Les relents nauséabonds de la haine anti-islam se trouvent revigorés par les tueries de Toulouse

En effet, non contents d’user et d’abuser du vocable « islamiste » associant l’islam au terrorisme, les faiseurs d’opinion, aidés en cela par une classe politique encline à l’essentialisme et aux raccourcis les plus abjects, abondent dans des analyses infantilisantes.

Les relents nauséabonds de la haine anti-islam se trouvent revigorés par les tueries de Toulouse

En effet, non contents d’user et d’abuser du vocable « islamiste » associant l’islam au terrorisme, les faiseurs d’opinion, aidés en cela par une classe politique encline à l’essentialisme et aux raccourcis les plus abjects, abondent dans des analyses  infantilisantes.

On va donc à la rencontre des voisins et des connaissances du frère de l’assassin qui nous racontent, détail ô combien important, que sa femme est voilée ! Et une petite rengaine retentit de plus belle : « Tiens ! Nous vous l’avons incessamment répété, chers concitoyens : femme voilée rime avec femme dangereuse, manipulée par un conjoint intégriste, et terroriste... »

Après ça, on continue à nous chanter la petite chanson hypocrite « le pays reste uni devant le drame ». Mais à voir les doigts accusateurs qui ciblent les musulmans de France, on est en droit de se demander si devant ces crimes et l’indignation qu’ils ont suscitée, certains citoyens ne sont pas plus égaux que d’autres. Les musulmans, malgré eux, seront sommés de se justifier de l’acte d’un assassin, car celui-ci est d’origine algérienne, et qu’il a été entraîné dans un pays musulman en guerre. On oublie souvent que le jeune homme a été embrigadé par des manipulateurs, qui n’ont que faire des musulmans de France et de leurs problèmes.

Au lieu d’entendre les voix de la sagesse, prédominantes parmi les musulmans, certains acteurs politiques et médiatiques, préfèrent alimenter la peur d’une cinquième colonne, composée essentiellement de musulmans pratiquants, donc « visibles ».

L’abomination des crimes de Mohamed Merah ne doit pas laisser place à la chasse aux musulmans, déjà bien lancée en France, puisque ces citoyens sont devenus un maillon faible… détester l’islam et le crier sur les toits, voire demander aux musulmans d’y renoncer et adopter la civilisation supérieure, ou en expurger « ce qui serait ancestral », ne pose aucun problème. Le bouc émissaire est désigné, et rares sont ceux qui sont prêts à le défendre.

L’abomination des crimes ne doit pas non plus nous replonger dans le jeu de la revendication politique, expliquant que la condition de Mohamed Merah, en tant que  chômeur désorienté, a fait de lui une bombe à retardement. Non, la justification est facile, et l’on ne peut considérer tout chômeur musulman comme un criminel potentiel …

Nous avons, nous musulmans de France, à travailler sur l’éducation religieuse que nous devons à notre jeunesse ; entre les discours idéalistes, coupés de la réalité, qui sévissent dans certaines mosquées, renvoyant les jeunes musulmans à leurs propres questionnements, alors qu’il sont animés par la foi, et les discours de renfermement leur  présentant l’autre comme un adversaire avec qui nul dialogue ne sert, il y a la voie de l’Islam qui ne peut être, comme le qualifie le Coran, que celle du « juste milieu ».  Sauf que là se pose une vraie question : qui donc est à même de diffuser cette lecture du « juste milieu » ? Des prédicateurs grassement payés par des états étrangers, dont l’intérêt de la récupération politique n’échappe à personne ? Des acteurs politiques, qui s’affranchissent souvent du devoir de  laïcité pour dicter leur lecture de l’Islam aux musulmans ? Des « responsables musulmans » capables d’écrire des livres, et d’émettre des fatwas sur commande, du jour au lendemain, alors que certains d’entre eux commettent des « fautes d’orthographe même en parlant » ?!!

 Non ! la promotion d’une telle lecture sereine et contextualisée doit émaner des musulmans de France eux-mêmes, en toute indépendance. Elle ne peut être opérée par les seuls imams, mais par toutes les forces vives, les spécialistes dans tous les domaines qui, par leur production intellectuelle et leur engagement, participent au façonnage de la compréhension de l’Islam chez les jeunes français. Elle ne peut non plus être coupée des expériences de la résurgence d’une pratique de l’Islam, apaisée et parfaitement compatible, dans des régimes démocratiques.

D’aucuns persisteront toujours à considérer l’Islam étranger à la France. Ces assimilationnistes, s’ils en avaient la possibilité, contraindraient les enfants à manger du porc dans les cantines, chasseraient les femmes voilées car elles les crispent, feraient tout pour empêcher la construction des mosquées, voire s’attaqueraient à celles déjà construites.

Le  véritable défi est celui de l’égalité. Ni les politiques, ni les citoyens de confession musulmane, ne doivent céder à la tentation du pire et aux assauts des racistes, qui ont trouvé aujourd’hui l’argument de la laïcité, pour cacher leur visage haineux.

Le moment est crucial, et l’histoire est riche en enseignements. La normalisation de l’Islam en France a pris son chemin, et il est normal que la crispation prenne de l’ampleur, devant les angoisses qui se multiplient, contraignant les gens à ériger des identités qui se confrontent. Mais il faut savoir raison garder, il en va de notre démocratie, et de la société que nous souhaitons laisser à nos enfants.

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Auteur : Hassan Safoui

Secrétaire général du Comité 15 mars

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