Mardi 2 September 2014
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Google+
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook

Des fouilles pour en savoir plus sur les premiers musulmans d’Amérique

Des fouilles pour en savoir plus sur les premiers musulmans d’Amérique
fr
http://oumma.com/sites/default/files/index_218.jpg

Divers historiens sont en train d’entreprendre des fouilles pour retrouver les ossements et les objets ayant appartenu à un musulman enterré à Washington il y a environ 200 ans, car cela permettra de saisir, justement, l’âme de l’histoire de l’Amérique à ses débuts.

Partagez :

Pour la plupart des musulmans, ce qui arrive au corps d’un défunt n’est pas aussi important que ce qui arrive à son âme. Néanmoins, divers historiens sont en train d’entreprendre des fouilles pour retrouver les ossements et les objets ayant appartenu à un musulman enterré à Washington il y a environ 200 ans, car cela permettra de saisir, justement, l’âme de l’histoire de l’Amérique à ses débuts.

Le défunt en question est Yarrow Mamout ; il figure parmi les dizaines de milliers – même des dizaines de millions – de musulmans amenés en Amérique pendant l’esclavage, mais c’est l’un des rares esclaves sur lequel les historiens disposent de quelques renseignements.

D’après certains documents historiques, Yarrow Mamout aurait été enseveli dans la propriété qu’il a acquise après son affranchissement en 1797. Cette propriété se trouve à Washington dans le quartier historique de Georgetown, où les maisons valent aujourd’hui des millions de dollars. Le propriétaire actuel, un promoteur immobilier du nom de Deyi Awadallah, espère y construire une nouvelle résidence qu’il souhaite promouvoir à la vente. Ce promoteur ne savait rien de Yarrow Mamout lorsqu’il a acheté cette propriété au printemps dernier ; cependant il veut bien permettre aux archéologues – le temps de quelques semaines voire quelques mois – de mener leurs investigations avant de finaliser son propre projet.

« J’essaie de respecter la situation. Elle le mérite, » dit-il dans une interview qu’il vient d’accorder ce mois-ci.

Selon James H. Johnston, Yarrow Mamout a été vendu comme esclave, en 1752, au Sénégal alors qu’il était adolescent. Cet avocat de Washington, qui écrit pour différentes publications, a passé huit années à enquêter sur Yarrow Mamout pour les besoins de son ouvrage, paru cette année, intitulé : From Slave Ship to Harvard : Yarrow Mamout and the History of an African American Family (Du navire négrier à Harvard : Yarrow Mamout ou l’histoire d’une famille afro-américaine).

« Yarrow Mamout était assez connu à son époque, mais depuis, personne ne s’était vraiment intéressé à lui, pour comprendre qui il était réellement » fait remarquer James H. Johnston. Ce dernier s’est penché sur l’histoire de cet esclave afro-américain, après avoir vu deux portraits d’époque, dans lesquels il a plutôt l’air d’un aristocrate. Le plus célèbre des deux portraits avait été peint par un des premiers artistes américains de renom, Charles William Peale. Il est conservé au Musée d’art de Philadelphie. Pour James H. Johnston, ce portrait est le symbole de la dignité, de la persévérance et de la ténacité sous l’une des périodes particulièrement sombre de l’histoire de l’Amérique.

« Ce qui est frappant dans ce tableau c’est qu’il s’agit d’un magnifique portrait de quelqu’un qui a l’allure d’un homme riche, mais qui a pourtant été soumis à l’infâme condition d’esclave » dit-il.

Yarrow Mamout était connu dans la communauté de Georgetown. Il était au service de Samuel Beall et de son fils Brooke, deux personnalités influentes, qui côtoyaient régulièrement les grands de leur époque, comme le président George Washington, un des pères fondateurs des Etats-Unis. Par ailleurs, Yarrow Mamout est souvent évoqué comme quelqu’un de joyeux, de diligent et de très dévot – s’arrêtant cinq fois par jour, là où il se trouvait, pour faire sa prière.

Enfin, cet homme était aussi artisan et savait lire et écrire. A Georgetown, les esclaves avaient l’autorisation d’avoir une petite activité commerciale parallèle : lui fabriquait des briques. D’ailleurs, il réussit à s’affranchir en construisant une demeure pour ses maîtres et parvint à économiser assez d’argent pour s’en construire également une.

La vie de cet ancien esclave constitue « une note de bas de page de grande importance », dans la grande histoire, souligne Amir Muhammad, directeur de l’Islamic Heritage Museum de Washington.

« Son histoire montre que les musulmans font bel et bien partie du tissage de la société américaine. Yarrow Mamout a vraiment existé, pas seulement dans les tableaux, mais aussi de par son travail et ses actes » ajoute-il.

Pour Ruth Trocolli, archéologue attitrée de la ville de Washington, toute trace archéologique de Yarrow Mamout permettrait au public de mieux comprendre la façon dont ont vécu les esclaves, notamment les esclaves musulmans.

L’archéologue qui a commencé une mission de reconnaissance sur le terrain de la propriété cette semaine dit à ce propos: « Nous avons là une source parallèle de données sur Yarrow Mamout, des données auxquelles nous n’aurions pas accès autrement. »

Cependant l’opération de reconstitution s’avère difficile. Il y a quelques années, sur un terrain bordant l’arrière de la propriété de Yarrow Mamout, des archéologues avaient découvert, un petit cimetière datant de son époque, et où se trouvaient les tombes de cinq Afro-américains. Mais aucun des ossements retrouvés ne correspondait à celui d’un vieil homme de l’âge de Yarrow Mamout à sa mort.

La demeure de ce dernier a été démolie il y a plus d’un siècle, et celle qui se trouve actuellement sur la propriété le sera elle aussi car elle est en mauvais état. Le bassin situé derrière la maison condamne les possibilités d’excavation. Ruth Trocolli espère néanmoins trouver dans les parties accessibles de la propriété, des éléments d’origine, comme un puits, une latrine, une cave ou la tombe de l’ancien esclave.

« L’histoire de Yarrow Mamout est marquante » affirme Ruth Trocolli. « C’est l’histoire d’une personne qui a fait preuve de persévérance, l’histoire d’un esclave qui a en somme racheté sa propre liberté ».

Deyi Awadallah admet pour sa part s’intéresser généralement à l’aspect immobilier plutôt qu’historique des propriétés, mais il convient, en tant que musulman d’origine palestinienne, que le processus de reconnaissance est inespéré.

« Je savais bien que certains esclaves africains étaient des musulmans, en revanche j’ignorais qu’ils avaient vécu si proches de là où j’habite – à cinq miles de ma maison à Falls Church en Virginie », dit-il.

En partenariat CGNews

 

Publicité Oumma.com