Un couple de pèlerins victime d’une agence de voyages spécialisée dans le Hajj

Dans l’agenda de la famille Bouhdayd, le mois d’octobre 2012 fut très vite bloqué, le couple puisant dans ses économies pour effectuer le grand voyage vers les deux cités phares de l’islam, et prendre part à une procession unique au monde, placée sous le signe de l’infinie dévotion et de la découverte de la Terre Sainte.

Un couple de pèlerins victime d’une agence de voyages spécialisée dans le Hajj

Tout à sa joie de réaliser son vœu de croyant le plus cher, entouré de son épouse et de sa mère, Sabri Bouhdayd, un jeune père de famille comblé, heureux papa de deux petites filles de 2 ans et 3 ans, ne pouvait imaginer que ce qui représentait l’aboutissement spirituel suprême, le Hajj, tournerait au chemin de croix sur la route chaotique du business sans foi ni loi.

Le temps était venu pour ce Nantais de 29 ans, conducteur de bus, et sa femme, de cheminer vers Médine et La Mecque, tous deux liés par une profonde aspiration à Dieu, en quête de la purification de l’âme, à laquelle  ils ont choisi de répondre sans attendre, dans la fraîcheur et l’allant de la jeunesse, confirmant ainsi une tendance qui ne se dément pas : la popularité du hajj auprès des plus jeunes.

Dans l’agenda de la famille Bouhdayd, le mois d’octobre 2012 fut très vite bloqué, le couple puisant dans ses économies pour effectuer le grand voyage vers les deux cités phares de l’islam, et prendre part à une procession unique au monde, placée sous le signe de l’infinie dévotion et de la découverte de la Terre Sainte.

Malheureusement, le pèlerinage de toute une vie fut jalonné de péripéties fâcheuses et éprouvantes, marqué par le désenchantement face aux belles promesses non tenues de l’agence Marwa Voyages, dont Sabri Bouhdayd, plein d’auto-dérision, a trouvé le nouveau slogan percutant : "l’agence qui s’occupe de tout, mais ne s’occupe de rien !"

- Sabri Bouhdayd, pourquoi avez-vous choisi de faire confiance à l’agence Marwa Voyages et étiez-vous informé des arnaques organisées lors du Hajj ?

"Je connaissais déjà cette agence, dont les affiches attractives figuraient dans les mosquées à Nantes, pour avoir fait appel à ses services en 2008, date à laquelle je suis parti pour le Omra. Oui, bien-sûr, j'étais au courant des arnaques lors du Hajj, et j’étais très méfiant. Mais, ma première expérience avec Marwa Voyages fut plutôt satisfaisante, je n'ai pas eu à me plaindre des prestations. Par contre, aujourd’hui, leur slogan qui m’avait alors rassuré « Spécialiste n°1 du Hajj en France », me fait l’effet d’une publicité mensongère !

- Combien a coûté votre séjour et pour quelles prestations ?

Nous avons choisi en fonction de nos moyens la formule se montant à 4990 €/par personne, qui comprenait, outre le voyage, les transferts en bus climatisés, les visites religieuses à Médine et La Mecque, l’accompagnement technique et religieux, et le petit-déjeuner, un hébergement pendant une semaine dans un hôtel cinq étoiles à Médine, et pendant trois semaines dans un trois étoiles à Mecca. Rétrospectivement, je pense que le fait d’être partis sans avoir signé de contrat, et d’avoir été obligés d’appeler l’agence pour savoir quand nous étions convoqués, aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

- Quelle a été votre première désillusion et comment s’est enchaînée votre mésaventure ?

C’est après Médine que tout s’est dégradé, même si  là des amis s’étaient déjà plaints de leur hébergement qui ne correspondait pas à ce qui était prévu. Pour le même prix que nous, ils ont été placés dans un hôtel déclassé à Médine, situé à 350 m de la mosquée du Prophète, alors que nous étions dans un cinq étoiles et à 50 m d’Al-Masjid Al-Nabawi.

Les trajets en bus étaient hallucinants, pleins de secousses car les autocars étaient minables, avec des arrêts imprévus, accumulant ainsi les retards sur notre programme. Nos accompagnateurs ont été en-dessous de tout, ne recensant jamais les gens à bord, ce qui explique que des couples aient été séparés, que des personnes aient été oubliées, quand certaines ne s’étaient pas égarées, comme ce fut le cas d’une dame âgée de Nantes qui s’était perdue à Médine, sans que cela ne les préoccupe nullement. Le comble fut de s’entendre dire : "Organisez-vous !" par ceux qui étaient censés nous escorter et veiller au bon déroulement du séjour !

Mais le pire restait à venir, et sur la route menant vers La Mecque, l’un des accompagnateurs nous a prévenus sans mettre les formes : "Ne rêvez pas, La Mecque ce ne sera pas comme à Médine !".  Et effectivement, là au moins, ils ne nous ont pas menti !

- Vous arrivez à La Mecque dans votre hôtel qui n’avait rien du trois étoiles promis, et là c’est la confusion totale et une vraie désillusion. Que s'est-il passé ?

