Paradoxes, incohérences, contradictions : c’est la démocratie qui en paie le prix. Des discours enjôleurs des dirigeants de Gauche à la démagogie des populistes de Droite, le fossé ne cesse de se creuser entre les valeurs Républicaines et les gesticulations des politiciens qui, au profit de leur pouvoir, administre au peuple le somnifère de vaines aspirations.
Dissimulés sous le niqab de la démocratie pour feindre la légitimité, les caudataires de l’Elysée parviennent aisément à accomplir leur dessein impérialiste. Ce pernicieux voile invisible ensevelissant les thuriféraires du pouvoir gangrène la République la dépouillant à petit feu de sa substance. La France distille des ennemis de l’intérieur. Elle doit, ce faisant, effectuer un véritable djihâd an-nafs – pourvu qu’on lui donne son sens propre. Ne nous trompons donc pas de combat.
Le prétentieux projet de civilisation qui anime la France depuis des siècles, en s’érigeant en nation magistrale à travers un messianisme politique, reflète parfaitement l’opacité de sa psychologie. De Jules Ferry - apostrophé très justement par Georges Clémenceau à la chambre des députés en 1885 - qui réclamait le droit aux races supérieures de civiliser les races inférieures à Claude Guéant qui affirmait, explicitement, la suprématie de la civilisation occidentale, en passant par le discours déconcertant de Charles de Gaulle dans une conversation avec Alain Peyrefitte en 1959, illustrant son anti-multiculturalisme par la fameuse métaphore du mélange de l’eau et de l’huile, la France n’a pas de quoi encenser son régime parlementaire. 1
Plus encore, la montée de la xénophobie et du populisme en France trahit de façon manifeste la fameuse devise inscrite sur le fronton de nos institutions. A ce titre, la réprobation en chœur du multiculturalisme depuis quelques années par les dirigeants européens, notamment Merkel, Cameron et Sarkozy, confortée et appuyée par leurs chiens de garde, pour reprendre l’expression de Paul Nizan2, qui s’attèlent à entretenir confortablement le système à leur avantage plutôt qu’à défendre des idéaux honorables, en dit long sur leur conservatisme réactionnaire, belliqueux et antidémocratique. A ce propos, le livre de l’auteur allemand, Thilo Sarazin, l’Allemagne court à sa perte, dans lequel il développe une pensée raciste autour de la supériorité intellectuelle des allemands sur les immigrés musulmans génétiquement idiots, a connu un succès considérable : il a été vendu à 1 200 000 exemplaires. 50% ont approuvé ses thèses. Inquiétant.
Le temps des écrivains intrépides qui mettaient en péril leur vie au nom de leurs idées révolutionnaires semble être révolu. On a vu un Voltaire tremper courageusement dans l’affaire Calas ; un Zola défendant dignement Dreyfus ; et plus récemment un Sartre condamnant résolument le colonialisme (Il a d’ailleurs préfacé les damnés de la terre, de Frantz Fanon, un des plus grands penseur de l’anticolonialisme.)
Le régime politique français, cela dit, est victime de ses propres excès. L’instrumentalisation de la peur, la surenchère électorale et la diabolisation sélective sous couvert d’une laïcité truquée qui aspire davantage à nettoyer l’espace publique – et bientôt privé – de toutes traces d’appartenance religieuse qu’à garantir la coexistence pacifique, la liberté de conscience et la neutralité de l’Etat, ternissent les principes du système représentatif français. En effet, dans une démocratie libérale, la relation entre la liberté de l’individu et la souveraineté du peuple est basée sur la régulation mutuelle : l’individu ne doit pas imposer sa volonté à la société et la société ne doit pas s’immiscer dans les affaires privées du citoyen. Défendre et émanciper la liberté collective au détriment de la liberté individuelle – comme ce fut le cas pour les femmes voilées – implique un déséquilibre périlleux des fondements démocratiques. L’hypertrophie d’un principe au détriment des autres conduit inéluctablement à une démesure ravageuse.
En effet, le fait d’encourager le progrès dans un esprit de croisade, de défendre la liberté dans une logique de tyrannie ou alors de réduire le peuple à une masse malléable finit par vider le régime français de sa matière. Lorsque les fondements de la démocratie ne sont pas régulés et soumis à un équilibre évitant la favorisation d’un principe au désavantage du reste, ils deviennent une menace pour notre société et permettent ainsi l’éclosion de certains dangers comme le populisme ou l’ultralibéralisme.
