Jeudi 30 October 2014
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Il n’ y a pas de recette «islamique» prête à être servie

Il n’ y a pas de recette «islamique» prête à être servie
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http://oumma.com/sites/default/files/isolement-mystique-a25671028.jpg

Il est parfois des situations qui tiennent du parfait paradoxe : l’alliance objective entre les anti-musulmans et les islamistes, sur plus d’un point, en relève parfaitement. En effet, chacun de ces acteurs est intimement convaincu que l’islam, dans ses sources les plus profondes (Coran et traditions prophétiques), ignorerait totalement la séparation du religieux et du politique.

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Il est parfois des situations qui tiennent du parfait paradoxe : l’alliance objective entre les anti-musulmans et les islamistes, sur plus d’un point, en relève parfaitement. En effet, chacun de ces acteurs est intimement convaincu que l’islam, dans ses sources les plus profondes (Coran et traditions prophétiques), ignorerait totalement la séparation du religieux et du politique.

D’autres, parmi ceux-là, vont même jusqu’à soutenir, sans crainte du ridicule, soit – pour les anti-musulmans les plus notoires - que les musulmans sont incapables d’opérer le distinguo entre le temporel et le spirituel, et, par conséquent, ne seraient pas intégrables  aux sociétés laïques ou sécularisées, soit – pour les islamistes tout aussi obtus - qu’une telle séparation est une hérésie. Or, les uns et les autres pèchent par essentialisme et culturalisme, auxquels s’ajoutent beaucoup d’idéologie et une bonne dose d’ignorance.

Pour notre part, nous sommes convaincus, au risque de choquer les musulmans « endoctrinés », naïfs ou sincèrement méconnaissants, que non seulement il existe, dans les traditions religieuses de l’islam, des textes qui abondent dans le sens d’une séparation des ordres, mais également, y compris chez certains acteurs de l’islam politique pourtant encore largement minoritaires au sein de leurs mouvements, l’ébauche d’une réflexion renouvelée sur les rapports entre politique et religion en islam.

Autrement dit, la confusion des ordres temporel et spirituel ne serait pas une fatalité, pas plus qu’elle ne serait l’œuvre que des seuls musulmans activistes. À cet égard, est-il besoin de rappeler brièvement, sans pouvoir nous y étendre davantage compte tenu de l’objet de ce texte et de son cadre limité, qu’il a existé, et qu’il existe encore (avec moins de médiatisation), un christianisme politique et un judaïsme politique, qui condamnent aussi vertement que les islamistes, toute idée de séparation du spirituel et du temporel, au nom d’une lecture rigoriste ou littéraliste du corpus scripturaire.

Alors même que les islamistes assument, depuis leurs origines, une intrication de la religion à la vie politique, une partie d’entre eux, à l’épreuve de l’exercice profane de mandats politiques, en est revenue. Pris dans les logiques et la spécificité des champs, pour parler comme Pierre Bourdieu, certains islamistes, à l’instar de l’actuel ministre des Affaires étrangères marocain, Saadeddine Al Othmani, admettent, sur la base d’une relecture de ahâdîth(traditions prophétiques), qu’il existerait effectivement une possibilité théologiquement acceptable, de distinguer les ordres politique et religieux : « Certes, je ne suis qu’un homme, si je vous ordonne quelque chose qui se rapporte à votre religion, prenez-le, et si je vous ordonne quelque chose qui relève de l’opinion, certes je ne suis qu’un homme »(hadîth n°4357, recueil de Muslîm, Livre des Bienfaits).

En insistant de cette façon sur la relativité de l’opinion profane, y compris celle de Muhammad en tant qu’être social (bashar), S. Al Othmani exploite à plein la latitude laissée à l’appréciation autonome du législateur en matière de politiques publiques. En d’autres termes, il admet, in fine, qu’il n’est pas de recette « islamique » prête à être servie, confirmant aussi au passage, que l’islam mérite bien mieux qu’un traitement purement normatif du dogme religieux, consistant à imposer aux autres l’observance stricte des règles religieuses, en privé et en public.

