Lundi 13 mai 2013
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De l'Algérie, de son indépendance et de la haine de soi et des siens

De l'Algérie, de son indépendance et de la haine de soi et des siens
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Lisons et écoutons ce qui s’écrit ou se dit par des Algériens à propos de l’indépendance de leur pays. Ce n’est qu’une longue incantation négative, une ahurissante auto-flagellation qui mêle dégoût, désespoir et abattement.

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 Le cinq juillet est  célébré le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Dans le pays, comme en France (surtout en France, d’ailleurs), ce rendez-vous est l’occasion, depuis plusieurs mois, de multiples écrits et évènements. Articles, livres, expositions, colloques, conférences, soirées culturelles et émissions télévisées : l’Algérie et son histoire contemporaine sont l’un des sujets incontournables de cette année 2012.

De la tonalité générale de ces manifestations, un thème fort s’impose. C’est la faillite du système politique algérien et de l’indiscutable incapacité du pouvoir en place depuis 1962 à tenir les belles promesses de l’indépendance. Cinquante ans après le départ de la puissance coloniale, le bilan est terrible : l’Algérie est un pays à la traîne sur de nombreux plans et ce n’est pas la richesse artificielle – et éphémère - engendrée par la rente pétrolière qui peut nuancer ce constat humiliant.

Faut-il pour autant faire preuve de si peu de considération pour l’instant indépendance ? Et pourquoi faudrait-il se couvrir la tête de cendres et joindre ses pleurs au concert de lamentations que l’on ne cesse d’entendre à propos de l’Algérie ? Dans leur colère, et parfois leur haine, à l’encontre du pouvoir et de la manière dont il « non-gère » le pays, nombreux sont celles et ceux qui ne s’attardent guère sur ce qu’a pu représenter, ce que représente encore, l’indépendance.

Face au bilan de cinq décennies plus ou moins perdues, le moment de grâce de juillet 1962 est relégué aux oubliettes. C’est à peine si l’on évoque son importance, son caractère fondamental pour les Algériens cela sans oublier l’euphorie de tout un peuple et, plus encore, la victoire que représentait, au sens de la condition et de la dignité humaines, sa sortie de l’asservissement.

En clair, on balaie ce qui fut pourtant essentiel – et fondateur - car on préfère gémir à propos de ce qui est arrivé ensuite, comme si l’indépendance ne méritait qu’une simple mention liminaire en marge d’une longue liste d’échecs.

Lisons et écoutons ce qui s’écrit ou se dit par des Algériens à propos de l’indépendance de leur pays. Ce n’est qu’une longue incantation négative, une ahurissante auto-flagellation qui mêle dégoût, désespoir et abattement. C’est là le triste résultat des agissements du pouvoir et des différentes formes de violence qu’il a infligées à son peuple. Mais cette explication n’est pas suffisante.

Impossible, en effet, de ne pas y voir la trace d’une certaine haine de soi, une non-acceptation de ce que l’on est, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui appartiennent à un pays qui, certes, aurait pu avoir un bien meilleur sort mais qui méritait avant tout d’être indépendant. Relativiser l’indépendance, la « mettre en perspective » comme le disent certains confrères, c’est feindre de croire que l’on aurait pu « être » sans elle. C’est la considérer comme un événement banal et neutre.

La haine de soi traduit aussi de vieilles fêlures et frustrations (*). Elle habite celui ou celle qui, enfant ou adolescent, a subi la réalité coloniale et qui, oubliant ce qu’il était – et ce qu’il n’aurait jamais pu être sans l’indépendance (médecin, ingénieur, architecte, journaliste, écrivain, universitaire…) – rêve encore d’appartenir au monde qui lui était jadis interdit. Comprenons-nous bien.Il ne cherche pas, comme l’a si bien expliqué Fanon, à prendre la place du colon (ça, ce sont les nouveaux maîtres du pays qui l’on fait !).

