Ces dernières décennies, certaines figures ont été triées sur le volet par la bien-pensance et présentées comme les ‘’nouveaux penseurs de l’Islam’’. Les médias, notamment français, les encensent régulièrement et les présentent comme les seuls représentants d’un Islam des Lumières. Ces enfants chéris jonglent avec les concepts, avancent des théories, en renient d’autres, déduisent, descendent telle personne et pourfendent telle lecture. Je ne veux point m’attarder sur la profondeur d’un tel parmi eux ou sur l’ignorance basique de tel autre. Ce qui les relie est ‘’ce fameux air de famille’’ souligné par Rachid Benzine, auteur ‘’remarqué’’ d’un essai sur ce phénomène. Cet air de famille consiste essentiellement à être critique voire virulent envers les lectures classiques et ‘’ obscurantistes’’.
Si la virulence et la liberté de ton sont la marque déposée des nouveaux penseurs de l’Islam, Adnane Ibrahim est certainement le premier nouveau penseur de l’Islam. Si l’appropriation d’une sagesse universelle comme la philosophie est l’autre baromètre de cette pensance bcbg, Adnane Ibrahim est alors sans conteste en haut de l’échelle. Au-dessus, c’est le soleil, comme dirait un humoriste célèbre et mis au ban. Il y a cependant tout un monde entre ces soi-disant nouveaux penseurs et cette figure ascendante et méritant d’atteindre un firmament de plus en plus déserté par l’approche exhaustive.
Dans cet article, je tiens à brosser l’esquisse d’un penseur contemporain qui fait beaucoup de vagues et qui en fera de plus en plus, à mon avis, tout en le démarquant des ‘’nouveaux penseurs’’ de l’Islam, tels que façonnés et propulsés par une volonté sournoise. J’essaierai aussi de le situer par rapport à une réalité de la pensée islamique dominante, et dominant, jusqu’ici, les médias de masse. Car autant son discours séduit et apaise une jeunesse en mal de repères, autant il dérange et donne des insomnies aux représentants de L’islam pétrolier, sclérosé et inapte à toute ouverture sur l’avenir.
J’estime que ce remue-méninge provoqué par ce cavalier solitaire est une excellente marque de changement et une affaire à suivre. Si j’ai essayé de garder une certaine objectivité, j’ai cependant choisi de publier en exclusivité cet article sur Oumma .com. Mon souci étant de toucher un public essentiellement musulman et francophone et de le sensibiliser à une pensée qui fait son lit et qui mérite d’être connue dans cette langue aussi (surtout ?). Le site de notre penseur qui, pour l’instant a été descendu par des cyber-gardiens du temple saoudien a une page en Anglais et en Arabe mais pas en Français. Nous essayerons donc au fil de cet article de cerner les raisons de cette nouvelle coqueluche, bénéfique somme toute, du cybermonde musulman.
Adnane Ibrahim et l’appartenance de conviction.
Si beaucoup parmi ceux qui sont catalogués de ‘’nouveaux penseurs’’ de l’Islam restent tristement encastrés dans une éthique de responsabilité et de débat d’idées stériles concernant l’Islam ; Adnane Ibrahim, lui, est profondément ancré dans une appartenance de conviction. Si les premiers restent derrière leur pupitre de conférencier ou leur clavier d’écrivain, notre homme livre ses combats sur un minbar, à la face de Dieu certes, mais aussi devant l’œil d’une caméra et l’oreille d’un micro à effets spéciaux. Il les livre aussi, et bien justement, derrière une barbe orthodoxe mais bien taillée. Ce détail peut sembler anodin voire superflu à un lecteur peu averti. Il est de taille pour le spécialiste qui connaît le monde musulman et ce qu’en a fait la jurisprudence archaïque qui a tout misé sur l’apparence comme marque d’appartenance à la foi.
