Mardi 22 mai 2012
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L'excision en Europe: amalgames et responsabilités

Rappelons que déjà en 2006, le grand mufti d’Egypte, Dr. Ali Gomaa et dix autres éminentes figures du monde musulman, ont, ensemble, tranché la question. L’université Al-Azhar du Caire, plus haute référence religieuse du monde musulman, a édicté une fatwa contre les mutilations génitales féminines, qualifiées de « crime contre l’espèce humaine » 

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Ce 6 février 2012, à l’occasion de la journée internationale de « Tolérance zéro Excision ou Mutilations Génitales Féminines », le monde entier se mobilise avec espoir et détermination pour l'élimination définitive de la pratique de l'excision, injustement attribué à l’Islam. Pourtant, les communautés musulmanes ont condamné et légiféré cet acte avec conviction au nom de l'esprit du Coran qui recommande la tolérance et qui protège la vie.

À cette occasion, les manifestations et les campagnes de sensibilisation se multiplient sur ce sujet perçu encore comme tabou et délicat.

Avec les flux migratoires, l’excision est malheureusement devenue une réalité européenne qui menace désormais chaque année des milliers de jeunes filles de Paris à Berlin en passant par Rome, Amsterdam et Bruxelles. Environ 500 000 femmes excisées vivent en Europe, selon le Parlement européen, et chaque année, près de 180 000 femmes subissent cette pratique, parfois même sur le sol belge.

Quand les « leaders religieux » dénoncent et découragent la pratique des MGF

Cette condamnation puise sa légitimité dans un retour aux sources de la jurisprudence islamique. Pourtant dans certaines communautés musulmanes d’Afrique, l'excision continue de faire l’objet de débats parfois houleux, passionnés et contradictoires entre les partisans et les adversaires de cette tradition.

La majorité des savants, à l’instar de Muhammad Rashid Ridha qui avait émis une Fatwa en 1904 déjà, sont formels et s’accordent pour dire que les chaînes de transmission des ahadiths relatives à l’excision sont faibles, d’authenticité douteuse et ne peuvent faire force de loi.

Aujourd’hui, les savants sont unanimes sur la nécessité d'abandonner cette pratique aux conséquences tragiques sur les plans médicaux, psychologiques et sociaux.Au cours de l'année 2010, deux événements majeurs ont permis d’immenses progrès sur le traitement de cette question taboue :

Le forum de la pensée islamique et du dialogue entre les cultures a rassemblé une trentaine de savants qui ont débattu pendant deux jours sur le thème des MGF en Mauritanie. Rappelons que déjà en 2006, le grand mufti d’Egypte, Dr. Ali Gomaa et dix autres éminentes figures du monde musulman, ont, ensemble, tranché la question. L’université Al-Azhar du Caire, plus haute référence religieuse du monde musulman, a édicté une fatwa contre les mutilations génitales féminines, qualifiées de « crime contre l’espèce humaine » ;

En mai 2010 se tenait un colloque au Mali, dont l'objectif était de rédiger une déclaration (dite de MOPTI) qui rappelait trois appréciations essentielles de l'Islam à l'endroit des personnes afin de dénoncer cette pratique, à savoir que l'Islam prône le respect du corps, de la religion et des biens de l'âme, aussi bien pour l'homme que pour la femme.

Une responsabilité double et mutuelle

La problématique de l’excision est un sujet socioculturel sensible et complexe qui ne saurait être évoqué sans une extrême prudence et beaucoup d’habileté pour obtenir des résultats concrets à terme. En Europe, les secteurs médicaux et sociaux de la société civile ont, d'ores et déjà, pris à bras-le-corps cette problématique. La prévention ainsi que la prise en charge médico-sociale des femmes déjà excisées se sont accrus ces dernières années.

Toutefois, cela ne sera véritablement efficace que si les acteurs religieux sont pleinement impliqués et associés aux actions visant à y mettre fin : la promotion pour l'abandon de la pratique de l'excision ne peut se faire sans l'implication constructive, critique et réelle des organisations musulmanes actives sur le terrain qui doivent se sentir interpellé dans cette lutte.

D’autre part, un grand nombre d'organisations de la société civile ainsi que les Gouvernements européens s’engagent sur le terrain depuis quelques années en apportant un soutien médico-psychologique aux victimes et en légiférant sur la question ; malheureusement ils oublient trop souvent d’agir de concert avec le tissu associatif musulman et les responsables religieux.

