Mercredi 10 December 2014
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Revenir vers le Miséricordieux

Revenir vers le Miséricordieux
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L’action de l’homme vertueux d’œuvrer pour le bien dans la société au sein de l’humanité devient alors une nécessité pour sa quête et un impératif dans sa relation avec le Divin, et non seulement un devoir moral ou religieux.

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Il faut tout d’abord examiner la place de l’homme dans la création et le sens que l’on donne à la notion de salut pour pouvoir enfin comprendre et saisir l’importance de la portée de nos actes durant notre vie ici-bas.

Dans cette relation de l’homme avec Dieu, l’Islam ne met l’accent ni sur une incarnation ou manifestation de l’Absolu, ni sur la nature déchue, imparfaite et pécheresse de l’homme. Il envisage plutôt l’homme tel qu’il est dans sa nature primordiale adamique (filtra) et Dieu tel qu’Il est dans son absolue Réalité.

Il est vrai que dans sa condition ordinaire l’homme se présente comme un être faible, égoïste et injuste ; il est habituellement esclave de ses désirs, de sa convoitise et de ses passions animales, ignorant le plus souvent sa réalité d’être qui fait de lui le réceptacle de la conscience universelle.

L’Islam, sans aucunement méconnaître la faiblesse et les limites de la nature humaine, ne considère pas l’homme comme une volonté pervertie, mais essentiellement comme l’être qui a reçu le dépôt (amana), de cette présence divine.

En cela, il est le représentant (khalifa), de Dieu sur terre. Si l’essence de l’Être divin est impénétrable et absolue, Il est, par contre, par Ses attributs (sifat, 1), proche de toute Sa création. Par eux, l’homme se rapproche de Lui. En cela il est à l’image de son Créateur, comme un miroir reflétant de manière consciente cette présence divine.

Cette nature originelle est avant tout une intelligence qui peut discerner le réel de l’illusoire, et qui d’une manière naturelle conduit à l’unité (tawhid). C’est ensuite une volonté qui peut choisir librement entre le vrai et le faux. Enfin c’est le pouvoir de la parole par lequel s’exprime la relation entre l’homme et le divin mais aussi entre lui et ses semblables.

L’intelligence, la volonté, et la parole sont en leur essence les qualités divines que Dieu a confiées à l’homme et à l’aide desquelles il chemine vers Lui. Ainsi : "Les actions ne valent que par leurs intentions" a dit le Prophète Mohammed. En effet, c’est bien l’intention qui fonde la valeur des actes conduisant l’homme vers le salut ou l’éloignant de celui-ci.

Elle se nourrit, se conçoit et s’appuie sur la conscience. Car en vérité la raison ne se suffit pas, elle nécessite d’être fécondée par la conscience, qui a besoin elle même d’une direction pour naître et croître. Là interviennent les enseignements spirituels et religieux qui ont accompagné l’humanité depuis toujours. Par l’entremise de l’intervention divine, à travers les prophètes, les sages et les envoyés, s’est transmis un enseignement d’éveil qui nourrit et fait croître notre conscience individuelle jusqu’à ce qu’elle se réalise dans la conscience universelle.

C’est lorsque il est arrivé à cette ultime étape que l’homme s’unifie et atteint l’équilibre parfait de sa personnalité, d’où l’importance d’une éducation d’éveil ; plus notre état de conscience grandit, plus l’être que nous sommes s’affine.

L’action de l’homme vertueux d’œuvrer pour le bien dans la société au sein de l’humanité devient alors une nécessité pour sa quête et un impératif dans sa relation avec le Divin, et non seulement un devoir moral ou religieux. Elle est le salut de l’âme ici bas sans attendre de récompense future dans l’Au-delà. C’est le chemin de l’Amour désintéressé qui conduit vers la paix, la fraternité et l’élévation vers le Divin, Source de Miséricorde, qui octroie à l’homme par Sa grâce salvatrice le salut éternel.

Si par contre cette notion de salut s’attache à l’attribution d’une récompense future et à la crainte du châtiment éternel, elle conditionne notre comportement à suivre aveuglément un credo, un dogme, une morale comme seule voie exclusive de salut. Elle devient alors un réfèrent lourd de conséquence face à la liberté d’autrui et au respect dû à celui, différent, qui ne pense pas ou qui n’a pas la même foi que nous.

Cette conception du salut ne fait pas de nous des êtres fraternels, ouverts vers l’universel, mais au contraire des êtres pensant que seuls ceux qui sont de la même croyance que nous sont dans le vrai et méritent le salut. On se prive par cette attitude de reconnaître l’immense miséricorde divine capable d’accueillir en son sein toutes les créatures.

Cette diversité et ces divisions permettent à l’homme de s’interroger, de chercher. Dans le domaine de la foi, la Vérité n’est jamais figée. Elle se dévoile à nous à travers une expérience profonde vécue au cœur de l’être et dans la conviction intime de nos rapports avec Dieu. Chaque tradition a sa méthode. Cette diversité est voulue pour que la vérité soit reçue par tous selon sa culture et son entendement.

Le prophète Mohammed disait : "Parlez aux hommes selon leur degré de compréhension’’ , et le Coran "Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté" (sourate 5, verset 48). Toujours et partout, des hommes ont prétendu être dans le vrai et ils ont fait souffrir ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux. Malgré les génocides, ils n’ont pu arrêter le destin de l’humanité.