Sa connaissance par cœur du texte coranique couronne ce cocktail séduisant faisant objet d’argument massue pour une Oumma que l’on a menée à l’épée et à la manipulation du texte sacré. J’ai eu vent d’une conférence locale où la salle est sortie dégoûtée à vie d’un ‘’nouveau penseur de l’Islam’’ qui a allègrement intitulé la sourate ‘’Al Imrane’’ de ‘’ Al Omrane’’. Les arabisants sauront l’ampleur du ‘’blasphème’’ et la fine différence de la ponctuation qui transforme le nom de la famille ‘’Imrane’’ à laquelle appartient Moïse en Omrane ou ‘’urbanisme’’. Autant dire que l’Islam ‘’lumineux’’ de nouveaux penseurs si peu proches du Texte ne peut aller très loin avec ce genre de bavure. Cela ne pardonne pas en ces temps d’exigence et de crispation et tant mieux d’ailleurs. Personne n’a envie de quitter l’Islam séculaire même sclérosé pour un Islam islamophobe…
Cela pour dire qu’une pensée critique ne pourra être reçue comme un Ijtihad (contextualisation) que si le penseur est perçu de l’intérieur d’un champ qui a été balisé dans la théorie mais surtout dans l’inconscient musulman à travers des siècles. Toute pensée critique qui n’a pas l’ambition d’offrir une alternative viable, mais surtout acceptable par une large élite, aujourd’hui plus que jamais dans le monde musulman, est une gesticulation gratuite.
La jeunesse est l’élite désignée par excellence pour porter un projet de changement socio-politique. Le printemps arabe devrait, à mon avis, commencer, ou du moins être accompagné par une mise en place de repères identitaires susceptibles de rafraîchir la voie pour notre communauté. Les’’ nouveaux penseurs’’ dessinent aussi certainement une nouvelle voie mais sans issue parce qu’elle tourne en rond dans le giron d’une pensée fortement teintée d’orientalisme bas de gamme.
Dans l’histoire politique des musulmans, (y a-t-il d’ailleurs une histoire qui ne soit pas politique ?), un système pernicieux et judicieux a fait converger le souci légitime de ne pas s’éloigner de la foi initiale avec le besoin illégitime de rester unis même sous le joug de la tyrannie. Depuis, il faut circuler dans ce champ étroit puisqu’il n’y a plus rien à penser à part la façon de préserver ‘’l’œuf de l’Islam’’ : concept sacro-saint symbolisant l’Unité à tout prix, même celui du reniement indirect de la Révélation.
Tout essai de penser autrement notre histoire est perçu comme une attaque contre cet œuf sacré ; attaque hautement condamnable et tentative de meurtre sur le poussin chéri que nul n’a jamais tâté vraiment. Ce poussin qui ne veut pas naître et dont la genèse ne veut point aboutir après tous ces siècles, mais peu importe. Peu importe si dans cet œuf, ça sent très fort depuis les grands schismes et que l’on ne sait pas ce que le contenu est…exactement. Peu importe si dans cet œuf une jeunesse à l’étroit est confrontée à un monde de plus en plus insolite, étouffe et cherche désespérément à respirer un air où se conjugue sa foi avec ses faits.
Certes, il y eut et il y aura plusieurs tentatives de faire une omelette nutritive du contenu, mais la priorité de rester ensemble sera exacerbée aussi régulièrement que les aléas de l’histoire. La néocolonisation et l’islamophobie montantes sont autant de faits menaçants qui fournissent actuellement l’alibi par excellence aux cuisiniers d’un conservatisme des plus aveugles. Le poids des traditions et le contexte objectif sont donc tels que mal en prend à qui prétend vouloir pénétrer l’œuf et changer les conditions du poussin, (ne serait-ce que pour le réanimer), s’il n’a de solides références. L’analphabétisme du monde arabo-musulman ajoute à la difficulté de faire accoucher l’œuf.
Pour toutes ces raisons qui ont produit un milieu hostile et confiné, le minimum requis est la compréhension de la langue et la connaissance du Coran comme établit une science des plus intelligentes en amont de notre histoire. ‘’La science des origines des lois’’ ou ‘’fiqh al oussoul’’ ce produit d’une ère où les musulmans ne craignaient pas le raisonnement avait établi un code pour l’ijtihad qui reste des plus recevables dans ses grandes lignes.
Vu sous cet angle, Adnane Ibrahim a un atout majeur qui le démarque des nouveaux penseurs ayant la prétention de contextualiser. Il défie une grande majorité de ces barrières originelles, somme toute légitimes, puisque l’Islam est d’abord l’appropriation du sens et non pas une identité creuse. C’est d’autant plus vrai que son approche, tout en étant grandement intellectuelle, est surtout une maïeutique structurée et bien assise sur une connaissance sans faille de l’héritage jurisprudentiel.
