Ahmed al-Jabari, tué en pleine négociation de trêve à long terme

Israël était sur sa piste depuis plusieurs mois, Ahmed al-Jabari, l’homme du Hamas le plus recherché par l’Etat hébreu, a été assassiné mercredi dans un raid aérien qui ne lui a laissé aucune chance, ni à son fils, alors qu’il était un médiateur clé dans la pacification de la région (...)

Ahmed al-Jabari, tué en pleine négociation de trêve à long terme

Israël était sur sa piste depuis plusieurs mois, Ahmed al-Jabari, l’homme du Hamas le plus recherché par l’Etat hébreu, a été assassiné mercredi dans un raid aérien qui ne lui a laissé aucune chance, ni à son fils, alors qu’il était un médiateur clé dans la pacification de la région, et aurait même reçu, quelques heures avant sa fin tragique, un accord de trêve permanente avec Israël, comprenant les mécanismes pour le maintien du cessez-le-feu en vue de contrecarrer toute flambée de violence entre Israël et les factions dans la bande de Gaza.

Cette révélation détonante qui explose médiatiquement à la face du pouvoir israélien, occupé à larguer frénétiquement ses bombes sur Gaza, dans une démonstration de force électoraliste à quelques encablures du scrutin de janvier 2013, émane du quotidien israélien Haaretz.

Dans le viseur d’Israël qui le considérait comme Le terroriste à abattre, tenu pour responsable d’une série d’attaques, dont l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit, la mort d’Ahmed al-Jabari, 52 ans, chef militaire du Hamas, surnommé Abou Mohammed, dont le parcours personnel l’a conduit du Fatah au Hamas, après avoir croupi dans les geôles israéliennes pendant 13 ans, est-elle réellement l’heureux dénouement d’une traque intensive, ainsi que s’en félicite le gouvernement de Netanyahu dans un exercice d’auto-satisfaction indécent, signe d’une guerre de l'intox qui fait rage de nouveau ?

Pour Haaretz, celui qu'Israël préférait voir mort que vivant, était en réalité «un sous-traitant, dont le rôle était de maintenir la sécurité d’Israël à Gaza»: « Ce titre va sans doute paraître absurde pour quiconque a vu ces dernières heures Jabari décrit comme "une figure du terrorisme", "Le chef d’Etat-major de la terreur" ou "notre Ben Laden". Mais c’était la réalité pendant cinq ans et demi. Israël a demandé au Hamas de respecter la trêve dans le Sud et de la faire respecter par la multitude d’organisations armées de la bande de Gaza. L’homme qui se chargeait d’appliquer cette politique était Ahmed al-Jabari., peut-on lire dans le quotidien de référence de centre-gauche.

Jacques Bénillouche, journaliste, décrivait en août dernier sur le site slate.fr un Hamas sur la voie de la normalisation, converti à un certain pragmatisme l'incitant à renoncer à la lutte armée au profit de la paix pour éviter les bombardements israéliens sur Gaza, mais aussi pour favoriser les investissements étrangers, notamment qataris. Le Hamas peine pourtant à contenir les autres organisations islamiques de Gaza.

C’est donc l’échec du Hamas à contrôler la frontière sud d’Israël et les autres organisations de Gaza qui aurait provoqué l’assassinat d’Ahmed al-Jabari, explique Haaretz, «bien qu'il n’y ait aucun intérêt à l’escalade [de la violence]».

Haaretz ne mâche pas ses mots pour condamner la mise à mort d'al-Jabari par Israël: «Le message était simple et clair: "Si tu échoues, t’es mort". Ou, comme le ministre de la Défense Ehud Barak se plaît à dire: "Au Moyen-Orient, il n’y a pas de seconde chance pour les faibles."»

Mais alors pourquoi avoir tué un médiateur, garant de la stabilité à Gaza ? Haaretz y voit «une intervention militaire tape-à-l’oeil de plus initiée par un gouvernement sortant à l’approche d’élections».

Un conflit armé permet de faire diversion, et de créer un phénomène d’union nationale et de soutien à l’armée et par extension au gouvernement en place engagé dans le conflit, ce qui en période électorale peut s’avérer décisif, poursuit Haaretz, qui conclut en pointant du doigt le cynisme incommensurable du gouvernement ultra-sioniste de Netanyahu : «A chaque fois que le parti au pouvoir se sent menacé par les urnes, il met le doigt sur la gâchette.»

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