La révélation apportée par chaque prophète incite et éveille l’homme à retrouver l’universalité inscrite en lui. Il n’y a, ni antagonisme entre les prophètes ni opposition entre les messages révélés , mais une parfaite continuité dans l’harmonie. Abandonnons nos prétentions de nous croire les seuls dans le vrai. Si le message, lui, reste universel, l’homme, par son égocentrisme, le transforme, le rétrécit, l’assèche en se l’appropriant pour l’instrumentaliser à des fins personnelles.

Le salut et les moyens du salut deviennent un domaine réservé aux uns, excluant les autres. Ils sont accaparés par des "élus" qui le dispensent ou le restreignent arbitrairement, d’après leur interprétation des textes sacrés. Même si cette façon d’agir s’appuie, parfois, sur des intentions louables.

Le salut ne s’obtient pas par une recette magique, dogmatique ou sectaire octroyée par des être "savants" ou "éclairés". Il est une grâce suprême accordée par le Miséricordieux à toute créature qui revient vers Lui.

(1) Les attributs divins sont les Noms par lequel Dieu se manifeste dans la création

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Commentaires

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Liliane Bénard
-309 points

Cheikh Khalid Bentounès nous donne un enseignement merveilleux. Ses réflexions paraissent sans rapport avec des actualités pénibles. Il nous montre que les apparences sont trompeuses.

Les hommes peuvent s'unir quelles que soient leurs fois en lutte contre l'horreur. Ils parviendront au salut.

Ils en éprouvent la nécessité ici-bas car ils ont le sens de l'universel, c'est à dire de ce qui est bon pour tous les hommes. Ils ont une conscience : taqwa en arabe qui veut dire la conscience de Dieu, si présenté dans le Coran.

Merci Cheikh Bentounès, cette certitude nous éclaire et nous fait du bien.

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Liliane Bénard
-309 points

Le Cheikh Bentounès répond à la question de l'article d'Eric Geoffroy : Retour du religieux ou Retour du spirituel. Il s'agit bien de revenir vers le Miséricordieux.

Ce retour est mieux orienté vers Dieu Seul, le Tawhid.

Il est plus fidèle à la nature, à la "fitra" originelle, par delà la multiplicité des religions et des spiritualités.

La voie est tracée et finalisée.

L'action de l'homme est en question avec les autres et malgré notre ignorance. Nous devons " œuvrer pour le bien dans la société" pour nous élever vers Dieu. Notre salut en dépend malgré nos différences.

Les moyens du salut ne sauraient être réservés à quelques "élus" auto proclamés. Ils sont des dons de Dieu pour le bonheur ici-bas et dans l'au-delà. Il suffit de revenir vers Dieu, le Seul pour tous les êtres humains. Ces moyens ne sont ni magiques, ni dogmatiques ni sectaires.

Ils expriment la Miséricorde. J'ajouterai qu'ils rejettent les guerres. Ceux qui les ont vécues les trouvent horribles et injustes

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fripouille34
7 points

Salam,

Je trouve votre texte très riche. Il contribue à se remémorer le sens de notre vie : la finalité ultime de notre présence sur Terre est bien d'adorer Dieu, en recherchant Son agrément et Son Amour.

Vous évoquez la notion de conscience en Dieu, proche de celle de foi, qui permet au terme de nos recherches d'atteindre "el Ihsane" (La vertu). C'est comme cela que j'interprète vos propos. Cela me rappelle le Hadith de la rencontre du prophète (SLPB) avec l'ange Jibril(AS).

Vous traitez également me semble-t-il de la confusion que nous commettons entre les moyens et les fins de nos actions d'adoration du Créateur. Les pratiques rituels sont un moyen d'atteindre la fin ultime évoquée ci-dessus et pas une fin en soi. D'ailleurs, je dirais que ce n'est pas l'un ou l'autre, mais l'un pour l'autre, pour Lui.

Enfin, accepter la diversité de la création c'est reconnaître la liberté de chacun à faire usage ou non des qualités d'intelligence, de volonté et de pouvoir.

Barakallahou fik

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reformist
4 points

La conclusion est juste, mais il y manque une démonstration.

Ce que lesdits musulmans de notre époque devraient considérer, quand ils lisent le Coran, c’est qu’ils pourraient tout aussi bien s’y identifier aux gens du livre qu’aux muslims.

Dans le Coran, les gens du livre sont ceux qui suivent ce qu’il reste d’une révélation antérieure. Le Coran dit de leurs croyances qu’elles proviennent de Dieu, mais ont été déformées par les hommes. Parmi les gens du livre, certains sont dans le juste, mais beaucoup sont dans l’erreur.

Les "musulmans" de notre époque sont dans la même situation que les gens du livre à l’époque de la révélation du Coran, de nombreux années se sont écoulées entre leur époque et entre la révélation du message auxquels il se référent. Leurs croyances proviennent de Dieu, mais elles ont été déformées au fil du temps (entre autres, par les différentes couches que les hommes y ont ajouté, ou par une herméneutique ne prenant pas en compte le contexte socio-historique).

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reformist
4 points

Si les "musulmans" de notre époque voyaient les choses de cette manière-la, alors ils seraient beaucoup plus humbles dans leur rapport à la vérité, et plus méfiants envers tous ceux qui parlent au nom de Dieu. Ils ne souffriraient pas de cette arrogance maladive qui consiste à se croire uniques détenteurs de la vérité ou uniques représentants de la vertu.