Ne pas être perçu de l’intérieur de l’identité et porter des failles dans la connaissance de ce très lourd héritage revient à emprisonner toute pensée dans la sphère d’une pure spéculation intellectuelle complice d’un Occident hostile et rejeté en bloc. Porter de l’intérieur un discours du changement en slalomant sur une piste balisée est la marque d’un ijtihad prometteur, même s’il parvient du cœur d’un Occident repensé en partenaire du changement.
Adnane Ibrahim et le lien à L’Occident
Il est impossible de penser l’Islam actuel sans le faire dans le cadre d’une équation où l’Occident est un paramètre majeur. Non pas parce que la domination occidentale est un fait objectif dans la réalité contemporaine, mais bien parce que l’Occident tient à modeler cette nouvelle pensée pour des raisons géostratégiques connues. Pour cela, la nouvelle-pensance est plus attachée à répondre à une image normative forgée par l’altérité que de rectifier le cours d’une histoire endogène tout en gardant un esprit critique envers l’Histoire globale.
Ainsi les nouveaux penseurs feront très peu cas du fait de situer leur approche dans une dialectique historique. Le débat mené est souvent orienté vers une stigmatisation construite à partir de concepts peu élaborés, creux et usagés, voire usés. Le défaut majeur de ces concepts c’est qu’ils sont irrecevables par les élites susceptibles de porter le changement et encore moins par les peuples censés suivre l’élan de ces élites. Quand on scrute les fatwas qui sévissent dans les pays musulmans, la tête de certaines stars de ce domaine et le niveau des réponses données par certains web-ouléma à grande écoute, on se demande quelle chance peut avoir un ‘’nouveau penseur’’ bcbg, la dégaine vive mais la prière facultative, d’influencer les masses ? Présentables ? Sans nul doute ! Recevables ? Beaucoup de doutes !!!
Adnane Ibrahim, lui, l’est, puisque cet Occident avec lequel nos relations sont passionnelles malgré et envers tout, il se l’approprie tout en gardant la juste distance. Le fait est marquant, voire hallucinant dans le monde islamique très collet monté, de voir un imam citer des ‘’ mécréants’’ sur un minbar non pas pour les fustiger mais bien pour extraire de leur pensée la quintessence universelle. D’aucuns trouveront peut-être cela normal puisqu’il est dans un pays européen, l’Autriche en l’occurrence. L’argument est vite dépassé lorsqu’on sait que la tolérance est inversement proportionnelle à la proximité avec cet ‘’Occident de toutes les tentations’’. Les fatwas les plus désespérément braquées et xénophobes ont pour origine Londres, capitale première de la démocratie et de la civilisation occidentale par là-même. C’est bel et bien l’art de la distance constructive et la dextérité de notre homme qui font la différence.Adnane Ibrahim rassure sur l’identité spirituelle et le sens, et en même temps répond à ce désir latent et inavoué de proximité de l’Autre.
Adnane Ibrahim et l’exhaustivité de l’approche
Si les nouveaux penseurs de l’Islam ont pris l’habitude de suivre le tracé idéologique d’une pensée exogène où les chevaux de bataille sont prévisibles ; Adnane Ibrahim a une critique systémique de l’Islam conventionnel allant parfois jusqu’à faire une table rase vertigineuse de courage. Une véritable prestidigitation de la pensée recolle sous des yeux ébahis les morceaux éclatés d’un puzzle commis par le politique pour présenter un visage des plus séduisants de l’Islam : celui de la Révélation. Les découpages idéologiques qui ont défiguré le message sont impitoyablement démontés au prix de coups de boutoir parfois extrêmement traumatisants pour les non-initiés de tous bords. La démarche est toujours argumentée de l’intérieur des sources même si la sagesse universelle assaisonne un discours de la reconnaissance de l’altérité et de son respect.
Notre homme, iconoclaste comme il n’est pas permis dans une communauté victime d’une sclérose séculaire de la pensée, est animé d’une volonté sincère de dépouiller l’Islam de ses scories historiques. La volonté est si explicite que l’on assiste à une sorte de martyre symbolique très touchant, ce qui change beaucoup d’une volonté de dépouiller tout court l’Islam afin de s’inscrire dans la ligne d’une volonté de puissance culturelle qui ne se cache plus.
L’exhaustivité de ce démantèlement idéologique n’est pas le fruit d’une sous-appartenance puisqu’il renvoie dos à dos toutes les écoles issues d’une confluence historique créée par la rupture politique initiée par Moawya, compagnon déviant du Prophète (paix et Salut à lui). S’il n’hésite pas à dénoncer ce que vit le sunnisme comme étant l’Islam de ce compagnon traître à la cause plutôt que celui de la Révélation, il remet en question le ‘’ retour du Mehdi’’. D’où la difficulté pour les distributeurs d’étiquettes qui sont légions sur la toile de le ‘’caser’’.