Au niveau social, l’ultralibéralisme affecte gravement la vie de la cité. En effet, la déshumanisation d’une humanité réduite à des chiffres et à sa capacité à créer du profit, le mercantilisme de la société et l’usage démesuré de la technique illustré notamment par la catastrophe de Fukushima et la création d’armes de destruction massive répondent davantage à une logique néolibérale et impérialiste observant les êtres-humains comme un code-barres qu’à une volonté de progrès et de modernisation. Comme le soulignait à juste titre au début du XXème siècle, le philosophe allemand, Heidegger, la technique n’a de sens que lorsque elle vise à servir plutôt qu’à asservir l’homme. Nous sommes passés d’une modernité qui procure du confort à une modernité qui crée des dangers.
C’est ainsi que dans le monde professionnel, où la plupart du temps tout est réduit à des formulaires et à des dossiers formalisés asphyxiant en conséquence le contact humain, « il faut travailler plus pour gagner plus », car le profit et la rentabilité passent avant l’épanouissement de l’être-humain. Ces pratiques de déshumanisations opérées par cette machine infernale de l’ultralibéralisme sont, à notre sens, plus graves que celles perpétrées par le totalitarisme sous toutes ses formes. Elles font certes moins de bruits mais n’en demeurent pas moins funestes et dévastatrices.
Sur le plan politique, c’est la démagogie du populisme qui menace la démocratie. Contrairement aux démocrates qui s’adressent au peuple pour défendre des idées impopulaires en prônant des sacrifices et en se souciant des minorités du pays et des générations futures, les populistes, se destinent, quant à eux, à la foule à travers des meetings sous forme de show, et surfent sur l’émotion de l’instant particulièrement en désignant à la vindicte publique un responsable qui va endosser tous les maux de la société.
Le matraquage médiatique à travers une sélection d’informations échafaudées sous forme de messages verbaux et visuels tend d’ailleurs à orienter le peuple vers les conclusions développées par les partis populistes. Le choix d’un parti au pouvoir, dans ce régime somme toute coercitif, n’est de ce fait pas toujours le fruit de la volonté générale mais la conséquence d’un conditionnement global ou plutôt d’un déterminisme collectif. Ainsi, c’est notre liberté d’opinion qui s’en retrouve considérablement restreinte.
Les médias jouent un rôle des plus importants dans ce système ruiné et dépouillé de son esprit originel à tel point que l’émotion du peuple y est contrôlée et maniée au gré des intérêts de ceux qui tirent abusivement profit de la société.
La sensibilité sélective de la populace dictée « par le haut » est en effet manifeste dans la communauté : on est choqué de voir une femme en niqab mais inattentif à l’instrumentalisation du corps de la femme exhibé sur les panneaux publicitaires pour vendre un pot de yaourt ; on est heurté par la polygamie des uns mais très accommodant à l’endroit des relations extra-conjugales et adultérines des autres ; on est outré face à la tragédie de Merah mais presque silencieux quant à l’instrumentalisation dont il fait l’objet ; on s’accable d’un antisémitisme qui somme toute relève du fait divers dans notre société mais on demeure presque inerte et impassible face à une islamophobie galopante manifestée par une litanie d’inepties et d’amalgames sur le voile, le niqab, le halal, les prières de rue, l’islam en somme, balancée par des politiciens et intellectuels acharnés sur la communauté musulmane ; on sacralise la shoah mais on relativise l’esclavagisme, le colonialisme et les crimes de guerre commis notamment au Rwanda et en Bosnie ; la liberté d’expression est invoquée quand il s’agit de dénigrer une composante de la société mais la censure – voire la sanction - est pratiquée quand on s’en prend à telle autre constituante etc. On pourrait ainsi continuer pendant de longs paragraphes à faire défiler un cortège de contradictions… C’est ce « deux poids deux mesures » démesuré qui caractérise notre douce France…
Egrenant sans cesse un chapelet de prouesses françaises sélectionnées dans l’Histoire pour façonner une image éthérée de notre République, nos dirigeants et leurs chiens de garde, notamment BHL et sœur Caroline, semblent faire, par ailleurs, volontairement l’impasse sur les profonds paradoxes du paysage historique de la France. En effet, l’établissement de la Constitution française des droits de l’homme et du citoyen, au lendemain de la Révolution de 1789, proclamant en prélude l’égalité de tous en dignité et en droit ne semble pas avoir eu de véritable écho dans les faits.