En Afrique, les imams et les ONG (Organisations Non Gouvernematales) débattent de cette question et s'engagent ouvertement pour combattre cette pratique. Cet engagement porte ses fruits car le travail d'information et de sensibilisation sur le plan de la santé est doublé et justifié à partir d’arguments en provenance des hautes sphères de références religieuses unanimement respectées dans cette partie du monde.

Il est du devoir des Gouvernements européens et des ONG d'impliquer les responsables et acteurs religieux tant sur le plan politique qu’au niveau des actions à mener sur le terrain et de travailler main dans la main et sensibiliser les populations à risque avec des spécialistes en médecine pour expliquer les conséquences nuisibles de cette tradition.

Enfin, la connaissance et l'éducation sont des armes incontournables pour lutter contre cette pratique traditionnelle. Nos imams peuvent véritablement jouer le rôle de leader d'opinion dans cette lutte en faisant un travail de sensibilisation auprès des parents en plein cœur des mosquées européennes : éduquer, sensibiliser et appuyer chaque argument par le texte sacré permet de faire reculer l'excision.

En Afrique, le fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) a reconnu et félicité le travail des dignitaires religieux en collaboration avec les ONG. L'expérience africaine est un bel exemple : le travail collectif mené avec les autorités sanitaires et les acteurs religieux ont un impact important auprès des interlocuteurs qui se sentent en confiance face à la parole sacrée.

Il ne peut être question de « forcer » l'abandon de cette pratique par la répression uniquement, il faut en outre et surtout éduquer les gens pour qu’ils s'impliquent en connaissance de cause et parviennent progressivement à se détourner de cette tradition.

Les victoires sont fragiles et c'est une lutte de longue haleine qui s'annonce, mais le temps est venu pour les communautés musulmanes, l'Europe et les ONG de prendre leurs responsabilités et de pallier aux manquements des uns et des autres par un travail collectif afin d'éradiquer un acte aussi blessant que traumatisant sur le plan physique et psychologique. Il est à souhaiter que le discernement et la remise en question mutuels l'emporteront pour le bien être de millions de femmes, de petites-filles et de l'humanité…

 

Vous pouvez lire cet article dans son intégralité sur European Muslim Network

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Commentaires

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Pancole
-577 points

"le monde entier se mobilise avec espoir et détermination pour l'élimination définitive de la pratique de l'excision, injustement attribué à l’Islam."

Si l'islam n'a rien à voir avec l'excision pourquoi alors impliquer les autorités religieuses dans son éradication?

Curieux qu'il soit fait état alors d'hadiths discutables sur le sujet.

"La majorité des savants, à l’instar de Muhammad Rashid Ridha qui avait émis une Fatwa en 1904 déjà, sont formels et s’accordent pour dire que les chaînes de transmission des ahadiths relatives à l’excision sont faibles, d’authenticité douteuse et ne peuvent faire force de loi."

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Pancole
-577 points

Force est de constater que peu nombreux sont ceux qui rejoignent votre combat.

Y aurait-il comme une gêne?

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Jean-Pierre CHAMBARD
-39 points

Première remarque : il est incontestable que cette pratique existait bien avant l'islam. On ne peut donc en lui attribuer la paternité.

Deuxième remarque : S'il est vrai que cette coutume subsiste dans beaucoup de pays à majorité musulmane, elle subsiste également dans d'autres pays qui ne le sont pas, en particulier en Afrique Sub-saharienne.

Troisième remarque : Je n'ai pas constaté, sauf erreur de ma part, une religion s'implanter en modifiant brutalement toutes les traditions et coutumes d'un peuple, sans entrainer un phénomène de rejet tout aussi brutal de cette religion de la part de ce peuple. Cela est vrai pour toutes les religions, y compris la religion chrétienne.

Quatrième remarque : Cette coutume a des racines profondes et c'est une lente évolution au fur et à mesure que le statut de la femme évolue vers plus d'égalité par rapport à l'homme, sans oublier le poids de la famille, du clan, de la tribu.

L'assimilation excision/ islam doit cesser ... maintenant !

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Pancole
-577 points

"Il n'y a pas consensus parmi les savants sunnites sur le rapport entre islam et excision, leur position allant de l'obligation à l'interdiction pure et simple. En effet, si le Coran ne prescrit aucune obligation d'excision, certains hadiths sont utilisés par les savants recommandant ou prescrivant sa pratique pour la justifier religieusement. Est notamment mentionné, le hadith rapportant que Mahomet recommanda à une exciseuse « Effleure et n’abuse pas, car cela rend le visage plus rayonnant et est plus agréable pour le mari. ». Dans tous les cas, si ces hadiths permettent à certains savants de recommander ou obliger l'excision, les savants défavorables à sa pratique soulignent que les chaînes de transmissions qui soutiennent ces textes seraient trop discutables."