Dans son approche trop riche pour être cernée facilement, il qualifie cette attente du Mehdi de messianisme indigne de l’esprit de l’Islam originel qui conjugue la foi avec un certain rationalisme. On ne peut donc le ranger dans le sac d’un chiisme orthodoxe même si la philosophie d’un Amour sans borne pour Al alBayt émaille toute son approche. Pourtant, c’est tellement plus facile pour la pensée islamique, unique mais binaire, de traiter de chiite quelqu’un qui critique le sunnisme. Ses adeptes sortent donc pour l’occasion une batterie plus élaborée de sobriquets jurisprudentiels ; sans vraiment trouver le bon. Notre homme répond lui-même à ses détracteurs (qu’il appelle au dialogue civilisé et argumenté) que seuls les minéraux sont susceptibles d’être catalogués. Ce qui n’est pas le cas pour une personne humaine et encore moins pour une personne de la trempe de cet adversaire.
Faisant feu de tout bois, ayant réponse à tout, jonglant en virtuose avec les outils classiques de la controverse jurisprudentielle, il a envoyé au tapis, en direct sur une chaîne arabe, et par KO jurisprudentiel l’un de ces malheureux représentants de l’Islam minéral. L’émission qui eut une grande audience a dû en décourager plus d’un et le preux chevalier n’a plus devant lui qu’un bataillon de mâcheurs de mots cybernétiques. Le wahhabisme électronique n’a plus de soucis hormis Adnane Ibrahim et le nouveau cyber jihad consiste à descendre le site du brillantissime empêcheur de penser en rond. A quand l’élimination physique ? Chose pas vraiment exclue pour une jurisprudence qui produit du terrorisme quotidien sur les femmes et ne croit qu’en la violence, à commencer par celle symbolique d’être les habitants uniques du Paradis et les seuls vrais croyants de la galaxie .
La plupart des jeunes en quête de sens et de repères tombaient jusqu’ici dans les filets de la toile infestée d’araignées de la pensée rétrograde et se soumettaient à une logique de suivisme aveugle. Cette tendance était aggravée par le haut symbolisme de cette jurisprudence produite à partir d’un lieu sacro-saint. Adnane Ibrahim a confisqué cette logique en disant explicitement que l’adage connu dans le monde arabe ‘’ Les habitants de la Mecque sont plus aptes à connaître ses ruelles’’ est périmé à l’heure du net et de la modernité et que désormais, le combat pour la libération des esprits de l’influence omeyade doit commencer.
Telle est donc cette figure montante d’un jihad pour un Islam de Lumière. Il ne mâche pas ses mots, ne craint pas les étiquettes, n’espère pas le pétrodollar, apprivoise la modernité, ne répudie pas le sens, maîtrise le verbe à la perfection, a des imperfections humaines telles que des tics …fort sympathiques. Il se fera certainement beaucoup d’ennemis mais il a déjà des milliers d’amis dans une communauté qui manque terriblement de repères et scrute désespérément l’horizon à la recherche de la grâce. Et ce penseur en est touché sans nul doute.




Commentaires
L'islam est une Lumière, donc cette expression "Islam des Lumières" est une redondance à éviter.
Et ceux qui prétendent apporter un "Islam des Lumières", considèrent-ils que l'islam pratiqué par le Prophète (paix sur lui) n'était pas une Lumière?
Le meilleur islam, c'est celui qui était enseigné et pratiqué par le Prophète (paix sur lui). Celui qui prétend détenir un meilleur islam, je préfère m'en méfier et m'en éloigner.
Wa Allahu 'alam.
Nadia, nouvelle Don Quichotte ?
Merci à Nadia Yassine car Adnan Ibrahim est peu connu des français. Sa maïeutique de l'oeuf qui refuse d'éclore est une belle image, ce printemps. Elle rend bien compte d'une renaissance désirée.
Je me souviens d'une conférence d'Adnan à Strasbourg où il dénonçait la guerre possible entre des extremistes sunnites et chiites, des frères ennemis. Il rappelait que l'URSS s'était effondrée grace au sang de musulmans, engagés par les USA...il nous interroge : qui lance des bombes dans la Oumma pour la détruire ?