L’esclavage, le colonialisme, la collaboration sous le régime de Vichy avec les nazis qui avaient établi une politique génocidaire inouïe ainsi que la présence de la France en Afrique et au Moyen-Orient et son soutien inconditionnel à la politique d’apartheid exercée par l’Etat criminel d’Israël à l’encontre des palestiniens sans compter ses alliances économiques avec des dictateurs sanguinaires contredisent de manière patente les principes et les valeurs que l’Etat français prétend défendre dans un simulacre de combat pour la justice et les droits de l’homme.
Les faits font mentir la charité des discours et des proclamations et l’invocation des droits de l’homme à géométrie variable selon les intérêts économiques qui décident au demeurant de l’honnêteté d’un dictateur ou d’un autre nous porte à croire que sous le masque de la démocratie se cache une caste d’impérialistes aveuglés par le désir de domination. La France n’a de ce fait aucune leçon à donner de l’autre côté de la Rive méditerranéenne. Dans cette toile ternie, c’est son propre portrait qu’elle devrait retoucher…
Le grand défi que doit, ce disant, relever la démocratie française est celui du sens… Retrouver le juste équilibre entre la libre volonté de Pélage et la Grâce divine d’Augustin. C’est ainsi qu’elle recouvrera ses Lumières…
1 Lire l’excellent ouvrage de Rokhaya Diallo, A nous la France, Michel Lafon.
2 Paul Nizan, les chiens de garde, éditions Agone. Consulter aussi, dans la même perspective, les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi, éditions raisons d’agir.





Commentaires
(1) Assalamou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,
Le titre de l’article est justifié. La France, imbue d’elle-même et donneuse de leçons.
Voyez plutôt les contradictions mises en lumière par cette anecdote :
Mardi 17 avril 2012, passage à la douane anglaise avant la traversée de la Manche pour le Royaume-Uni. Je laisse passer tout le groupe, car ayant oublié ma carte d’identité chez moi, et n’ayant que mon permis de conduire, mes papiers de voiture et le récépissé du double de mon passeport en cas de perte ou de vol (il m’a été dérobé dans ma chambre d’hôtel à Barcelone la semaine précédente), je savais qu’il n’allait pas être facile de plaider ma cause auprès des autorités douanières. Effectivement, on me refusa le passage et j’ai dû attendre sur les lieux l’arrivée de la police française pour ma reconduite frontalière côté français.
(2) Fajr pointait son nez, j’ai demandé aux douaniers anglais de m’indiquer la direction de la Mecque : deux d’entre eux me l’indiquent grâce à l’application boussole de leur téléphone mobile. Au moment où je priais, je sentis une présence à ma droite : un douanier se tenait en fraction et faisait barrage entre moi et la foule de touristes traversant la douane. Lorsque j’eus achevé mes prières, le fonctionnaire me proposa de l’eau, mais je lui répondis que j’en avais sur moi.
Dans ma mésaventure, sa gentillesse m’avait émue aux larmes lorsque j’invoquais Allâh (AWJ). Je ne sais si le personnel avait ou non remarqué mon émotion, je leur tournais intentionnellement le dos, mais dix minutes plus tard, une douanière vint me proposer du café au lait, ce que j’acceptai avec plaisir.
(3) Une demie heure plus tard, la police française arrive : pas de bonjour, le visage des agents est fermé. L’homme et la femme m’emmènent dans leur fourgon sans explication et j’ai dû m’adresser à la femme qui ne conduisait pas pour savoir où l’on me menait : au commissariat de police à côté pour vérification d’identité. Je profite alors de l’occasion pour leur demander si je pouvais en même temps porter plainte pour vol de passeport, car lorsque j’ai voulu effectuer cette formalité dans ma localité, la police ne s’occupait de cela que les matins, les après-midis étant réservés à l’enregistrement des électeurs désirant donner procuration à un tiers pour les élections présidentielles.
Le local où l’on me fit à peine attendre deux minutes à peine était d’une propreté douteuse en comparaison avec celle de la douane anglaise.
(4 et fin) Le policier qui m’avait conduite en ce lieu revint, me tendit mon permis de conduire sans un mot et sortit de la pièce. Comme je restais sur les lieux, l’agent passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte pour me signaler que je pouvais partir. Je lui demandais ce que je devais faire pour rejoindre Calais. Réponse agacée : prendre le bus de l’autre côté du poste ; il n’est pas le bureau de la SNCF ou de la RATP et il vaut mieux pour moi de porter plainte pour le vol du passeport dans ma localité. Il me confia à un de ses collègues (plus avenant) pour sortir de la zone douanière.
