurs la seule chose qui leur est demandée n'en déplaise à Saladin qui voit la mainmise de ces derniers sur tout et partout.

On vous l'a déjà dit, dès qu'il s'agit de toucher à l'intégrité du pays, c'est l'union sacrée entre les algériens : aucun soldat ou combattant étranger voulant s'ingérer dans nos affaires ne ressortira vivant. C'est à prendre ou à laisser, nous avons payé de 132 ans de colonisation pour ne pas avoir su être solidaires et opposer un front uni aux envahisseurs. Toutes les savantes analyses de journalistes en mal de notoriété pour oser" la liberté de ton" se heurteront à ce principe.

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safi benbouzid2
10 points

Toujours à propos des ‘’assurances’’ données aux gangsters, elles ne concerneraient que trois véhicules qui seront détruits sous les yeux de ceux qui sont restés et qu’il ne sera plus possible de piéger.
Si Mme Oukazi est fâchée avec la logique, Dieu merci, L’ANP ne l’est pas.
Si piège il y avait, ce sont tous les véhicules qui seraient partis.
On ne peut pas, sans être injuste, reprocher à la journaliste son ignorance en matière militaire. Dans l’ALN, lorsque nous étions encerclés, une partie d’entre-nous se lançait dans un choc frontal qui pouvait réussir, alors que les autres profitant de la diversion avaient des chances de se replier.

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safi benbouzid2
10 points

Mme Oukazi écrit : «Même les partis politiques n'ont pas osé réclamer une déclaration du chef de l'Etat».
J’emprunte la réponse à Mahi Zohra qui semble bien mieux connaitre son peuple et raisonne en Algérienne, non conditionnée par les médias français et les médias coloniaux français édités en Algérie.

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safi benbouzid2
10 points

Rectificatif.

Mme Oukazi écrit : «Même les partis politiques n'ont pas osé réclamer une déclaration du chef de l'Etat».

J’emprunte la réponse à Mahi Zohra qui semble bien mieux connaitre son peuple et raisonne en Algérienne, non conditionnée par les médias français et les médias coloniaux français édités en Algérie.

« On vous l'a déjà dit, dès qu'il s'agit de toucher à l'intégrité du pays, c'est l'union sacrée entre les algériens »

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rimas72
63 points

Je suis d'accord avec MAHI Zohra, toucher à l'intégrité de l'Algérie, est la ligne rouge à ne pas franchir car les algériens mettront leur désaccords de coté et se mettront derrière leur gouvernement et leur armée.
Les principes de non-ingérence dans les affaires d'autres pays est la règle de l'Algérie depuis l'indépendance, alors la question qu'on peut se poser, c'est pourquoi l'Algérie a permis aux avions Français de survoler son territoire, alors que rien ne l'y obligeait.
Si on représentait l'Algérie par un homme, ce serait un gars fier, indépendant, secret, n'aimant pas se mêler des affaires des autres et vice-versa.
Alors le fait que l'Algérie fasse cette exception, c'est que l'heure est grave et que le danger est bien réel pour le pays.
Maintenant, parler de complot de la part des algériens sans apporter aucun argument, juste à partir de l'imaginaire et du fantasme comme le fait si bien Saladin, risque de nous détourner de la vérité.

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nanny
27 points

@ Safi Benbouzid,

J'apprends que vous faisiez partie de l'ALN. J'ai écrit un livre en hommage à l'ALN justement. Comment vous l'offrir et surtout vous le faire parvenir?