Il ne prétend pas connaître la vérité mais la relie au bien et à la beauté même si elle est difficile à dire.
Salam
Je suis un fidèle auditeur de l'imam Ibrahim depuis quelques temps, et je l'ai fait découvrir à mon entourage "élargi", notamment grâce aux réseaux sociaux. Si je loue l'intention de l'article, et sa mise en perspective de cet imam, qui a mon sens est majeur; je regrette néanmoins la longueur du propos, les propos plein de fiels à l'égard des Nouveaux penseurs, et qui à mon sens, appartiennent au même mouvement, et participent de la même logique que l'imam Ibrahim.
L'article est malheureusement indigeste, long, digressif et abominablement désagréable à lire. Le propos se perd dans des formules abscons et une superficialité à faire pleurer (la barbe, les tics de l'imam...). L'imam Ibrahim aurait mérité mieux.
A noter la grande indépendance d'esprit de l'imam, et un renouement avec l'esprit des premiers théologiens et mujtahidunes dont la norme est de se méfier aujourd'hui (négation du messianisme, négation de l'abrogeant/abrogé, rôle primordial de la raison...).
Dans cet article, l'ironie se mêle au sérieux. Il semblerait qu'a travers ce texte, Adnane Ibrahim aurait le mérite de poser des questions qui dérangent notre train train religieux, qui tenterait de provoquer pour, peut-être réveiller, mais au dela de cette posture, ne represente t'il pas un danger pour une jeunesse en perte de reperes, ne brouille t'il pas les pistes ?
Des questions qui posent sérieusement le problème de la méthode, et du cadre.
Sur Adnane Ibrahim, j'ai trouvé ceci : Le quotidien « Al Seyassah » cite par ailleurs une journaliste autrichienne d’origine palestinienne, Nadia Alyouni, selon laquelle « Adnan Ibrahim est l’un des imams les plus radicaux de Vienne. Ses prêches sont politiques, et appellent au takfir. Alyouni ajoute que l’imam radical a plusieurs travaux relatifs aux mariages mixtes qu’il prohibe car, selon lui, « cette mixité diffuse le poison dans les veines des générations futures (musulmanes) et trahi les ancêtres qui ont conquis l’Europe, et qui prenaient les femmes du Livre comme domestiques et non comme épouses ». Dans l’un de ses textes, Adnan Ibrahim suggère à « ceux qui sont obligés d’épouser des chrétiennes ou des juives (pour des raisons administratives : séjour, nationalité…) de ne pas procréer avec elles… ».
Info ou intox ?
Si c'est vrai, cela me parait islamiquement logique, mais c'est aussi du pain béni pour l'extrême droite autrichienne.
Cordialement
Cet article date. Depuis, le cheikh Adnan a changé d'avis.
Adnane Ibrahim est né à Gaza en 1966. Il est savant ( il a fait des études de médecine) et théologien, reconnu par des facultés et par nombre de savants musulmans. Ses conférences sont nombreuses et publiées sur internet.
Il vit en Autriche, il est marié et père de 7 enfants.
Son approche de l'islam est intéressante car il s'exprime en arabe et s'adresse d'abord aux musulmans. Sa culture est énorme et il fait aussi usage de références occidentales.
Nadia Yassine nous le fait découvrir comme une valeur sûre et authentique..
À propos de la relation d'Ibrahim avec l'Occident, Nadia Yassine nous rappelle son désir de rester dans le juste milieu, c'est à dire de ne pas rompre la relation avec autrui :
".Adnane Ibrahim rassure sur l’identité spirituelle et le sens, et en même temps répond à ce désir latent et inavoué de proximité de l’Autre."
Ne pourrait-on dire qu'il s'agit d'une volonté de paix, à bonne distance des extrémismes ?
Cher Chambard,,
Nadia Yassine n'est pas un groupie d'Ibrahim. Vous avez raison d'indiquer qu'il vit aux côtés de l'extrême droite autrichienne. Sur le plan matrimonial, ce n'est pas un progressiste !
Nadia en parle même à l'occasion comme d'un adversaire potentiel qui ne manque pas pourtant de qualités.
Bonjour
C'est certainement une grosse ficelle parce que j'ai été séduite justement par sa capacité extraordinaire de s'ouvrir à la culture de l'autre et de la conjuguer avec l'universalité de l'Islam. Il se peut qu'il y ait eu confusion avec son langage trop direct concernant certaines figures propres à l'Islam et ce dans le but de secouer le sens critique de la oumma .
