Dimanche 13 July 2014
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Spiritualité et changement de paradigme

Spiritualité et changement de paradigme
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La conscience humaine actuelle, entraînée par ce modèle occidental tout en en constatant de plus en plus l'aberration, se révèle pour l'instant incapable de faire émerger une éthique globale, fondée sur ce que j'appelle « l'humanisme spirituel »

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La crise morale et financière que traverse l'Unesco est un symptôme éloquent de la crise globale du Sens qui affecte actuellement l'humanité. D'après les grandes traditions spirituelles, nous vivons la fin d’un cycle majeur de cette humanité, et ceci apparaît avec d'autant plus d’évidence que cette ‘‘descente’’ à la fin du cycle a pour corollaire une accélération des processus globaux à l'œuvre dans le monde.

Par exemple, notre vécu du temps et de l'espace n'a plus rien à voir avec celui de nos grands-parents, et la révolution informatique est assurément l'un des principaux bouleversements qu'a connus l'humanité. En fait, nous vivons en direct l'échec du type de ‘‘modernité’’ imposée dès le XVIe siècle par l'Europe au monde, et relayée au XXe siècle par les États-Unis. Cette modernité [- car les différentes civilisations humaines ont proposé par le passé d'autres types de modernité -] est en définitive schizophrène, puisqu'elle promettait un « progrès » matériel, techno-scientiste, sans se soucier aucunement de l'évolution spirituelle de l'humanité.

C'est ainsi que l'émir Abdelkader, fondateur au XIXe siècle de l'État algérien mais avant tout spirituel musulman ancré dans l'universel, a accompagné le progrès technique des Européens, tout en les avertissant que le « ciel » allait se refermer sur eux.

La conscience humaine actuelle, entraînée par ce modèle occidental tout en en constatant de plus en plus l'aberration, se révèle pour l'instant incapable de faire émerger une éthique globale, fondée sur ce que j'appelle « l'humanisme spirituel » : on le constate tous les jours dans le champ géopolitique.

Or, qu'on le veuille ou pas, qu’on en soit conscient ou non, nous sommes en train de changer de paradigme : après avoir expérimenté le mythos - l’ère du mythe- et le theos – l’ère du théologique-, l'humanité doit maintenant passer du logos au holos, ou ‘‘conscience universelle’’. Nous devons - car nous n'avons guère le choix - nous affranchir de la dictature non pas de la raison en tant que telle, mais d'une « raison » instrumentalisée, d’un logos asservi à l'utilitarisme et au profit partisan, unilatéral.

Nous devons nous dessaisir d'une vision borgne, car unidimensionnelle, du monde, pour recouvrir une vision ‘‘en relief’’, où se croisent verticalité et horizontalité, raison et intuition, conscience de l'universel et conscience du local, expérimentation dans le monde phénoménal et expérience intérieure, etc. Ceci est déjà en train de se faire, mais avec des tensions majeures du fait de l'importance des enjeux. La conscience holistique sait bien que nous sommes tous interdépendants, et que nuire à autrui c’est nuire à soi-même.

Le soufi Ibn ‘Arabî (m. 1240) nous dit que nous baignons dans l'illusion de vivre dans des corps ou des entités autonomes ; en réalité nous sommes tous reliés par la trame à la fois unique et complexe de la vie. Le fameux « effet papillon » a été exploré depuis longtemps par des spirituels de toutes les traditions.

Ainsi, nous n'avons d'autre choix que de délaisser le modèle pyramidal, établi sur le seul ‘‘avoir’’, sur l'injustice, la compétition, la dualité, l’hypertrophie du mental calculateur, pour nous inscrire dans le modèle du cercle qui donne la priorité à ‘‘l’être’’, à l'égalité (il n'y a ni premier ni dernier dans un cercle), au principe d’une Unicité généreuse qui englobe la multiplicité du vivant. C’est là un modèle qui donne son droit à chaque niveau de l’être. Dans l'histoire de l'humanité, la civilisation issue de la modernité occidentale est la seule à avoir nié l’existence des plans de l’être autres que le plan matériel.

Il est vrai que les religions elles-mêmes ont parfois versé dans ce que le lama tibétain Trungpa appelait le « matérialisme religieux ». Elles imposent parfois une vision réductionniste, mutilante, de la réalité tout autant que le positivisme techno-scientiste. La spiritualité va-t-elle se distinguer des religions instituées, pour prendre des formes plus diffuses, plus laïques ?

C'est un mouvement qui semble à l'œuvre aujourd'hui. De la même façon, si certains auteurs tels que le métaphysicien français René Guénon (m. 1951) ont espéré que l'Orient féconde l'Occident afin que celui-ci retrouve une harmonie entre esprit et matière, force est de constater que la tentation consumériste touche actuellement toute société humaine, chacune selon son cycle d'évolution propre.

En vérité, ce qu'on appelle la postmodernité signe la fin des certitudes, et c’est là l'un des avantages de la révolution informatique : l’hypocrisie du système de gouvernance mondiale se révèle chaque jour davantage ; les faux-semblants tombent et, pour reprendre une expression soufie mais qui est aussi celle du physicien Bernard d'Espagnat, « le Réel voilé » se dévoile… L'on peut même mesurer précisément aujourd'hui l'angoisse générée chez l’homme par la globalisation sauvage et l'impérialisme du techno-capitalisme, ainsi que son impact sur la santé psychique et physique de l’homme, sans parler des autres règnes.