On était loin de s’attendre à une telle pagaille et insalubrité, c’était incroyable ! A côté de l’accueil, on a tout de suite remarqué les poubelles qui étaient là, (drôle d’endroit !), ainsi qu’une montagne de valises de 2m 50 de haut, dans laquelle nos bagages ont été jetés purement et simplement.  Il n’y avait rien à espérer du réceptionniste qui était débordé, et pour couronner le tout on a eu la désagréable surprise d’apprendre que nos chambres n’étaient pas réservées. On a dû se débrouiller par nous-mêmes pour obtenir une carte magnétique et entrer dans une chambre étroite, sordide, dont la salle de bains avec wc était très sale  et en mauvais état, le pommeau de douche nous est resté dans les mains.

Un soir alors que je lisais le Coran avant de m’endormir, j’ai sursauté devant un cafard qui s’était glissé à côté de moi. Rien de surprenant puisque le ménage n’était pas fait dans nos chambres, et j’ai dû exiger que l’on change les draps.

Nous avons découvert un restaurant peu engageant, avec un plafond très abîmé qui avait une fuite, quant au petit-déjeuner, c’était écoeurant, les croissants n’étaient pas cuits. Donc, très vite, nous avons pris la décision de nous restaurer à l’extérieur ou de préparer des plats nous-mêmes.

- Votre séjour n’est qu’une suite de déconvenues, dont deux sont particulièrement marquantes. Lesquelles ?

Outre le fait que les accompagnateurs fuyaient dès qu’on se plaignait, on n’a jamais vu non plus les deux médecins urgentistes censés être sur place. J’ai souffert de maux de dents et je suis allé directement à l’hôpital, et pire encore une femme s’est même évanouie lors du rituel de la lapidation de Satan, mais sans aucun « SOS médecin » pour la secourir…

Les accompagnateurs de l’agence Marwa, dédiés à la religion et aux traditions prophétiques, n’ont rien respecté. Lors du rite Arafat et de la journée de prière et de recueillement, à la place du Cheikh saoudien qui était annoncé, c’est un Cheikh, que l’on suppose venu de France, qui l’a remplacé. Ce dernier a exigé notre pardon de manière sidérante : il nous a demandé de pardonner le frère Fayçal, le responsable de l’agence, lequel s’est fait rare pendant tout le séjour, pour la mauvaise organisation. Un peu gros, tout de même !

Et pour finir en apothéose, il y a eu l’épisode des bidons plastifiés contenant de l’eau de source sacrée, celle de Zamzam,  dont les propriétés nutritives et curatives sont connues de tous. Nous avons rempli de lourds jerricanes (10 litres par personne) comme cela était autorisé, et une fois à l’aéroport de Jeddah, au moment de s’envoler pour la France, on nous a soudainement interdit de les emmener avec nous, pour des raisons soi-disant de sécurité, mais surtout pour nous faire acheter des bidons à 4 euros pièce.

La coupe fut pleine quand j’ai su que l’un des responsables spirituels de l’agence était monté à bord de l’avion avec son bidon rempli de l’eau source. J’étais furieux, et on m’a envoyé carrément paître en me disant : "Arrêtez de vous plaindre !", avant d’ajouter : "Tu prends tes bagages, tu vas les faire peser", et pour résumer l'état d'esprit ambiant : "Tu te démerdes !".

Jusqu’au bout l’organisation aura été déplorable, puisque nos accompagnateurs, d’une rare incompétence, se sont même trompés de terminal, et nous ont envoyés vers le 3 au lieu du 4…

- Qu'envisagez-vous de faire aujourd'hui ?

Nous avons été piégés par une agence peu scrupuleuse qui a abusé de nous pour en tirer largement profit. Nous avons été traités comme des moutons, mais pas comme des clients, et encore moins comme des croyants en pleine quête spirituelle. Il est odieux de voir combien la religion est devenue un business sans état d’âme, sans égard pour les personnes les plus vulnérables et âgées, dont on sait qu’elles ne porteront pas plainte, du fait de leur méconnaissance de leurs droits.

A travers ce témoignage, je veux dénoncer l’arnaque dont ma famille et moi-même avons été victimes, car je n'entends pas en rester là, mais aussi pour prévenir d'autres fidèles contre ce genre de mésaventures inacceptables.  Il faut véritablement que ce scandale des escroqueries lors du hajj cesse, car c’est honteux de berner ainsi des croyants !".

Propos recueillis par la rédaction.

Sabri Bouhdayd est l’archétype d’une nouvelle génération de pèlerins, de plus en plus jeunes, qui profitent de ce long périple spirituel en terre sainte pour revivifier leur foi, mais également pour découvrir la richesse patrimoniale et la diversité de l’islam, avec l’intention d’y retourner un jour. Pour l’heure, le jeune Nantais, encore sous le choc d’un pèlerinage gâché, compte bien faire valoir ses droits qui ont été bafoués en faisant cause commune avec d'autres clients mécontents de cette agence.

Nous avons contacté le responsable de l'agence Marwa Voyages afin de l'interroger sur les griefs qui lui sont reprochés et qui seraient partagés par plusieurs pèlerins. Ce dernier nous a dit ne rien savoir à ce sujet, insistant sur la qualité de son hôtel à La Mecque et sa longue expérience en matière d'organisation de Hajj, sa devise étant de "rembourser tout client mécontent".

Un état des lieux photographique édifiant réalisé par Sabri Bouhdayd

 
La chambre d'hôtel


La salle de bains

 


Les poubelles près de l'hôtel

 


Le plafond du restaurant


Le petit déjeuner


La cuisine attenante au restaurant de l'hôtel

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