Maintenant n'ayant jamais été en Autriche et ne l'ayant jamais vu je le juge à travers ce qu'il produit sur le net . Ceci reviendrait à dire qu'il a un double discours mais je crois que cette étiquette non plus ne va pas coller. Ce serait de la schizophrénie aigüe. D'autre part, il faut absolument que l'on comprenne que les ''passeurs'' comme ce monsieur risquent toujours de se faire accuser par les uns de mauvais croyant et par les autres de mauvais citoyen. ce sont les risques de ce métier. Autre chose! il se peut qu'il ait évolué . Très possible aussi puisqu'il l'avoue et en revendique le droit.
cordialement
Chère Yassine,
Je peux me tromper mais Adnane Ibrahim semble assez proche d'Al-bouti, un savant musulman syrien, d'origine turque. Il part certes du même fondement culturel avec des expressions comme pays de l'islam et pays de la guerre. Adnane Ibrahim est plus jeune et il accède à un point de vue critique, voire plus coranique.
Il convient de faire confiance dans la jeunesse qui ressent certes un malaise mais se donne les moyens intellectuels et rigoureux d'évoluer en lisant certes le Livre sacré mais aussi en dialogue avec d'autres langues et d'autres cultures.
Merci encore pour cette découverte.
mon commentaire précédent était à lattention de M. Chambard.
@ Mustafiz, il se peut que tu l'aies trouvé trop bête mais tu las lu et c'est l'important. Je persiste cependant à penser que ca n'a rien à voir avec les ''nouveaux penseurs'' qui déconstruisent sans construire. quant à tes dernières remarques sur Adnane Ibrahim , elles sont très pertinentes
@Liliane
merci pour ton assiduité à lire et à réagir à propos des articles de ce site. C'est toujours agréable de te savoir parmi les lecteurs avec ton indulgence habituelle. J'ai particulièrement apprécié que tu précises que je ne suis pas une groupie mais juste une intellectuelle interpellée par une méthode et une connaissance impressionnantes dans un domaine où c'est plutôt le taklid qui est de mise.
je voulais juste faire remarquer que le monde musulman est encore capable de redécouvrir l'Islam et j'ai bien dit de '' Lumière'' et non ''des Lumières''.
Cordialement
@ Liliane à propos de Al bouti.
Al Bouti a certes influencé pas mal de penseurs musulmans contemporains mais Adnane Ibrahim revendique fortement qu'il est un électron libre et qu'il ne suit personne et cela fait partie de sa maïeutique justement . Il dit que c'est à chacun de se forger une opinion et un savoir. Cependant Il doit certainement avoir lu Al Bouty puisque sirituellement il y a des consonnances mais après les évènements de Syrie et la prise de position de M.Bouty , son influence est complètement dépréciée et certainement notre auteur n'a plus rien à voir avec lui. Puisse Dieu avoir pitié de cette oumma et de ce monde...
@ Liliane à propos de Al bouti.
Al Bouti a certes influencé pas mal de penseurs musulmans contemporains mais Adnane Ibrahim revendique fortement qu'il est un électron libre et qu'il ne suit personne et cela fait partie de sa maïeutique justement . Il dit que c'est à chacun de se forger une opinion et un savoir. Cependant Il doit certainement avoir lu Al Bouty puisque sirituellement il y a des consonnances mais après les évènements de Syrie et la prise de position de M.Bouty , son influence est complètement dépréciée et certainement notre auteur n'a plus rien à voir avec lui. Puisse Dieu avoir pitié de cette oumma et de ce monde...
"Pour se guider dans le chaos actuel, le monde musulman ne peut plus trouver ses lumières en dehors de lui-même (.....)Le monde musulman ne saurait s'isoler à l'intérieur d'un monde qui tend à s'unifier. Il ne s'agit pas pour lui de rompre avec une civilisation qui représente une grande expérience humaine mais de mettre au point ses rapports avec elle".
"Vocation de l'Islam", Malek Bennabi, Eds du Seuil.
salam
Merci Mme Yassine.
Mais je ne suis pas d'accord sur le résultat du débat. Il faut que les deux personnes soient du même niveau pour pouvoir conclure qu'il a pris dessus. Il faudrait qu'il se mesure à des savants fondateurs de mouvement ou des idéologues renommés. Sinon ce n'est plus un défit.