Non, il rêve simplement de prendre une revanche sur son propre passé. Il rêve de quitter sa peau de colonisé et de pouvoir, les pieds enfin chaussés, danser au bal-musette du 14 juillet sur la place de la mairie. Ses mises en causes de l’Algérie indépendante, ses diatribes à l’égard de ce que fut la Guerre de libération et de la manière dont elle fut menée, sont ainsi l’expression du désir refoulé de se prouver qu’il aurait pu quitter sa condition d’indigène ou de sujet de la République française. Et lorsque ce discours est tenu en France, et quel que soit le milieu auquel il s’adresse, c’est une manière pathétique de dire « Voyez ! Voyez, comme j’aurais pu être des vôtres. »

Ce type de détestation s’est même transmis d’une génération à l’autre. D’est en ouest, on continue d’agiter les bras à destination du nord, en essayant de mettre en avant sa propre singularité dans une masse que l’on accuse de tous les maux et de tous les « ismes » : fascisme, obscurantisme, intégrisme, antisémitisme, etc… Il est certes du devoir de l’observateur, qu’il soit journaliste, universitaire ou écrivain, de se mettre au-dessus de la mêlée et de porter la plume ou la parole là où elle doit faire le plus mal (et d’accepter au passage d’être critiqué pour cela).

Mais cette position ne doit viser qu’à prendre du recul et non pas à se sentir supérieur vis-à-vis du peuple auquel on appartient. La haine et le mépris des siens ne sont rien d’autre que la haine et le mépris de soi…

Ce qui est choquant dans l’affaire, c’est que ces jérémiades continues – fussent-elles fondées – contribuent à discréditer l’idée même de la nécessité de l’indépendance de l’Algérie. Quand des Algériens se mettent plus bas que boue alors qu’il s’agit juste de parler du 5 juillet 1962, il ne faut pas s’étonner que le courant révisionniste qui sévit en France s’en trouve renforcé.

Ici, c’est la mémoire des tortionnaires de la Bataille d’Alger que l’on célèbre. Là-bas, c’est « l’œuvre civilisatrice » de l’Algérie française que l’on revendique et souhaite voir proclamée de manière officielle. Et les élites algériennes, qu’elles soient politiques ou intellectuelles, se retrouvent sommées de faire amende honorable. Les voici presque obligées de demander pardon pour l’indépendance et de convenir, tête basse et mains derrière le dos, que le FLN a imposé l’indépendance en terrorisant une population qui n’en voulait pas tant elle était satisfaite de l’ordre colonial ( !).

Voici ces élites obligées d’admettre que les choses auraient pu être différentes, que Bugeaud pourrait avoir encore sa statue à Alger, que l’incendie de la bibliothèque universitaire d’Alger par l’OAS était compréhensible et, plus que tout, les voici appelées à proclamer sur la place publique des relations franco-algériens, que l’indépendance n’a finalement servi à rien.

Il est vain de faire l’élégie d’un pays virtuel. Cette Algérie qu’il nous arrive tous de pleurer pour l’avoir tant rêvée, ne pouvait naître et exister aussi vite. Parce que telle est l’Histoire des peuples et des nations, la démocratie et la liberté sont un long combat, tortueux et quotidien. Il ne s’agit donc pas de sacraliser juillet 1962 mais d’en faire un moment à part et respecté. Faisons un pas de côté et respirons un peu.

Prenons une pause dans l’expression continue de la désespérance et du ressentiment nationaux. Ce sera une manière comme une autre de crier « vive l’indépendance algérienne ! » à l’heure où notre amertume et les errements coupables d’un système qui ne lâche rien donnent raison à ceux qui hurlent encore – ou de nouveau, et de plus belle - « vive l’Algérie française ! ».

 

(*) Sur la notion de haine de soi et des dégâts qu’elle inflige à la société algérienne, dirigeants compris, il faut lire La Martingale algérienne (éditions Barzakh) d’Abderrahmane Hadj Nacer.

Le quotidien d'Oran

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Commentaires

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Maicha
21 points

Merci ,Mr Belkaid pour ce texte si juste.A mon sens ,les algériens auraient voulu que l'Algérie soit comme la France ,or c'est oublier qu'en 1962 ,une fois tous les pieds noirs partis,l'Algérie était à construire ,il y avait peu d'intellectuels ou de gens compétents pour prendre les places vacantes.Un pays ne se construit pas en un jour, une révolution n'amène pas forcément un mieux,il y a des soubresauts ,des erreurs ,des expériences à faire ou a ne pas refaire ;prenons l'exemple de la France et de sa révolution de 1789 ;il y a eu la Terreur ,les éxécutions,les assassinats etc ;cette révolution a mis plus de cent ans à se stabiliser.Aujourd'hui ,on veut tout et tout de suite à tous points de vue.Pourque les jeunes algériens comprennent combien cette indépendance était necessaire,il faudrait leur montrer comment les algériens vivaient à l'époque ,ce dont ils étaient privés dans leur propre pays,tous les méfaits de la colonisation ,tout un travail à faire