La spiritualité a pour vocation d’ouvrir le champ cognitif humain à l'universel, à la présence de l'autre, quel qu'il soit. Dans un contexte de désagrégation des repères, et d’une multipolarité encore confuse sur le plan géopolitique, la spiritualité nous apprend à nous déconditionner de nos fausses identités, lesquelles sont secrétées par l'ego : je pense notamment, dans le contexte de l’Unesco, aux nationalismes étatiques, qui font tant de dégâts dans le monde actuel.

Elle nous apprend encore à nous départir de la logique binaire exclusiviste (oui ou non, toi ou moi), pour accéder à une supra-logique inclusiviste, appelée le « tiers inclus » par certains physiciens : oui et non, toi et moi, car en définitive c’est Lui - qu'on l'appelle le Principe, Dieu ou autre - qui nous régit.

Ceux qui se nourrissent du système de gouvernance politico-économique actuel savent très bien que, du fait de l'hégémonie de ce système, l'humanité va droit dans le mur. Ils en appellent même à une république mondiale, à un conseil universel des sages.

Certes, nous sommes tous pétris de contradictions – et pas seulement eux- mais un travail sur soi s'impose, dans l'urgence, afin de faciliter la transition entre ce monde finissant et celui qui doit naître. Le travail sur soi, on le sait, est un préalable de toute démarche spirituelle, et il concerne à la fois l'individu, l’Etat et l'humanité tout entière.

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Commentaires

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baraa
419 points

Toute situation de déséquilibre provoque une contre-tendance, il en va de même avec la modernité. Face à la stagnation de la pensée islamique (fermeture de l'ijtihad) et à la dictature des Eglises chrétiennes, la modernité a mis de l'avant non seulement le progrès technique et l'occidentalisation-colonisation du monde, mais aussi la promotion sociale, l'avancement culturel des masses, la démocratisation des rapports sociaux, la généralisation de l'hygiène publique et l'émergence de théologies de la libération. Ce progrès a certes négligé l'aspect spirituel comme auparavant le progrès des masses avait été négligé. Maintenant, un progrès spirituel dégagé des soumissions à des pouvoirs tyranniques est désormais envisageable. Un spirituel permettant une réelle libération de la logique du ribah, tant matérielle que "spiritualisée". Un spirituel intégrant les grands processus de progrès sociaux faits dans la foulée des révolutions contemporaines. Marchons sur 2 jambes!Regardons avec 2 yeux!

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Guy Parent
1 points

Le sentimental pense donc que son activité vise à contribuer au bien-être universel. Mais en fait, la raison fondamentale de son attitude tient à la jouissance inconsciente d’imposer sa mission aux autres. Le Soi du sentimental se fixe ainsi.

Les caractéristiques comme la capacité de vouloir et de désirer, la capacité de comprendre et de concevoir, la capacité de ressentir et de percevoir… trouvent leurs racines ultimes dans la conscience, bien qu’elles s’expriment à travers le relais cérébral et corporel.

Mais on peut aussi décrire la conscience comme cette force qui, en nous, constitue l’essence de la paix et de la volonté. Et dans cette acceptation, élever le niveau de conscience signifie simultanément, de prier le même Dieu, la conscience du regard de l’autre, notre expérience humaine, accepter notre être et l’autrui, etc., pour arriver à vivre une fraternité humaine.

Merci

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demmou tahar
-2 points

Il semble que l'humanité doive suivre un plan car bien d'indices (sociale, économique, écologique...) sont au rouge et des alarmes(crise financière, inondations, extrémismes...) retentissent de façon manifeste, mais l'homme poursuit sa route. S'il y a eu des contextes (guerre mondiale, pandémie...) ayant amené une élévation de la conscience et des décisions globales pour corriger la trajectoire (création de l'ONU, de l'OMS, d'un foyer pour les Juifs...), cela a également fait apparaître d'autres éléments antinomiques (hégémonie du conseil de sécurité, mainmise des grandes firmes pharmaceutiques sur la santé mondiale, prééminence du sionisme sur l’hébraïsme...).
Comme si en arrière-plan de l'histoire, s'exécutait un autre plan subtile, impliquant des forces occultes qui gouvernent les hommes ; et celles l'emportant aujourd'hui n'élèvent pas leur conscience en les maintenant dans une urgence permanente (peurs, chômage, insécurité).
Et ce scénario a ses acteurs (quid du producteur ?

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demmou tahar
-2 points

Intéressante vision globale, cependant il semble qu'il y ait quelques zones d'ombre. Il est question de la modernité occidentale qui a permis un certain progrès tout en négligeant l'aspect spirituel. Mais aujourd'hui il est possible de corriger cela grâce à "un affranchissement des pouvoirs tyranniques". Quels pouvoirs tyranniques en cet Occident colonisateur ?

Par ailleurs, bien avant cette ère, la civilisation islamique (notamment en Andalousie et Bagdad) n'avait-elle pas réussi à faire progresser l'humanité sur tous les aspects, y compris et surtout celui spirituel ?
Sous le même rapport, ne fut-ce pas aussi le cas de la civilisation chinoise (et grecque), et cela des siècles avant ?
Si telle était la réalité, il serait peut-être plus juste de simplement considérer, selon la formule consacrée, que "l'Occident est un accident" dans ce progrès de l'humanité... et dans ce cas, rien ne militerait pour un rétablissement spirituel de cet Occident.