Je ferais aussi une petite remarque : ne généralisez pas le wahabisme, qui a produit toutes sortes de fruits, dont de très bons et originaux et pas si loin de Adnane Ibrahim. Regardez dans les rangs "salafistes" en Egypte et vous verrez que la prédiction de Hassan el Banna (ra) était juste. C'était une question de temps (pour ceux qui voulaient bien attendre) et le travail de dialogue intracommunautaire
Vous critiquez les poseurs d'étiquettes mais vous faites de même inconsciemment. Essayez de sortir de cette logique de paroisses et voyez qu'il a du bien dans le communauté dans toutes ses composantes, comme il y a un grand danger parfois parmi ceux qu'on considère être nos amis.
Madame Yassine,
Permettez-moi d'abord de vous remercier pour ce bel article sur le cheikh Adnan. Que l'occasion me soit donnée d'apporter quelques éléments de réponse et des rectifications par rapport à des choses qui ont été dites dans cet échange, en tant que proche du cheikh Adnan. Sur la question de la femme, le cheikh Adnan est bien "en avance" comme sur l'ensemble des questions. La Fatwa que l'un des intervenants ici emprunte à Google est désuète. Le cheikh Adnan a totalement revu sa position là-dessus. Il revendique le droit intellectuel à l'évolution de la pensée. Oumma ne permet pas de publier des vidéos, sinon j'aurais posté une vidéo de lui où il s'exprime sur la femme, très émouvante. De façon générale, il déconstruit le rapport classique des fuqahas à la femme. Dernière réflexion en cours par exemple, qu'il est en train de mener mais où il n'a pas encore avancé de position finie est celui de l'héritage de la femme. Pour lui, c'est un sujet qui doit être redébattu.
Pour ce qui est de la traduction, j'ai entamé moi-même un travail de traduction de ses prêches, conférences et vidéos. Cela a donné naissance à un petit blog facilement trouvable sur internet. Mais ce n'est pas évident puisque je suis le seul à le tenir... Que ceux que cela intéresse se manifestent, ainsi cette pensée pourra être proposée aux francophones.
Cher Chambard,
vous voici devenu "rouge" simplement parce que vous vous interrogiez sur Adnane Ibrahim...c'est incroyable !
Je suis beaucoup plus irrécupérable puisque j'en suis à - 500 et plus...
Oumma va-t-il interdire toute réflexion pour se protéger contre toute propagande ?
Nous sommes certes en période électorale mais nous avons sans doute mieux à faire que de la propagande. Nous pourrions simplement nous informer avec l'aide des articles d'oumma (entre autres) et nous exprimer librement sans redouter la censure !
Chère Nadia,
L'expression Islam de Lumière est belle et plus universelle que la philosophie française des lumières au 18ième siècle !
Le passage de l'ombre à la lumière est un mouvement spirituel mais aussi biologique connu, le poussin sort ainsi de l'oeuf et l'aveugle voit.
Nous cherchons les moyens de l'accomplir en compagnie de gens de gauche, de droite et de diverses écoles juridiques.
Adnane Ibrahim se fonde sur les principes fondamentaux de la morale islamique qui devraient transcender tous les partis politiques et le écoles juridiques connus dans le passé.
Je connais peu l'Autriche même si je trouve son accent allemand plus mélodieux. Des amis soufies, turcs de nationalité, font leurs études à Vienne. Ils y rencontrent des amis et des professeurs musulmans de qualité.
Je vais les interroger sur Adnane Ibrahim...
Amitiés et à bientôt.
Bonjour Liliane. Je tiens tout d'abord à vous faire part de mon respect pour votre ouverture d'esprit et votre verbe. J'apprécie vos commentaires autant que les articles du site.
Ensuite, je suppose que vous devez avoir une petite idée de la personne qui vous a entérinée jusqu'à -500. J'ai ma petite idée mais j'attends que celle-ci se manifeste sur cet article pour confirmer.
Bonjour Liliane. Je tiens tout d'abord à vous faire part de mon respect pour votre ouverture d'esprit et votre verbe. J'apprécie vos commentaires autant que les articles du site.
Ensuite, je suppose que vous devez avoir une petite idée de la personne qui vous a entérinée jusqu'à -500. J'ai ma petite idée mais j'attends que celle-ci se manifeste sur cet article pour confirmer.