Cocorico, vive la France, vive la liberté, l’égalité et la fraternité ! Citoyens, citoyennes, voyez comment se comportent certaines autorités chargées de votre protection, voyez leur empressement à servir leurs administrés !
God save the queen !
Wa salâm
Une analyse des plus justes. Merci Sofiane Meziani pour votre article. Barakatou Allah fik. Vous, ainsi que Hichem Hamza, vous aidez, grandement, à tirer Oumma.com vers le haut. Merci donc d'exister.
A "BHL et soeur Caroline", j'ajouterais sieur Zemmour !
l'Essentiel est de rester vigilant, l'oeil et le coeur en éveil face au miroir au alouettes et la vie de châteaux qu'il fait miroiter.
Tout excès finit par faire prendre conscience "massivement". et les choses sont telles que de plus en plus de gens commencent à comprendre les jeux et l'enjeu et cherchent à y parer.
L'ultralibéralisme avec ses méthodes assassines, toxiques et intrinsèquement antidémocratiques entrera inéluctablement en phase de décomposition. Wa Allah mebni 3ala el Haqq !
Salem
1. Pathos confus employant une rhétorique grandiloquente et approximative. Même le titre n'est pas approprié -> regardez le sens de démesure dans un dictionnaire. La traduction de cet article en français courant: Politiques tous pourris, La France est intrinsèquement mauvaise depuis l'origine de la république (on nous fait grâce heureusement des temps précédents), hypocrite et pleine de contradictions, elle n'a donc pas de leçons à donner au sud de la Méditerranée.
Certes, mais l'inverse non plus. Ce texte condense toutes les détestations d'une culture du ressentiment mélangeant tout dans la confusion et pilonnant des têtes de turc (Permettez l'expression!) si peu représentatives : Qu'est-ce que vous vous ennuieriez sans BHL et consorts! Mais ce n'est pas une raison pour cracher ainsi dans la soupe et procéder allègrement à ce dont vous vous plaignez à longueur de temps : l'essentialisation et l'amalgame.
2. La République française n'est effectivement pas le Paradis mais un régime politique dans lequel grosso modo on peut exprimer librement la plupart des opinions, choses qui ne sont pas si courantes dans le monde, en particulier musulman. Le défaut des deux poids deux mesures (Ou si vous préférez de la paille et de la poutre)est très largement distribué dans les sociétés, d'autant plus qu'elles sont communautarisées. Le site Oumma.com en regorge malheureusement, L'homme est ainsi fait qu'il juge malheureusement par rapport à son nombril, des croyants devraient être conscients de cette faiblesse.
On peut être aussi un peu positif de temps en temps : malgré une campagne électorale ayant pas mal dérapé à ses débuts, l'irruption de l'affaire Merah (qui contrairement ce que vous dites n'a pas été aussi exploitée que cela en dehors de M Le Pen), les sondages donnent Sarkozy largement perdant. Si les Français étaient si racistes et "amalgameurs" que vous le prétendez, ça ne serait pas le cas
C'est bien connu l'herbe est toujours plus verte dans le pré d'à côté.
Donc si bien compris, l'ignominie de la république française vient de ce que deux fonctionnaires bougons qui ont été dérangés parce que vous aviez oublié vos papiers ne vous ont pas raccompagnée en limousine.
Je vais témoigner de faits encore plus horribles : alors que précisément je faisais établir une procuration pour ma fille dans un commissariat et nous n'avions pas de crayon, la policière présente a refusé de prêter le sien parce que (sic) on lui volait tout le temps. Il a fallu se mettre en quête d'un magasin Où acheter un crayon bille ce qui n'a pas été simple dans ce quartier et à cette heure. Je serais musulman, il est certain que je serais en train d'écrire sur les forums pour dénoncer cette preuve flagrante d'islamophobie, alors qu'il ne s'agit que de bêtise humaine indifférenciée.Nous sommes tous exposés dans la vie à des désagréments, des vexations, des injustices, Il ne faut pas en faire la paranoïa.
Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,
Alceste,
Ce que vous devez comprendre de l'anecdote : les fonctionnaires anglais ont appliqué la loi sans favoritisme ni discrimination tout en conservant une courtoisie EXEMPLAIRE ; sévères quand il fallait la sévérité, et serviables quand il fallait la serviabilité.
Ce matin, j'ai eu la pensée d'écrire à Sa Majesté du Royaume-Uni pour la féliciter d'être servie par des sujets qui ont su être d'excellents ambassadeurs de leur pays.