L'excision est donc une pratique culturelle, il serait temps de dépoussiérer l'islam de certaines de ses pratiques barbares, et de le rendre cette religion compatible avec nos us et coutumes, nettement moins mutilants.

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Liliane Bénard
-550 points

Malika, votre exposé est clait. L'excision est une pratique "pharaonique" que l'on ne va pas confondre avec la volonté du Dieu unique.

Le Coran nous rappelle les volontés du Pharaon. Il se prenait pour Dieu. Sa cruauté était aussi connue de mémoire d'homme. Qui accepte de telles confusions ?

Le Texte sacré nous invite à faire usage de notre intelligence. Nous contestons sans peine toute mutilation sexuelle. Le Prophète à son tour n'en voulait pas.

Mieux vaudrait sans doute réflechir sur les frustrations sexuelles voulues par nos sociétés. Elles commencent certes dès l'enfance mais se poursuivent à plus long terme pendant la jeunesse et à l'âge adulte. Elles touchent bien plus d'êtres humains même si le nombre des fillettes excisées est une honte "pharaonique".

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Orlando
-1014 points

"L'assimilation excision/ islam doit cesser ... maintenant !"

C'est la pratique de l'excision qui doit cesser.

L'islam n'a jamais fait grand chose pour lutter contre les tares ancestrales des sociétés dont ils prenait le contrôle : l'esclavage, la polygamie, l'excision.

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Pancole
-577 points

Ma chère Liliane vous remarquerez le peu d'emportement que soulève cette question de l'excision parmi les musulmans qui ici sont par ailleurs très prompts à fustiger la société dans laquelle ils vivent.

C'est d'une certaine manière significatif de l'incapacité de cette religion à se remettre en question.

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Liliane Bénard
-550 points

Cet article ne demande pas de commentaires. Chaque être intelligent s'interroge sur des coutumes et des traditions. Dans ce domaine particulier, la question se pose autant pour la circoncision masculine.

C'est la pratique qui est à rejeter et non ceux qui l'ont reçue de leurs ancêtres. Le Coran nous interroge : et si ces ancêtres étaient ignorants, devrait-on continuer à les suivre ? Chaque lecteur doit répondre.

Amitiés.

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BERNARD_CHRETIEN
-1 points

Et voici donc un homme qui ne peut comprendre que la religion nous a été donnée... Et qui nous la laissons évoluer dans le monde.

Si vous ne comprenez pas les règles de l'Islam concernant les paroles et actes du Prophète, vous ne pouvez comprendre les réactions des Musulmans.

Au nom de la foi Chrétienne, et se basant sur une lecture erronée du Message d'amour, certains ont tué des "hérétiques"... Dois-je pour autant ne plus me considérer comme Chrétien? ou être gêné de l'être? Non. Et je peux montrer par les Textes d'Amour que Dieu nous a transmis que ceux-là étaient dans l'erreur.

Au nom de la FOI CHRÉTIENNE je peux dire que l'excision est un acte mauvais.

De la MÊME MANIÈRE une autorité religieuse MUSULMANE peut (et je crois se doit) dire que de tels actes sont contraires aux préceptes enseignés par l'Islam.

Palazzo, si vous n'êtes pas capable de comprendre cela, je crois que beaucoup d'hommes vont devoir prier pour vous aider à trouver la LUMIÈRE

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selma78
-4 points

j'apprécie le rappel de Liliane.

Cependant il faut quand même s'interroger : pourquoi a-t-il fallu tant de siècles pour que ceux et celles qui se conforment à cette pratique réagissent,et s'interrogent sur le fondement de cette pratique, alors même qu'ils ont reçu la Révélation depuis bien longtemps? De quels ancêtres parlons-nous? Combien de générations d'ancêtres musulmans n'ont pas pris conscience du mal (puisque mal il y a, vu les rapports sanitaires)?

Et certes, on peut s'interroger sur ceux qui ont perpétué cette pratique, mais il faut aussi s'interroger sur le monde des 'oulamas qui aujourd’hui se manifestent et qui se sont tus jusque là. Pourquoi ce silence qui a duré des siècles? n'ont-ils pas entre les mains les mêmes sources que leurs prédécesseurs?

On est en droit de se poser des questions sur la très (trop) longue réactivité des musulmans à condamner le blâmable(car s'il est reconnu aujourd'hui "blâmable" c'était qu'il l'était avant mais qu'on l'a juste ignoré).