Les acteurs de l’islam politique, au Maroc, en Tunisie et en Égypte, se rendent également bien compte, nolens volens, qu’ils ont été élus pour répondre très concrètement à la demande matérielle de leurs co-sociétaires, et non pour prêcher. Les mosquées, elles, sont déjà prévues à cet effet ! À moins que les islamistes aient décidé de se substituer aux prédicateurs ordinaires…

Par ailleurs, ‘Umar Ibn Al-Khattâb, si révéré par les musulmans sunnites et a fortioripar les islamistes, ne confiait-il pas lui-même, de son vivant : « ‘Si vous cumulez les honneurs de la prééminence spirituelle que Dieu a donnée à l’un des vôtres – c’est-à-dire à Muhammad – et ceux de la prééminence sociale, votre pouvoir sera sans bornes[1] !’ » En d’autres mots, la fusion du politique et de la religion conduirait à l’autoritarisme ou à la tyrannie.

Ainsi, séparer la politique de la religion, loin de consister en une négation de son socle de principes fondateurs et intangibles, déboucherait a contrariosur une double libération pour les musulmans, notamment ceux qui évoluent en contexte où l’islam est socialement prégnant : d’une part, empêcher que des gouvernants ou des régimes usent ou abusent de l’islam pour se proroger, envers et contre tout, au sommet du pouvoir, et d’autre part, redonner à cette religion monothéiste, toutes ses lettres de noblesse, en reinvestissant à plein ses plus hautes visées humanistes, en termes de civilité, d’éthicité dans les relations sociales, de culture de l’altérité et de la dignité humaine.

Cette prise de conscience permettrait d’éviter de mêler à l’islam à des prises de position (heureusement minoritaires) éminemment contestables[2] de personnalités religieuses considérées encore comme des références théologiques incontournables par nombre de mouvements islamistes et d’acteurs de l’islam politique, Français ou non.

En effet, parmi ces personnalités, Y. Al-Qaradhâwî, pris au piège de sa collusion et de ses relations conniventes avec le régime de Doha, légitime de plus en plus, au nom de l’islam, des actions ou des propos, qui donnent de la religion musulmane une image à la fois détestable, intolérante et belliciste.

Tout ceci confirme, si besoin en était, que l’étatisation de la religion ou la fonctionnarisation des oulémas, en terre d’islam, a pour principale vocation de sécuriser des oligarchies régnantes qui n’ont cure du message spirituel de la deuxième plus importante religion de l’humanité. Seule compte, à leurs yeux, la sacralisation de leurs domaines réservés ou la conservation de leur pré carré politico-économique.

Il est temps que les islamistes retrouvent le chemin de la rationalité politique et élèvent l’islam au rang de principes éthiques nobles devant inspirer, intérieurement, l’agir humain. C’est la raison pour laquelle la religion, sous peine de se discréditer et de décrédibiliser ceux qui parlent en son nom, ne saurait se réduire à des incantations[3] et à une fixation obsessionnelle sur le comportement extérieur des individus. Le prophète de l’islam n’est-il pas venu « pour parfaire les nobles vertus » ? Or, chacun sait, en l’espèce, que « charité bien ordonnée commence par soi-même »…

Notes:

[1]Cf. Mohamed-Chérif Ferjani, Le politique et le religieux dans le champ islamique, Paris, Fayard, 2005, p. 119.

[2] http://oumma.com/14465/declarations-cheikh-qaradawi-choquent-liran

[3] http://www.welovebuzz.com/implorer-dieu-la-solution-au-chomage-selon-abd...

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Commentaires

X
medakimabdou
8 points

Separer l'Islam de la politique me sempble etre un danger.
En effet, d'abord les societes sont des ensembles de noeuds relieees entre-eux par des liens d'echanges ( couples conjugaux, liens de communications,relation economico-politiqe ou geopolitique...) dont la variabilite (donc desequlibre...) depent non pas de la religion mais par rapport aux instins humains- cote culturel - dirigeees politiquement.

Dans le souci de faire des humais des gens pures, recevable aux paradis, la religion s'y trouve impliquee pour purifier les socites, stabliser les liens sociaux ( et celui entre ame-corps) et donc de chercher a imposer les egxigences de faire de l'issu des actions humaines une finalite benie face au mal. Il ne peut donc y avoir separation entre politique( cote culture) et religion laquelle veille l'equilibre face aux derapages culturels humains.