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Maicha
21 points

Demander aux anciens de leur raconter leur vécu,diffuser des vidéos,leur parler de ceux qui ont perdu la vie pourque ,eux ,puissent vivre libres,étudier ,travailler .Alors oui ,bien sur ,si on se compare à la France ,on ne peut qu'etre aigri mais ce n'est ainsi qu'il faut se positionner mais par rapport à ce qu'était l'Algérie avant l'indépendance.La France ne devrait plus être un modèle et s'il était possible aux algériens de passer quelques années en France actuellement ,ils verraient l'Algérie autrement et comprendraient que malgré toutes ses insuffisances ,c'est leur pays et que bon an ,mal an,il n'a pas si mal avancé

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Amir
-53 points

Pour recommencer la construction de l'Algérie, il faut peut-être préciser que l'Algérie est devenue indépendante au sens historique du terme le 3 juillet 1962 et non le 5 juillet 1962....

Réhabiliter quelques vraies figures historiques à commencer par Messali et son épouse (une Française de souche, pour clouer le becque aux nostalgiques de l'Algérie française) et que les vrais historiens fassent leur travail, au lieu d'avoir à lire Ali kaffi qui insulte les vrais génies de cette révolution...

Dire que la légitimité historique a fait son temps, arrêter de faire vivoter les moujahidine et leurs descendants de l'après 19 mars 1962 et leur descendant...

Que le FLN devienne, le parti de tous les Algériens et symbole dont tous les Algériens se reconnaissent et non le nid des vipères et de fakhamatouhou le nain de jardin

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BOTTON
8 points

Oui, Maicha, tu as raison. Article sans concession et qui paraît, en effet, très juste. Tu vois juste aussi en ce qui concerne le départ ("aidé" par l'OAS et ses atrocités) des "pieds-noirs" dont il;faut rappeler que la plupart étaient de petites gens manipulés par les trust métropolitains. Oui, il y a trop peu d'historiens sérieux pour faire l'histoire de la colonisation française. Il y en a pourtant (algériens et français) mais, évidemment, ils ne sont pas mis sous le feu de nos "brosses-à-reluire.

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latifa
-37 points

C'est avec une grande joie au coeur que nous nous apprêtons à fêter le cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie.

Je comprend l'amertume de certains algériens qui auraient voulu que l'Algérie ressemble à la France. Quelle louffoque contradiction !.

La situation de l'Algérie peut se comprendre et s'expliquer, pas besoin d'y ajouter du pathos.

Les combattants de la libération voulaient se libérer de la colonisation point barre. Peu d'entre eux se projetaient dans l'avenir.

Peu de pays ont payé le tribu qu'ont payé les algériens et tous les gens épris de justice dans ce combat de David contre Goliath.

Un combat de fous tellement inégal qu'on se dit qu'il n'aurait jamais abouti à la victoire si Dieu ne lui avait donné le coup de pouce surnaturel qui l'a caractérisé.

La plupart des combattant étaient analphabètes ou très peu instruits, sans moyens financiers et sans armes.

Allahu Akbar !.

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latifa
-37 points

Trop marrant ! En même temps que cet article nous vient l'info selon laquelle l'Algérie est classé 26ème des pays où il fait le plus bon vivre !.

C'est vrai. C'est un mystère.

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safi benbouzid
17 points

Akram Belkaid écrit ;
- « richesse artificielle – et éphémère - engendrée par la rente pétrolière qui peut nuancer ce constat humiliant. »
Comme Omar Benderra, il semble ignorer le projet de production d’énergie solaire qui fera de l’Algérie un pays exportateur d’électricité pour la nuit des temps.

- Au lendemain de l’indépendance, feu le Président Ben Bella, dénonçait ceux qui voulaient comparer l’Algérie au Paris des Champs-Elysées.

- Des cinquante ans d’indépendance, il faut déduire la décennie où Mitterrand dirigeait l’Algérie.
Il a fait, entre autres, démanteler un des meilleurs services de renseignement extérieur au monde.
Les Palestiniens, toutes factions confondues, n’arrêtaient pas de nous répéter que « Le Mossad comptait mille comptes quand il s’agissait des services algériens ».

- Enfin, Hadj Nacer, ancien directeur de la Banque centrale, qui vit luxueusement dans un appartement lui appartenant, est une référence plus que douteuse.

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Maicha
21 points

Voilà un article à lire qui remettra les choses en place:

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/05/article.php?sid=136336...