Chère sœur, Adnane Ibrahim nous connaissons depuis des années et nous sommes à la trace de tous ses prêches et ces conférences depuis bien longtemps. Il nous rend visite en France et en Belgique plus souvent ; sa maison est ouverte ainsi que son cœur d’une façon indéfini. Sa vision de l’ISLAM se repose sur une relecture des textes dans le cadre du contexte et de l’universalité de note DINE.
Adnane Ibrahim, pour pouvoir le connaitre, il faut l’approcher et le côtoyer. Nous sommes toute une clique de "jeunes" marocains à le soutenir, à le faire connaitre sur le vieux continent, mais c’est quelqu’un que sa renommé va au delà de l’horizon. Un programme à visiter notre cher pays est à l’étude depuis un certain temps.
Sa qualité réside dans son savoir divers et varié, dans sa simplicité, de son amour pour autrui , dans son amour pour AHLI ELBAYT et sur tout dans son indépendance.
Que ALLAH nous guide.
Chère Liliane,
Le rouge me va très bien puisque j'ai voté Mélanchon au premier tour.
Mais, une petite précision cependant : j'ai simplement dit que ce système de notation risquait de tuer ce forum et je continue à le penser.
Cordialement
@ Nadia Yassine et Likepeace :
Merci pour vos précisions qui donnent envie de mieux connaître cet imam.
Tariq Ramadan se définit comme islamologue et salafite réformateur.
Comment définiriez vous Adnane Ibrahim ?
Cordialement
Gag !
En cherchant le blog de Likepeace sur Internet, je tombe sur Photos correspondant à Adnane Ibrahim et parmi ces photos, il y a ma bobine avec comme origine Oumma.com !
Si les voies du Seigneur sont impénétrables, celles de la Toile aussi !
ssi j'ai bien compris , sheikh adnan se définit souvent comme étant tout sauf réduit a une pensée ,un madhab(école),il préfère dire qu'il est un muslim qui a et qui absorbe plusieurs pensées ,réflexions,sagesses d’où elle vienne (al hikmatou dhaalatou al mouamin,dit notre bien aimé PSL);
Madame nadia concernant SHiekh al bouti ,vos propos sur ce sage homme,d'une science considérable ,il me semble que vous vous êtes trop fiée a ses détracteurs (premier en tête frère musulman:nos chrétien-démocrate, post al banna, et les salafistes qui pullule dans ce monde )ainsi que notre petit frère( F NASRI-master2 ) nous ont rappelé injustement en copiant collé ce qu'il a lu sur onislam.com que ce valeureux sheikh été un personnage soufi piétiste..." ,proche du pouvoir ,ce qui est d'une extraordinaire fausseté .
Ce savant ne s'est jamais défini comme tel ,et les seules a le définir comme cela son connus depuis des lustres pour leur malhonnête et leur manipulation.
Chambad, sur le blog je définis Dr Adnan comme étant un réformateur. Je pourrais le définir aussi comme un musulman universaliste. Croyez-moi que c'est une vraie jouissance spirituelle et rationnelle que de rencontrer ce personnage. Sa spiritualité emporte votre coeur et sa rationalité emporte votre raison. Bien évidemment, on peut toujours discuter de certains points, et nous n'hésitons pas de le lui faire savoir. Mais par rapport aux choyoukhs classiques, il est vraiment différent: une maîtrise incroyable de la langue arabe, du Coran et des sciences classiques, et en même temps, une ouverture tout aussi incroyable sur le "patrimoine occidental", tout en gardant un regard critique sur les excès de l'Occident. Une pensée complexe et foisonnante qui peut même parfois donner l'impression de se contredire, c'est que le cheikh ne cesse de s'interroger, et même dit-il, d'interroger sa foi. Il le dit: celui qui n'a pas douté, qui n'a pas soumis sa foi a l'épreuve, n'a pas encore goûté..
@Chambard
pour la définition de A.Ibrahim ,je dirais que c'est un moujtahid contemporain et de taille.
@Amine
merci cher frère pour tes précisions. Je peux t'assurer que j'ai un énorme respetc pour Al Bouty et critiquer une position politique de quelqu'un n'est pas lui manquer de respect. il faudrait qu'on intègre une culture où la critique n'est pas l'équivalent d'animosité. Al Bouty est un homme très bien qui a fait un ijtihad complètement erroné concernant le peuple syrien. Son intention est certainement bonne puisqu'il veut éviter la fitna mais son analyse est mauvaise et lui a valu d'être déprécié en tant que personne dans la oumma qui n'est pas éduquée justeent à faire la part des choses entre une personne et un ijtihad.
cordialement