Wa salâm
Chère Justine,
J'avais à peu près compris. Ce que je contestais, c'est la généralisation que vous en faites, en plus en rapport avec un article sur les turpitudes de la République française. Je m'efforce pour ma part de voir le monde dans ses nuances et sa complexité.
En outre vous pourriez tout autant vous en prendre à l'intransigeance des Anglais qui vous ont refoulée alors que vous aviez des papiers prouvant votre identité. Mais vous avez été surtout sensible au fait qu'on vous ait laissé faire votre prière dans des conditions qui, de mon humble point de vue, frisent l'exhibitionnisme: en marge d'une file d'attente à la frontière, au point que les douaniers ont dû prendre des mesures pour vous séparer de la foule. N'est-il pas possible de reporter une prière en cas de force majeure, notamment quand le lieu et les circonstances ne s'y prêtent pas? C'est la multiplication de ce type d'exigences contradictoires qui rendra la vie en commun et l'espace public difficile à partager.
Je trouve l'article excellent par son contenu et par sa forme : une bonne synthèse de nos contradictions (et démesure par certains aspects, oui) républicaines.
Si Alceste plaidoit pour dire qu'en France tout n'est pas à jeter (certes, bien sûr), relever nos contradictions républicaines (assez énormes et édifiantes) du moment (tel que le traite l'article) participe aussi bien du même souci d'alerte de la dérive actuelle de notre système français et que nous devons tous regretter ; y compris Alceste. Fondamentalement, l'article dénonce à juste titre la contradiction-dérive avérée entre le discours-valeur républicain et les pratiques médiatico-politique (chiens de garde et élus, tous au pied de la finance mondiale dominante) qui s'y opposent de plus en plus depuis une vingtaine d'années. Alceste le souligne par ailleurs : les professions de foi de tous les candidats (sauf Sarkozy et pour partie La Pen, sur son volet anti-islam) et avec eux une majorité donc ne dit pas autre chose: stop!
(1.a) Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,
Alceste,
C’est vous qui y voyez une généralisation et de l’islamophobie.
Moi, je souligne juste la différence de mentalité entre deux ethnies et ses répercutions sur le traitement des citoyens.
Je ne tiens aucunement rigueur aux Anglais qui n’ont fait qu’appliquer un règlement qui m’était connu. L’agent de la douane a courtoisement motivé son refus et j’ai accepté sa décision sans rechigner. Si pour mon prochain déplacement en Grande-Bretagne, in châ Allâh, le problème se reposait alors que j’aurai les documents nécessaires, là, je pourrai parler de discrimination.
Sur quelle base prétendez-vous que prier dans l’espace public relève de l’exhibitionnisme ? Pourquoi cela n’a-t-il pas gêné les Anglais ?
(1. b) Je ne me trouvais pas dans une situation de force majeure au regard de mes préceptes islamiques (danger ; peur de l’autorité : bien au contraire, les douaniers anglais étaient bienveillants et je préfère les locaux de la douane aux rues de Calais). J’ai prié dans un espace retiré et non en marge de la file d’attente ; le policier s’est mis en fraction à mes côtés pour éviter aux touristes autorisés à passer la frontière de déborder sur ma zone.
Vous savez, l’Etat c’est nous, la République c’est nous. Mais c’est l’élite gouvernementale qui donne le la aux fonctionnaires et au peuple… nous constatons chaque jour que le vivre-ensemble se dégrade depuis l’avènement de Sarkozy au Ministère de l’intérieur et à la Présidence. Les musulmans ne sont pas les seules victimes de cette ambiance délétère. En revanche, nous sommes réellement les otages des enjeux électoraux.
Wa salâm
(1. b) Je ne me trouvais pas dans une situation de force majeure au regard de mes préceptes islamiques (danger ; peur de l’autorité : bien au contraire, les douaniers anglais étaient bienveillants et je préfère les locaux de la douane aux rues de Calais). J’ai prié dans un espace retiré et non en marge de la file d’attente ; le policier s’est mis en fraction à mes côtés pour éviter aux touristes autorisés à passer la frontière de déborder sur ma zone.
Vous savez, l’Etat c’est nous, la République c’est nous. Mais c’est l’élite gouvernementale qui donne le la aux fonctionnaires et au peuple… nous constatons chaque jour que le vivre-ensemble se dégrade depuis l’avènement de Sarkozy au Ministère de l’intérieur et à la Présidence. Les musulmans ne sont pas les seules victimes de cette ambiance délétère. En revanche, nous sommes réellement les otages des enjeux électoraux.