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Saladin
-81 points

Personellement, je pense pas qu'il y'ait un danger de tyrannie ou ou d'autoritarisme si un dirigeant joue à la fois un rôle politique et religieux à condition que l'environnement dans lequel il travaille soit démocratique, si la démocratie s'installe dans les pays du printemps arabe et gagne les établissements de l'état, je ne crois pas qu'un dirigeant puisse changer radicalement l'orientation du pouvoir, les peuples arabes à majorité musulmane vont certainement voter pour des partis islamiques mais pourront les juger ensuite à travers les urnes selon leurs actes et les résultats de leurs mandats ainsi nous aurons plusieurs condidats qui proposeront d'appliquer la charia et de l'adapter aux circonstances actuelles de la vie humaine mais le peuple pourra les élire, les réelire, ou les demettre de leurs fonctions pour les remplacer peut-être par d'autres plus compétents qu'eux, en ce qui concerne la sunna du prophète, sur lui la paix et le salut, elle est de trois types distincts : ....

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Saladin
-81 points

Le premier type : Ce qu'a fait le prophète selon la disposition naturelle, c'est-à-dire le besoin normal qui est dans la nature de l'homme comme la façon dont il se levait, dont il s'asseyait, sa façon de manger et de boire , et la base dans ceci est que le prophète n'a pas voulu par cela la législation [des lois] et l'adoration , donc, le musulman n'est pas obligé de l'imiter pour ces choses, mais la façon de manger et de boire en disant Au nom de Dieu, en utilisant la main droite, en disant Louange à Dieu, tous ces actes sont prescrits, et le fait de dormir en se dirigeant vers la Quibla et sur le côté droit, et réciter les invocations avant de dormir, tous ces actes sont prescrits et sont une chose supplémentaire à la base du fait de dormir, Et est joint à cela, ce qu'il a fait par coïncidence et sans le vouloir réellement, comme par exemple : le fait qu'il s'arrête dans un endroit et prie parce qu'il s'y est arrêté et pas pour autre motif, le musulman n'est pas tenu de l'imiter..

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Saladin
-81 points

...Le deuxième type : Les actes que les preuves ont indiqué qu'ils sont pour le prophète en particulier, comme le fait de se marier avec plus de quatre femmes, joindre les jeûnes [continuer à jeûner tout le temps], il n'est donc pas permis à qui que ce soit de l'imiter en cela.

Le troisième type : Ses actes avec lesquels il explique les lois [les législations] abrégées, comme le fait qu'il ait expliqué par les actes la prière qui est venue abrégée dans le coran, et son explication du pèlerinage, de la Zakat, du jeûne et d'autres choses, donc, ces actes prennent le jugement de ce qu'ils ont expliqué, s'ils ont expliqué une obligation, ils sont alors obligatoires, et s'ils ont expliqué un acte préférable, ils sont alors préférables.

Ne font pas partie de la Sunna ses avis proprement personnels comme ses idées émises sur la fécondation du palmier, lorsqu'il immigra à Médine et s’aperçut que ses habitants greffaient les dattiers en fécondant la femelle grâce aux éléments tirées du mâle.

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Djébé
-56 points

Tres bien comme article. Un peu de lucidite ne fait pas de mal. La religion ne permet pas de gerer un etat, et donc doit rester ce qu'elle est : une religion.

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Waglioni
-1249 points

@Saladin, « Ne font pas partie de la Sunna ses avis proprement personnels comme ses idées émises sur la fécondation du palmier, lorsqu'il immigra à Médine et s’aperçut que ses habitants greffaient les dattiers en fécondant la femelle grâce aux éléments tirées du mâle. »

C’est bien dommage !
Rappelons qu’il avait émis le conseil de s’en remettre à la nature. Mais l’année suivante, ceux qui avaient suivi son conseil, virent leur récolte terriblement diminuée en quantité.
Or si l’on retenait son conseil, s’en remettre à des moyens purement naturels (fécondation par les insectes pollinisateurs), principe qui est à la base de toute réflexion sur la l’agriculture raisonnée, voire bio, cela nous permettrait de mieux lutter contre les ravages de l’agro-business déchaîné.

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Waglioni
-1249 points

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Il faut croire que très-tôt, le lobby des producteurs de dattes ont obtenu que le précepte donné en la matière par le Prophète (que Dieu garde), n’obtienne pas un statut doctrinal, allant même, comme vous le suggériez dans un précédent post, jusqu’à disqualifier cette opinion (le Prophète relégué au rang misérable de bobo avant la lettre ?). Le culte de la quantité, contre la qualité, avait gagné, et vous avez raison de le rappeler par cette anecdote, très instructive, sur la construction de la sunna : à moins de sanctifier le collectif et tomber ainsi dans la critique de Feurbach (et des marxistes à sa suite), je ne vois pas comment on peut sanctifier la sunna.

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nanny
27 points

Le Djébé qui est de permanence aujourd'hui écrit plutôt bien. Ses autres clones ont un style qui laisse parfois à désirer.Cela dit, le Vatican est bien géré , il est même très riche.

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Pancole
-4221 points

Le Vatican riche! Ses biens sont sous forme d'oeuvres d'art non-négociables. Allez vendre le plafond de la Chapelle Sixtine?
Les catholiques ne disposent pas d'une ressource qui se négocie sur les marchés et dont les détenteurs ne font pas toujours le meilleur usage. Si l'on s'en tient à l'Algérie ou à l'Arabie saoudite par ex., le premier manque à ses devoirs vis à vis de ses citoyens, qui fuient les pays par centaines de milliers; l'autre répand sur la planète une foi mahométane archaïque et stérilisante pour la pensée humaine.

Dans tous les cas la confusion de la religion et du politique n'est pas un gage d'efficience.

Dieu n'a jamais montré de dispositions particulières quant à la gestion des sociétés humaines, le mêler aux affaires ne peut conduire qu'à des déconvenues.

Les sociétés occidentales l'ont compris assez tôt il faudra encore quelques siècles pour que les pays musulmans s'en convainquent.

Si vos clones n'ont pas votre talent ils ont les mêmes accents belliqueux.

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Saladin
-81 points

@Plazzo dit : ...Dieu n'a jamais montré de dispositions particulières quant à la gestion des sociétés humaines, le mêler aux affaires ne peut conduire qu'à des déconvenues...

Les nations non musulmanes qui satisfont aux conditions nécessaires pour l’instauration et le progrès des Etats se voient récompensées par Allah de la même monnaie car celui-ci n’agit jamais injustement à l’égard de quiconque. C'est le sens du hadith : « Allah rétribue correctement les bonnes œuvres faites par les croyants; pour lesquelles Il leur fait des faveurs dans le monde ici-bas, avant de les récompenser dans l'Au-delà. Quant au non musulman il récolte le fruit de ses bonnes œuvres dans ce monde ici-bas, de sorte que, une fois dans l’Au-delà il ne lui en restera rien pour en être récompensé.» (Rapporté par Mouslim)... C'est aussi le sens du hadith :...

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Saladin
-81 points

...C'est aussi le sens du hadith :...Lorsque ’Amr Ibn al-Ass a entendu Al-Moustawrad Ibn Chaddad dire: « A l’arrivée de l’Heure les romains seront les plus nombreux ». 'Amr lui dit alors: « Réfléchis à ce que tu viens de dire !» Al-Moustawrad lui répond: « Ce que je dis je le tiens de la bouche même du Prophète ». 'Amr lui dit: « Si tu es sûr de ce que tu avances eh bien je peux t’affirmer qu’ils sont doués des quatre vertus suivantes: ils sont les plus débonnaires et les plus cléments quand il y a un désordre général, les plus rapides à se ressaisir à la suite d’un désastre, les plus prompts à revenir à la charge après avoir déguerpi et, enfin, ils sont les plus serviables et les plus secourables pour les pauvres, les orphelins et les faibles. En plus ils ont une cinquième vertu qui est tout à fait adorable: Il sont les mieux protégés contre l'oppression des rois. » (Rapporté par Mouslim)...

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Saladin
-81 points

...On dirait que ’Amr estime que ces qualités sont pour beaucoup la cause de leur survie et la multiplication de leur nombre. Il en résulte que l’oppression, l’irresponsabilité et le bafouement des droits sont autant de signes précurseurs de la ruine et de la défaite. C’est d’ailleurs un précepte bien établi en sociologie et auquel Ibn Khaldoun a, dans sa fameuse Introduction, consacré un chapitre à part intitulé « l’oppression mène à la destruction de la civilisation».

D’autre part il y a un autre aspect qu’on ne doit nullement ignorer à ce propos c'est le fait qu’Allah peut accorder la victoire à une nation non musulmane au dépend d’une nation musulmane, en punition pour la désobéissance de cette dernière. C’est ce qu’on a vu lors de l’Expédition d’Ouhoud comme décrit dans le Coran: Et certes, Allah a tenu Sa promesse envers vous... jusqu'au moment où vous avez fléchi, où vous vous êtes disputés à propos de l'ordre donné, et vous avez désobéi ...Puis Il vous a fait reculer devant eux...(3/152)