Wa salâm
M. Meziani
Justine,
Il faudrait pour vous répondre au fond plus de temps et d'espace que je n'en ai ici, et entrer dans ce qu'on appelle l'anthropologie de la prière, qui diffère beaucoup entre Islam et Chrétienté et à l'intérieur de ces deux religions entre les différentes aires culturelles : la religiosité catholique espagnole par ex. n'a rien à voir avec celle de la France et a fortiori de l'Europe du Nord protestante. Des attitudes banales ici deviennent choquantes là, sans parler de l'expression ostentatoire de la foi dans des sociétés largement sécularisées voire areligieuses.
Que vous le vouliez ou non, votre acte en ce lieu et en ces circonstances dépasse votre relation à Dieu et peut choquer d'autres types de croyants ou des agnostiques, faire figure de reproche aux autres musulmans qui passaient alors de ne pas être assez pieux, etc.
Dans une société multiculturelle harmonieuse, il faut savoir ne pas mettre en avant ce qui nous différencie le plus dans l'espace public.
Alceste,
Oui, pour certaines personnes la prière dans l’espace public peut être perçue comme de l’ostentation, de la provocation ou de la culpabilisation. Mais si ce n’est pas la prière, ce sera le foulard, la jupe longue, la barbe, le fait de jeûner, de ne pas faire la bise, de ne pas boire de l’alcool ou de griller une cigarette avec les collègues de travail, etc. Bref, à un moment donné, il faut passer outre les réflexions d’autrui, car que vous le vouliez ou non, on ne peut plaire à tout le monde et satisfaire tout le monde.
Selon vous, la France serait un modèle de société multiculturelle harmonieuse ? Il faut avoir voyagé pour ne pas partager cette opinion.
Tenez, au passage, je vous invite à lire ces écrits de Marwan Muhammad dont je salue la plume :
http://www.rue89.com/2010/08/19/a-ceux-qui-choisissent-entre-bons-et-mau...
http://www.rue89.com/2011/03/31/reponse-dun-ami-musulman-a-la-lettre-de-...
Cordialement
Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,
Alceste,
J'aimerais revenir au terme "ostentatoire" que l'on nous sert à toutes les sauces lorsqu'il s'agit de vivre le plus naturellement du monde sa foi (prier est banal au sens normal pour les croyants).
L’ostentation c’est la mise en valeur excessive d’une qualité, d’un avantage. Lorsque l’on agit ainsi, c’est que le regard d’autrui importe au plus haut degré.
Or, dans une société largement sécularisée voire areligieuse, la foi ne peut être perçue comme une qualité et encore moins une qualité à exhiber, bien au contraire. Donc, l’argument de l’ostentation tombe de lui-même.
De la provocation, alors ?
Si rien dans l’attitude de l’orant ne justifie une telle pensée dans l’esprit du badaud, alors ce n’est qu’un évènement révélateur de l’étroitesse d’esprit du badaud et de son contentieux non réglé avec le Transcendant.
Wa salâm
Je n'ai pas dit que la France est une société multiculturelle harmonieuse mais ce qui serait souhaitable pour tendre vers cet objectif difficile à atteindre, car à vrai dire je ne connais pas de telles sociétés au-delà de quelques faux-semblants. Et j'ai un peu voyagé… et un peu étudié ces questions.
J'ai parcouru les écrits que vous indiquez : le premier est déplaisant par son ton violent contre la France et son côté amalgamant ; Le second est plus spirituel, je précise que je ne partage pas le positionnement de M. Copé.
Je peux partager une partie de ce que dit l'auteur : ça n'est pas à d'autres ou à la puissance publique de dicter des croyances et pratiques des musulmans: En revanche, le "je fais ce que je veux où je veux au nom de la religion" n'est pas acceptable, par exemple prier dans la rue ou dans les parcs. La liberté des uns s'arrête où finit celle des autres. Dans un parc public, vous ne pouvez pas faire du feu, rentrer votre voiture, tenir un meeting etc. (suite à venir)
Le respect des autres, c'est aussi ne pas leur imposer ce à quoi ils ne veulent pas assister. C'est pourquoi il faut multiplier les lieux de culte adéquats.
La question des vêtements c'est encore autre chose : il n'y a pas possibilité dans la législation française de s'y opposer sauf pour le voile intégral et encore en passant par des arguments sécuritaires. Mais là, un peu de bonne foi c'est plutôt l'inverse qui risque de se passer à partir du moment où les musulmans exercent un contrôle social sur un espace.
J'aurais une anecdote à vous raconter à ce sujet mais je n'ai plus le temps ce soir.
Pour résumer ma pensée,la question est de savoir si l'on veut trouver un minimum de consensus pour un vivre ensemble, ou si la seule communauté qui vous importe c'est l'oumma, périsse la communauté nationale. Dans ce cas effectivement vous êtes faite pour le modèle anglo-saxon des communautés séparées qui ne se parlent pas, qui ne se mélangent pas, jusqu'au jour où l'on fait sauter des bus...
(1 rebelotte) Alceste,
Violent le texte ? Ah… plutôt râleur, n’est-ce pas là un des traits de caractère du porteur du béret et de la baguette qui se respecte ? C’est pas moi qui le dis mais ce sont les Asiatiques, entre autres.
Reprenez-vous à votre compte le ressenti de certains de nos compatriotes apeurés ? Prier serait une action hautement inflammable, voire obscène, portant gravement atteinte à l’ordre public ? Cette pensée de votre part me déçoit, moi qui ai perçu en vous une intelligence supérieure à celle de la masse beuglante - c’est pas moi qui le dis mais Charles de Gaulle à propos de son peuple.
Sachez que c’est tout le contraire. Je vous explique : le Prophète Mouhammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui), ce noble messager envoyé à l’humanité entière, nous a enseigné que lorsque l’un de nous est saisi par la colère, qu’il s’ablution et qu’il se réfugie dans la prière contre les aiguillons du Diable, le pyromane des âmes par excellence.
(2 rebelotte) D’ailleurs, je ne comprends pas que l’on juge positivement la pratique du yoga, du taïchi chuan ou toute autre activité physique ou artistique sur la voie publique ou dans les parcs, individuellement ou collectivement, et que l’on s’offusque de ce que les musulmans usent des mêmes lieux pour se dégourdir les membres, au moment du réveil ou pour se débarrasser des tensions accumulées au cours de la journée (tensions générées par les innombrables ondes négatives et magnétiques de notre environnement ). Qu’il y a-t-il d’offusquant à ce que les musulmans se connectent avec l’Energie cosmique pour recharger leur batterie ? (Selon une certaine vue bouddhique tendance tantrisme, me semble-t-il, l’humain est une pile ambulante, de l’énergie vibrante, et si celle-ci parvient à la même résonnance que celle du Cosmos, elle et Lui ne font qu’un).
(3 rebelote) Une étude dont je n’ai plus les références a démontré d’ailleurs qu’à chaque fois que les musulmans s’ablutionnent et lavent les parties corporelles recommandées par l’enseignement prophétique, ils rechargent leur corps d’électricité. Du point de vue bouddhique, le corps humain est un véhicule électrique… ça a dû inspirer les constructeurs automobiles.
A titre informatif, je signale que la prière est la seule obligation islamique ou plutôt bienfait divin qu’il a fallu aller chercher dans les cieux (cf. Voyage nocturne de Mouhammad, paix et bénédiction de Dieu sur lui) : connection cosmique, suivez mon regard…
Pour ma part, si j’étais chefE d’entreprise soucieuse de la santé de ceux qui contribuent à l’essor de ma boîte et de la rentabilité de cette dernière, j’autoriserais sans conteste mes employés à pratiquer leur gymnastique spirituelle sur le lieu du travail plutôt que d’aller se griller les poumons et titiller pernicieusement les poils olfactifs des passants.
(4 rebelote)La fumée de cigarette c’est comme le nuage de Tchernobyl… y a pas de frontière qui l’arrête et c’est tout aussi cancérigène.
Bon, si le terme prier gêne (d’ailleurs, ce vocable ne reflète pas ce qu’est la çalat dans sa réalité, à savoir un enchaînement de mouvements selon sa définition jurisprudentielle ; traduire, c’est trahir un peu, dit-on), pas de problème, il m’est idée de breveter une appellation plus adéquate pour les oreilles de mes compatriotes apeurés ; appellation inspirée de la pratique des arts martiaux asiatiques qui emploient le terme « Do » signifiant la voie, inspirée également du terrifiant « gros mot » « chari’a » signifiant également la voie et de « charrier » qui évoque le mouvement mais aussi la gentille moquerie : « Charriezpas ».
(5 rebelote)
« - M’dame, c’est pas convenable de prier dans la rue !
- Charriezpas !
- Moi, je charrie ?
- Non, c’est le nom de la gymnastique que j’effectue, « autrement dit la voie de la connection cosmique ».
- Mais pourquoi vous êtes habillée comme ça ?
- Bah, parce que si j’avais revêtue un scaphandre d’astronaute pour atteindre la voie lactée, ça ferait bizarre : le lieu de ma connection n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une base spatiale.
- Moi aussi je voudrais bien me connecter avec le Cosmos. Faudrait que l’on ait des lieux plus adéquats et plus nombreux.
- Marine ne serait pas contente et pour cela, il aurait fallu voter pour Cheminade ! »
Bon, j’arrête, sinon vous allez croire que j’ai séjourné chez les indiens Hopi d’Arizona pour fumer autant des oreilles. Je vous ferez aussi grâce des explications hautement mystiques et scientifiques sur les bienfaits de chaque mouvement du « Charriezpas » aussi dignes d’intérêt que ceux du Yoga.
(6 rebelote) Bon, si vraiment ça gêne encore quelqu’un après ces explications, je conseillerais à ce quelqu’un de baisser le regard et de passer son chemin (y a de très sages recommandations dans le Coran), comme le groupe de voyage à Barcelone, composé d’adultes mais également d’adolescents acnéiques (c’est pas méchant, c’est juste pour l’image d’Epinal), de jeunes enfants et de moi-même, ce groupe qui a vu de loin arriver un olibrius tombé de son jardin d’Eden (version biblique) dans son plus simple appareil et flânant pépère sur la plage en plein après-midi sur une plage publique. Sur un mot d’ordre de ma part, tout le groupe s’est tourné vers les murs d’un bâtiment sous lequel nous nous étions abrités de la pluie tombée en pipi de chat, notre mur des lamentations, à nous, auquel nous confions notre choc sous les rires nerveux des adolescents acnéiques.
(7 rebelote) Une fois avertis que le descendant d’Adam (version biblique) nous a dépassés, derechef en bloc, nous avons modifié la direction de nos corps et de nos regards, cette fois, vers l’étendue Marine aussi outrée que nous et qui voudrait que la peine de mort soit rétablie. Pour notre part, il nous a suffi de passer du cap de Jérusalem à celui de la Mecque… « Charriezpas ». Vu votre culture, je ne doute point que vous compreniez le clin d’œil.
Bref, pour conclure, ce qui sauvera notre vivre-ensemble, c’est probablement la nécessité de changer le regard que nous nous portons mutuellement. Je vous concède que, nous les musulmans, nous n’aidons pas toujours nos compatriotes à mieux nous connaître, nous ne les aidons pas par nos maladresses à nous apprécier… en cela nous sommes aidés par certains politiques et médias opportunistes, malhonnêtes.
(8 et fin)
Si nous nous regardions avec le regard de l’amour et de la compassion, nous nous aiderions mutuellement à révéler le beau qui habite chacun de nous.
Oui, que périsse le nationalisme et que vive l’universalisme !
Cordialement
Justine,
merci de votre réponse.
Une précision s'impose peut-être. Je n'ai pas « peur » de la prière musulmane, le malentendu est du à ce que vous ne voulez pas non plus comprendre le champs culturel à partir duquel les français interprétent la prière de rue et qui tiennent à leur propre rapport au religieux et à son histoire. On est là au niveau du code génétique... J'y reviendrai peut-être.
Je ne doute pas que la prière vous apporte des satisfactions de tous ordres, et même si j'ai quelque mal à vous suivre dans votre délire syncrétique qui vous mène bien loin de l'islam jusqu'aux frontières du New Age, voire des bains dérivatifs, il ne s'agit pas du tout de remettre en cause la sincérité et la pureté de vos intentions.
Vous faites un parallèle, que je n'aurais pas osé, avec la rencontre avec ce nudiste sur une plage de Barcelone. Soit, votre grandeur d'esprit (qui ne va pas toutefois jusqu'à le regarder dans les yeux) vous permet de gérer la situation avec brio. (a suivre)
Mais sachez que je le condamne également de ne pas respecter la société dans laquelle il se trouve, même s'il pense sans doute aussi rendre ainsi un culte innocent à dame nature. Peut-être est-ce un de ces nordiques ou allemands adeptes comme beaucoup de leurs compatriotes de la FKK ( Freie KorperKultur) , mais il devrait savoir que même si la Movida est passée par là, on ne se promène pas ainsi dans une société méditerranéenne comme au bord d'un lac finlandais. Il y a pour cela des camps de naturistes.
Bon, et puis le problème est gérable tant qu’ il s'agit de quelques cas isolés et anecdotiques, mais imaginez que vous ayez été confrontée à des dizaines de nudistes, votre maîtrise de la gestion des adolescents boutonneux n'eût sans doute pas suffi.